Christianisme

Protestants, évangéliques, orthodoxes : quel regard sur les relations hors mariage ?

Par la rédaction de fornication.frVérifié le Lecture : 10 min20 sources
L'essentiel

Les protestants et les orthodoxes acceptent-ils les relations sexuelles avant le mariage ?

Les Églises chrétiennes ne parlent pas d'une seule voix. Les orthodoxes, comme les catholiques, voient dans le mariage un sacrement et n'acceptent pas, pour leurs fidèles, la vie commune hors mariage. Les protestants n'en font pas un sacrement : les Églises luthéro-réformées laissent place à la diversité, tandis que les évangéliques défendent en général une lecture plus stricte.

Pourquoi les Églises chrétiennes ne disent-elles pas toutes la même chose ?

Les Églises lisent les mêmes textes, mais elles ne les interprètent pas avec la même autorité ni ne donnent le même statut au mariage. Dans le Nouveau Testament, Paul range l'impudicité parmi les fautes qui ferment le royaume de Dieu et appelle les Corinthiens à la fuir [10]. La différence tient moins aux versets qu'à la façon de les interpréter et à l'instance chargée de le faire.

Le statut du mariage joue aussi un rôle. L'Église catholique compte sept sacrements, dont le mariage ; les Églises orthodoxes en comptent généralement sept, même si aucun concile qu'elles reconnaissent n'en a fixé le nombre [1]. La plupart des Églises protestantes n'en reconnaissent que deux, le baptême et la cène [1]. Le mariage y reste une institution bénie par Dieu, sans être un sacrement.

Enfin, l'organisation compte. L'Église catholique dispose d'un catéchisme universel, qui qualifie la fornication d'offense grave à la chasteté [9]. Les Églises orthodoxes sont autocéphales, et le protestantisme se divise en Églises indépendantes qui fixent leurs positions en synode.

Repères chronologiques

  1. IVe siècleLettres canoniques de Basile de Césarée : sept ans d'exclusion des sacrements pour la fornication, quinze pour l'adultère
  2. 1646Achèvement de la Confession de foi de Westminster ; son chapitre 24 admet le divorce pour adultère ou abandon sans remède
  3. 1905Création de la Fédération protestante de France
  4. Août 2000Le concile des évêques de l'Église orthodoxe russe adopte les Fondements de la conception sociale (mariage, chasteté, divorce)
  5. 2013Église évangélique en Allemagne (EKD) : document d'orientation sur la famille
  6. 2015Synode de Sète de l'Église protestante unie de France ; réaction critique du CNEF
  7. 2016Concile de Crète : document sur le sacrement du mariage et ses empêchements

Quatre familles chrétiennes face aux relations hors mariage

TraditionLe mariage est-il un sacrement ?Référence citée dans l'articlePosition sur la vie commune ou les relations hors mariage
CatholicismeOui, l'un des sept sacrementsCatéchisme de l'Église catholique (1992)Offense grave à la chasteté (§ 2353)
OrthodoxieOui (sept sacrements le plus souvent, nombre jamais fixé par un concile)Saint et Grand Concile, Crète (2016) ; Église russe, Fondements de la conception sociale (2000)Pas de cohabitation hors mariage acceptée pour les fidèles ; effort pastoral demandé
Protestantisme luthérien et réforméNon (deux sacrements : baptême et cène)Synodes nationaux ; en Allemagne, document de l'EKD (2013)Pas de norme unique ; mariage présenté comme modèle, respect des autres formes de famille
Protestantisme évangéliqueNonAutorité de la Bible ; en France, le CNEFLecture en général plus stricte, sexualité pensée dans le cadre du mariage

Quel héritage historique pèse sur ces positions ?

Les positions actuelles héritent de deux histoires : la discipline pénitentielle des premiers siècles, que l'Orient a conservée, et la refonte du mariage engagée par la Réforme au XVIe siècle. Les catholiques, eux, ont maintenu l'idée d'un mariage sacramentel et indissoluble.

Dès le IVe siècle, Basile de Césarée fixe des pénitences précises dans ses lettres canoniques adressées à l'évêque Amphiloque. Son canon 59 écarte le fornicateur des sacrements pendant sept ans, répartis en quatre étapes de pénitence publique, tandis que le canon 58 en prévoit quinze pour l'adultère [13]. La distinction entre les deux fautes, et leur gravité inégale, se lit déjà dans ce barème [13].

Au XVIe siècle, la Réforme retire au mariage son caractère de sacrement et en fait une réalité de ce monde, bénie par Dieu [1][2]. Achevée en 1646 et présentée au Parlement anglais, puis adoptée par l'Église d'Écosse en 1647, la Confession de foi de Westminster, texte de référence des Églises presbytériennes, en tire les conséquences en admettant le divorce dans des cas précis, détaillés plus bas [14][20]. L'Église catholique, au contraire, réaffirme dans son Catéchisme qu'un mariage conclu et consommé entre baptisés ne peut être dissous par aucune puissance humaine [15]. Sa doctrine sur la fornication est détaillée dans l'article consacré au Catéchisme de l'Église catholique.

Que disent les Églises protestantes historiques ?

Les Églises protestantes historiques ne fixent pas de norme unique : elles tiennent le mariage pour une institution bénie, non pour un sacrement, et laissent une large place aux consciences. Martin Luther le qualifiait de « chose de ce monde » (ein weltlich Ding), une formule encore citée par l'Église évangélique en Allemagne (EKD) [2].

En juin 2013, l'EKD a publié un document d'orientation sur la famille intitulé « Entre autonomie et dépendance » [2]. Le texte maintient le mariage d'un homme et d'une femme avec enfants comme modèle souhaité, mais appelle à respecter et soutenir toutes les formes de famille [2]. Il met l'accent sur l'engagement, la durée, la confiance et le soin mutuel plutôt que sur le seul statut juridique [2]. Des protestants plus conservateurs ont critiqué ce qu'ils voyaient comme une dévalorisation du mariage [2].

En France, l'Église protestante unie (EPUdF), issue de l'union des Églises réformée et luthérienne, illustre la même approche. En mai 2015, son synode national réuni à Sète a ouvert la possibilité d'une bénédiction liturgique pour les couples de même sexe mariés civilement [3]. La décision n'oblige aucun pasteur ni aucune paroisse [3][4]. La lettre qui l'accompagne souligne que les convictions des membres de l'Église sont diverses, parfois opposées, et que cette diversité doit être respectée [4].

Ces Églises sont, pour la plupart, membres de la Fédération protestante de France. Créée en 1905, celle-ci réunit aujourd'hui une trentaine d'unions d'Églises et plus de 80 associations, qui regroupent environ 500 institutions et mouvements [17].

Quelle est la position des Églises évangéliques ?

Les Églises évangéliques défendent en général une lecture plus stricte, qui réserve la sexualité au mariage. Ce courant regroupe des Églises baptistes, pentecôtistes, libristes et d'autres dénominations. En France, une partie d'entre elles est fédérée par le Conseil national des évangéliques de France (CNEF), qui revendique 745 000 pratiquants et 2 530 lieux de culte [16]. Selon le CNEF, cité par le site d'information Evangelical Focus, les évangéliques représentent plus de 70 % des protestants pratiquants du pays [5].

Ces Églises placent l'autorité de la Bible au premier plan et en retiennent, en général, une lecture plus littérale. Après la décision de l'EPUdF en 2015, le CNEF a réagi en jugeant que la bénédiction de couples de même sexe relevait d'une « grâce à bon marché », éloignée des exigences de l'Évangile en matière d'éthique de vie [5]. Le CNEF distinguait l'accueil des personnes, qu'il revendiquait, de l'approbation de leurs pratiques [5].

Sur les relations entre personnes non mariées, l'enseignement évangélique le plus répandu pense la sexualité dans le cadre du mariage, en s'appuyant sur les lettres de Paul [10]. Les enquêtes d'opinion confirment cette sensibilité : aux États-Unis, les protestants évangéliques sont le groupe chrétien le moins enclin à juger acceptables les relations sexuelles hors mariage [8].

Aux États-Unis, des mouvements chrétiens ont aussi popularisé des « promesses de virginité », par lesquelles des adolescents s'engagent à attendre le mariage. Une étude publiée en 2009 dans la revue Pediatrics a comparé ces jeunes à des non-signataires au profil semblable : cinq ans plus tard, les deux groupes ne différaient pas sur les relations avant le mariage, et 82 % des signataires niaient avoir pris un tel engagement [18]. Les signataires utilisaient en revanche moins souvent une contraception [18]. La situation française est présentée dans l'article sur la virginité avant le mariage aujourd'hui.

Que dit l'Église orthodoxe ?

L'Église orthodoxe n'accepte pas, pour ses fidèles, d'autre forme de vie commune que le mariage. En juin 2016, le Saint et Grand Concile de l'Église orthodoxe, réuni en Crète, a adopté un document sur « Le sacrement du mariage et ses empêchements » [6]. Dix Églises autocéphales y ont participé ; celles de Russie, d'Antioche, de Bulgarie et de Géorgie étaient absentes [11].

Le document affirme que le mariage civil, même enregistré par l'État, n'a pas de caractère sacramentel [6][7]. Il le considère comme une cohabitation reconnue par la loi, différente du mariage béni par Dieu et par l'Église [6]. Les fidèles mariés civilement doivent toutefois être traités avec la responsabilité pastorale qui s'impose [7].

Le texte ajoute que l'Église n'accepte pas pour ses membres les contrats d'union entre personnes de même sexe, ni toute autre forme de cohabitation que le mariage [6][7]. Il demande aux pasteurs de déployer tout effort pastoral possible pour aider les personnes concernées à comprendre le sens de la pénitence et de l'amour béni par l'Église [7]. La position doctrinale est donc proche de celle des catholiques, avec la même insistance sur l'accompagnement.

L'Église orthodoxe russe, absente de Crète [11], a fixé sa propre doctrine dans les Fondements de la conception sociale, adoptés en août 2000 par le concile de ses évêques [19]. Ce texte cite une décision du Saint-Synode de 1998 selon laquelle l'Église « respecte » le mariage conclu sans cérémonie religieuse, et qui reprochait à certains prêtres de refuser la communion à ces couples en assimilant leur union à la fornication [12]. Il maintient pourtant une lecture exigeante de la chasteté : la fornication y est décrite comme ruinant l'harmonie de la vie, et l'Église s'oppose aux programmes d'éducation sexuelle qui présentent les relations avant le mariage comme la norme [12].

Que disent les Églises du divorce et du remariage ?

L'Église catholique refuse le divorce, les Églises orthodoxes l'admettent dans certains cas, et la plupart des Églises protestantes l'acceptent. Ces écarts découlent en partie de la lecture de la clause de Matthieu 5,32, présentée dans l'article sur le mot porneia et ses traductions.

Pour l'Église catholique, le divorce est une offense grave, et un divorcé remarié se trouve, selon le Catéchisme, en situation d'adultère public et permanent [15]. Le texte reconnaît toutefois que le conjoint abandonné injustement, victime d'un divorce civil, ne commet pas de faute [15].

Les Églises orthodoxes admettent un deuxième, voire un troisième mariage. Le document de Crète tient pour un empêchement absolu le fait d'avoir déjà contracté trois mariages, et rappelle que la tradition canonique condamne un quatrième [7]. L'Église russe énumère les motifs de divorce reconnus depuis son concile local de 1918, de l'adultère à l'apostasie, et précise que le conjoint coupable ne peut se remarier qu'après pénitence [12].

Dans la tradition réformée, la Confession de Westminster traite la question dans son chapitre 24, consacré au mariage et au divorce. Elle autorise la partie innocente à demander le divorce en cas d'adultère, puis à se remarier comme si le conjoint fautif était mort [14]. Elle n'admet comme autre motif de dissolution que l'abandon volontaire auquel ni l'Église ni le magistrat civil ne peuvent remédier [14]. Le même chapitre permet aussi de rompre des fiançailles lorsque l'adultère ou la fornication commis après l'engagement sont découverts avant le mariage [14]. Aujourd'hui, chaque Église protestante fixe sa propre discipline en la matière, sans autorité commune.

Que pensent les fidèles eux-mêmes ?

Les fidèles sont souvent plus ouverts que les positions officielles de leurs Églises. Une enquête du Pew Research Center, menée du 16 au 28 octobre 2019 auprès de près de 4 000 adultes américains, en donne une mesure [8]. 57 % des chrétiens interrogés jugent acceptables, parfois ou toujours, les relations sexuelles entre adultes non mariés engagés dans une relation stable [8].

Les écarts entre familles chrétiennes sont nets. Cette proportion atteint 67 % chez les protestants dits historiques et 64 % chez les catholiques, contre 46 % chez les protestants évangéliques [8]. Ces chiffres concernent les États-Unis : aucune enquête comparable n'a été trouvée pour la France au moment de la rédaction.

Questions fréquentes

Le mariage est-il un sacrement pour les protestants ?

Non. La plupart des Églises protestantes ne reconnaissent que deux sacrements, le baptême et la cène [1]. Le mariage y est béni au cours d'un culte, mais Luther le décrivait comme une réalité de ce monde [2].

L'Église orthodoxe reconnaît-elle le mariage civil ?

Elle en prend acte comme d'une union reconnue par l'État, mais sans caractère sacramentel [6]. Le document adopté en Crète en 2016 demande que les fidèles mariés civilement soient accompagnés pastoralement pour découvrir la valeur du sacrement [7]. L'Église russe dit de son côté respecter le mariage conclu sans cérémonie religieuse [12].

Les protestants peuvent-ils vivre en couple sans être mariés ?

Il n'existe pas de règle protestante unique. Les Églises luthériennes et réformées laissent une large place à la conscience et reconnaissent la diversité des situations familiales [2][4]. Les Églises évangéliques sont en général plus réservées [5][8].

Qui représente les évangéliques en France ?

Le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) fédère une large part des Églises évangéliques du pays [5]. Il dit représenter plus de 70 % des Églises protestantes évangéliques, avec 36 unions d'Églises et 176 associations membres [16]. Il prend position sur les questions éthiques, comme il l'a fait en 2015 après la décision du synode de l'Église protestante unie [5].

Les orthodoxes peuvent-ils se remarier après un divorce ?

Oui, dans certaines limites. Le document du concile de Crète (2016) exclut un nouveau mariage pour qui en a déjà contracté trois, ce qui laisse possibles un deuxième et un troisième mariage [7]. L'Église russe permet au conjoint innocent de se remarier après un divorce ecclésiastique, et au conjoint coupable seulement après pénitence [12].

Combien y a-t-il d'évangéliques en France ?

Le CNEF avance le chiffre de 745 000 pratiquants, répartis dans 2 530 lieux de culte [16]. Ce chiffre porte sur les pratiquants et non sur l'ensemble des personnes qui se disent évangéliques. Le recensement français ne posant pas de question sur la religion, il n'existe pas de chiffre public officiel.

Les promesses de virginité changent-elles les comportements ?

Une étude américaine publiée en 2009 dans Pediatrics conclut que non : cinq ans après, les signataires n'avaient pas moins de relations avant le mariage que des jeunes comparables [18]. Ils recouraient en revanche moins souvent à la contraception, et 82 % d'entre eux niaient avoir signé une telle promesse [18].

Sources

  1. britannica.com — https://www.britannica.com/summary/sacrament
  2. evangelisch.de — https://www.evangelisch.de/inhalte/85241/19-06-2013
  3. acteurs.epudf.org — https://acteurs.epudf.org/wp-content/uploads/sites/2/2015/06/decision-du-synode-national-2015-a-sete-communique-sn2015-17-mai-7601.pdf
  4. sudouest.epudf.org — https://sudouest.epudf.org/wp-content/uploads/sites/11/2015/05/decision-du-synode-national-2015-a-sete-lettre-d-accompagnement-1786.pdf
  5. evangelicalfocus.com — https://evangelicalfocus.com/europe/626/french-evangelicals-blessing-same-sex-unions-is-promoting-cheap-grace
  6. holycouncil.org — https://www.holycouncil.org/-/marriage
  7. orthodoxcouncil.org — https://www.orthodoxcouncil.org/decisions/-/asset_publisher/f1JDEVkdg6TH/content/marriage/3574532154b.html
  8. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/short-reads/2020/08/31/half-of-u-s-christians-say-casual-sex-between-consenting-adults-is-sometimes-or-always-acceptable/
  9. vatican.va — https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P80.HTM
  10. biblegateway.com — https://www.biblegateway.com/passage/?search=1+Corinthiens+6%3A9-18&version=LSG
  11. americamagazine.org — https://www.americamagazine.org/from-our-archives/2016/07/07/historic-orthodox-council-meets-despite-absence-four-churches/
  12. old.mospat.ru — https://old.mospat.ru/en/documents/social-concepts/kh/
  13. newadvent.org — https://www.newadvent.org/fathers/3202217.htm
  14. opc.org — https://www.opc.org/wcf.html
  15. vatican.va — https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P82.HTM
  16. lecnef.org — https://www.lecnef.org/
  17. protestants.org — https://www.protestants.org/
  18. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov — https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19117832/
  19. cambridge.org — https://www.cambridge.org/core/product/899C38499D19D0D6D0CE83C2E823BDBC
  20. britannica.com — https://www.britannica.com/print/article/641096

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

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