Société

La virginité avant le mariage en France : ce qu'en disent les sociologues

Par la rédaction de fornication.frVérifié le Lecture : 9 min17 sources
L'essentiel

Combien de Français sont vierges au moment de leur mariage ?

Aucune statistique nationale récente ne mesure la virginité au mariage en France. Les données disponibles montrent un large écart : le premier rapport a lieu vers 18 ans, le premier mariage après 34 ans. La norme de virginité reste toutefois valorisée dans certaines familles et communautés religieuses, ce que les sociologues étudient comme un fait social.

Combien de personnes arrivent vierges au mariage en France ?

On ne le sait pas précisément. Les premiers résultats de l'enquête CSF-2023 de l'Inserm et de l'ANRS, la principale source sur la sexualité en France, ne publient pas de part de personnes vierges au moment de leur mariage [1]. L'Insee, de son côté, enregistre les mariages mais ne collecte aucune information sur la vie sexuelle des époux.

Les données existantes permettent seulement d'encadrer la question. Chez les personnes ayant eu 18 ans entre 2019 et 2023, l'âge médian au premier rapport est de 18,2 ans pour les femmes et de 17,7 ans pour les hommes [1]. L'âge moyen au premier mariage atteignait, lui, 34,7 ans pour les femmes et 36,6 ans pour les hommes en 2022, dernière année mesurée par l'Insee [10]. L'Ined l'arrondit à 34 et 36 ans pour 2023 [9].

Même si ces indicateurs ne se calculent pas de la même manière, ils situent l'écart entre les deux événements à plus de seize ans pour les femmes et à près de dix-neuf ans pour les hommes. Rester vierge jusqu'au mariage est, dans ce contexte, un parcours minoritaire, même si aucun chiffre national ne permet d'en mesurer la fréquence exacte.

Une partie de la population ne se marie d'ailleurs jamais. Parmi les femmes nées en 1948, 90,9 % étaient mariées à 50 ans ; pour la génération 1968, la proportion n'était plus que de 72,0 % [16]. La question de la virginité « au mariage » ne concerne donc qu'une partie des parcours de vie.

Repères chronologiques

  1. 1970Âge moyen au premier mariage des femmes : 22,6 ans en métropole.
  2. 2006Enquête CSF : 20 % des femmes de 20-24 ans ont eu pour premier partenaire leur futur conjoint, contre 70 % des 60-69 ans.
  3. 2008La cour d'appel de Douai juge, le 17 novembre, que la virginité n'est pas une qualité essentielle du conjoint.
  4. 2021Loi n° 2021-1109 du 24 août : interdiction des certificats de virginité.
  5. 2022Âge moyen au premier mariage : 34,7 ans pour les femmes, 36,6 ans pour les hommes.
  6. 2023Enquête CSF-2023 : âge médian au premier rapport de 18,2 ans pour les femmes et 17,7 ans pour les hommes.

Premier rapport et premier mariage chez les femmes en France

PériodeÂge médian au premier rapport (Inserm)Âge moyen au premier mariage (Insee)
1950-23,3 ans
Début des années 1960environ 20,1 ans-
1970-22,6 ans
Milieu des années 200017,3 ans28,0 ans en 2000
2010-30,0 ans
2018-31,6 ans (provisoire)
2022-34,7 ans (dernière année mesurée par l'Insee)
Femmes ayant eu 18 ans en 2019-202318,2 ans-

Comment l'écart entre premier rapport et mariage s'est-il creusé ?

Au début des années 1960, l'âge médian au premier rapport des femmes se situait autour de 20,1 ans [1]. L'âge moyen au premier mariage des femmes était de 23,3 ans en 1950 et de 22,6 ans en 1970 [3]. Les deux étapes restaient rapprochées, et pour beaucoup de femmes elles se confondaient.

Les calendriers de mariage de l'époque le confirment. Parmi les femmes nées en 1948, 56,6 % étaient déjà mariées à 22 ans ; parmi celles nées en 1988, elles n'étaient plus que 3,7 % au même âge [16].

L'enquête de 2006 en donne une mesure frappante. Parmi les femmes âgées de 60 à 69 ans, 70 % avaient eu pour premier partenaire celui qui était ou allait devenir leur conjoint ; chez les femmes de 20 à 24 ans, la proportion tombait à 20 % [2]. Pour les hommes, les proportions étaient beaucoup plus faibles dans toutes les générations [2].

Les deux évolutions se sont ensuite croisées. L'âge au premier rapport a baissé jusqu'à 17,3 ans au milieu des années 2000, pour les femmes comme pour les hommes, avant de remonter légèrement depuis la fin des années 2010 [1]. L'âge au premier mariage, lui, n'a cessé d'augmenter, de 22,6 ans en 1970 à 31,6 ans en 2018 et 34,7 ans en 2022 pour les femmes [3][10].

Cet indicateur ne sera plus actualisé sous cette forme. Depuis la rénovation des bulletins d'état civil en 2023, le PACS figure parmi les situations matrimoniales déclarées, et l'Insee ne peut plus produire de statistiques sur les premiers mariages [11]. L'évolution détaillée est présentée dans l'article sur l'âge moyen au premier mariage.

Le premier rapport a-t-il lieu au même âge partout en France ?

Non, les écarts entre territoires sont nets, en particulier outre-mer. Le volet ultramarin de l'enquête CSF-2023, présenté en avril 2026, a interrogé 10 259 personnes de 15 à 89 ans en Guyane, en Martinique, en Guadeloupe et à La Réunion, entre mai 2023 et janvier 2024 [12].

L'âge médian au premier rapport y varie selon le territoire et le sexe. Il est de 18,9 ans pour les femmes et de 17,8 ans pour les hommes à La Réunion, de 17,7 ans pour les femmes et de 18,1 ans pour les hommes en Martinique, et de 17,4 ans pour les femmes et de 15,7 ans pour les hommes en Guyane [12]. Selon l'Inserm et l'ANRS, cet âge a augmenté depuis 2008 dans tous ces départements, sauf en Guyane [12].

Ces écarts rappellent que les calendriers de la vie affective dépendent des contextes sociaux, familiaux et culturels. Ces départements sont aussi ceux où la vie de couple hors mariage est la plus répandue, comme le montre l'article sur les naissances hors mariage en France.

Qui valorise encore la virginité avant le mariage ?

Plusieurs traditions religieuses présentes en France enseignent que la sexualité doit être réservée au mariage, avec des nuances importantes selon les courants et les fidèles. Mais l'appartenance religieuse ne dit pas tout des pratiques. En 2019-2020, l'enquête TeO2 de l'Insee et de l'Ined montrait que 51 % des 18-59 ans se déclaraient sans religion, et que seuls 8 % des catholiques allaient à la messe au moins une fois par mois [4].

La même enquête relève une pratique plus soutenue dans d'autres groupes : 20 % des musulmans fréquentent un lieu de culte au moins une fois par mois, et 76 % jugent la religion importante dans leur vie [4]. La transmission de la religion des parents aux enfants y est aussi plus forte, à 91 % [4]. Ces indicateurs ne mesurent pas les comportements sexuels, mais ils situent les milieux où les normes religieuses sur le mariage gardent un poids.

Chez les jeunes adultes, la religion reste importante pour une minorité. En juin 2023, 31 % des 18-30 ans interrogés par Verian la jugeaient importante dans leur vie personnelle, dont 53 % des jeunes catholiques et 85 % des jeunes musulmans [17].

La valorisation de la virginité ne relève pas seulement de la religion. Elle peut aussi tenir à des traditions familiales, à la réputation de la famille ou au contrôle exercé sur les jeunes femmes, comme l'ont montré plusieurs sociologues.

Comment les sociologues analysent-ils cette norme ?

La sociologue Christelle Hamel, chercheuse à l'Ined, a travaillé sur ces questions auprès de jeunes de 18 à 25 ans d'origine maghrébine. Lors d'une conférence au Centre Pompidou en 2006, elle analysait la revendication de la virginité par certaines jeunes filles et leurs familles comme une forme de sexisme, à replacer dans son contexte social et en lien avec les discriminations [5].

Cette approche refuse deux lectures simplistes. Elle ne réduit pas la norme de virginité à une « culture » figée, et elle ne la sépare pas des rapports entre hommes et femmes qui la sous-tendent : c'est surtout la virginité féminine qui est surveillée. Les enquêtes montrent d'ailleurs que, dans les générations anciennes, les femmes avaient leur premier rapport environ deux ans après les hommes [2].

La même chercheuse, entendue par l'Assemblée nationale le 9 juin 2009, a souligné la difficulté de mesurer les pressions familiales liées au mariage. Elle estimait non validé scientifiquement le chiffre de 60 000 mariages forcés souvent cité [6]. Une enquête menée en Seine-Saint-Denis en 2006 auprès de jeunes de 18 à 21 ans montrait que, sur 750 jeunes femmes d'origine immigrée, 5,3 % s'étaient vu proposer un fiancé par leur famille [6].

D'autres données citées lors de cette audition vont dans le même sens. Dans l'enquête TIES de 2007, menée à Paris et Strasbourg, 10 % des jeunes femmes et 6 % des jeunes hommes déclaraient avoir subi des pressions familiales pour se marier [6]. Christelle Hamel concluait que le mariage forcé n'est pas la situation majoritaire des jeunes femmes issues de l'immigration [6].

Peut-on annuler un mariage pour une question de virginité ?

Non, selon l'arrêt rendu par la cour d'appel de Douai en 2008. Cette année-là, le tribunal de grande instance de Lille avait annulé un mariage célébré à Mons-en-Barœul pour erreur sur les qualités essentielles de l'épouse, sur le fondement de l'article 180 du Code civil : le mari invoquait une erreur sur sa virginité [13]. La décision avait été condamnée presque unanimement par la classe politique, et le parquet avait fait appel [13].

Le 17 novembre 2008, la cour d'appel de Douai a réformé ce jugement [13]. Elle a estimé que la virginité ne pouvait pas être une qualité essentielle du conjoint, faute d'incidence sur la vie matrimoniale, et les époux sont restés mariés [13].

Le droit actuel insiste surtout sur le consentement. Chaque futur époux doit donner un consentement libre et éclairé ; à défaut, le mariage peut être annulé à la demande des époux ou du procureur dans un délai de cinq ans [14]. L'officier d'état civil doit alerter le procureur en cas d'indices sérieux de mariage forcé [14].

Que dit la loi sur les pratiques liées à la virginité ?

Le droit français ne fait de la virginité ni une obligation ni une faute. Il est toutefois intervenu sur une pratique précise : depuis la loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République, l'article L. 1110-2-1 du code de la santé publique interdit à un professionnel de santé d'établir un certificat attestant la virginité d'une personne [7]. Le non-respect de cette interdiction est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende [7][8].

La loi sanctionne aussi, aux articles 225-4-11 et 225-4-12 du code pénal, l'examen destiné à attester la virginité ainsi que les pressions ou contraintes exercées pour y soumettre une femme ; l'amende atteint 30 000 euros lorsque la personne est mineure [8]. Le Conseil national de l'ordre des médecins recommande aux praticiens de refuser la demande, de signaler la situation d'une mineure à la cellule départementale compétente et d'orienter les adultes vers des dispositifs d'aide, comme le 3919 [7].

Le bilan de cette mesure reste à établir. La note préparée en janvier 2025 par la commission des lois de l'Assemblée nationale pour évaluer la loi de 2021 rappelle la pénalisation des certificats de virginité, mais ne fournit aucune donnée sur son application [15].

Questions fréquentes

La virginité avant le mariage est-elle encore courante en France ?

Aucune statistique nationale ne permet de le mesurer précisément. Les données de l'Inserm et de l'Insee montrent qu'environ seize ans séparent en moyenne, pour les femmes, le premier rapport, vers 18 ans, du premier mariage, vers 35 ans [1][10]. La virginité au mariage est donc un parcours minoritaire.

À quel âge les Français ont-ils leur premier rapport ?

Selon l'enquête CSF-2023 de l'Inserm, l'âge médian au premier rapport est de 18,2 ans pour les femmes et de 17,7 ans pour les hommes ayant eu 18 ans entre 2019 et 2023 [1]. Il était descendu à 17,3 ans pour les deux sexes au milieu des années 2000. Il est plus élevé à La Réunion, à 18,9 ans pour les femmes [12].

À quel âge se marie-t-on pour la première fois en France ?

En 2022, dernière année mesurée, l'âge moyen au premier mariage était de 34,7 ans pour les femmes et de 36,6 ans pour les hommes, selon l'Insee [10]. Il était de 22,6 ans pour les femmes en 1970 [3]. Depuis 2023, l'Insee ne publie plus cet indicateur en raison de la refonte des bulletins d'état civil [11].

Un médecin peut-il délivrer un certificat de virginité ?

Non. Depuis la loi du 24 août 2021, il est interdit à tout professionnel de santé d'établir un tel certificat, sous peine d'un an de prison et de 15 000 euros d'amende [7]. Pratiquer un examen de virginité est également puni [8].

Un mariage peut-il être annulé pour défaut de virginité ?

Non. En 2008, la cour d'appel de Douai a jugé que la virginité n'était pas une qualité essentielle du conjoint et a infirmé l'annulation prononcée à Lille [13]. Un mariage peut en revanche être annulé si le consentement d'un époux n'était pas libre et éclairé [14].

Les religions imposent-elles toutes la virginité avant le mariage ?

Les grandes traditions monothéistes réservent en principe la sexualité au mariage, mais leurs courants l'interprètent et l'appliquent de façon très diverse. La page fornication et religions comparées présente ces textes et leurs interprétations. En France, ces règles relèvent de la conscience de chacun, pas de la loi.

Sources

  1. anrs.fr — https://anrs.fr/wp-content/uploads/2024/11/rapp-csf-web.pdf
  2. presse.inserm.fr — https://presse.inserm.fr/wp-content/uploads/2017/01/2007_03_13_CP_1erResultEnqueteCSF.pdf
  3. insee.fr — https://www.insee.fr/fr/statistiques/1892240
  4. insee.fr — https://www.insee.fr/fr/statistiques/6793308
  5. centrepompidou.fr — https://www.centrepompidou.fr/fr/ressources/media/NFKMGxp
  6. assemblee-nationale.fr — https://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/cr-mivf/08-09/c0809018.pdf
  7. conseil-national.medecin.fr — https://www.conseil-national.medecin.fr/publications/rapports/certificats-virginite
  8. macsf.fr — https://www.macsf.fr/responsabilite-professionnelle/cadre-juridique/l-interdiction-legale-du-certificat-de-virginite
  9. ined.fr — https://www.ined.fr/en/press/ined-latest-recent-demographic-trends-france-report-highlights-france-singular-position
  10. insee.fr — https://insee.fr/fr/statistiques/7929432
  11. insee.fr — https://www.insee.fr/fr/statistiques/8902576
  12. anrs.fr — https://anrs.fr/wp-content/uploads/2026/04/dossier-de-presse-13042025.pdf
  13. fr.wikipedia.org — https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_de_l%27annulation_d%27un_mariage_pour_erreur_sur_la_virginit%C3%A9_de_l%27%C3%A9pouse
  14. service-public.gouv.fr — https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F930
  15. assemblee-nationale.fr — https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/documents/cion_lois/l17n870210094_document.pdf
  16. insee.fr — https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/4277624/TEF2020_033.pdf
  17. veriangroup.com — https://veriangroup.com/hubfs/FR/Rapport-des-jeunes-%C3%A0-la-la%C3%AFcit%C3%A9.pdf

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

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