Bouddhisme

Le troisième précepte bouddhiste : que recouvre l'« inconduite sexuelle » ?

Par la rédaction de fornication.frVérifié le Lecture : 5 min7 sources
L'essentiel

Le troisième des cinq préceptes du bouddhisme engage les laïcs à s'abstenir d'« inconduite sexuelle ». Les textes anciens visent surtout les relations avec une personne mariée, fiancée ou placée sous la protection de sa famille. Ils ne condamnent pas expressément les relations entre deux adultes libres et consentants. Les moines, eux, sont tenus à la chasteté complète.

Que dit exactement le troisième précepte ?

Les laïcs bouddhistes s'engagent à observer cinq préceptes, en pali pañca-sīla : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas commettre d'inconduite sexuelle, ne pas mentir et ne pas consommer de substances enivrantes [2]. Ces règles sont des engagements pris volontairement, non des commandements divins assortis de sanctions.

En pali, la langue du canon bouddhique ancien, le troisième précepte se récite ainsi : kāmesu micchācārā veramaṇī sikkhāpadaṃ samādiyāmi [1]. On peut le traduire ainsi : je prends sur moi la règle d'entraînement qui consiste à m'abstenir d'inconduite sexuelle [1]. Le mot kāma désigne les plaisirs des sens ; les commentaires anciens l'entendent ici comme les relations sexuelles [5].

Un texte du canon présente cette abstention comme un don fait aux autres : celui qui l'observe offre aux êtres la sécurité, l'absence d'hostilité et d'oppression [1]. Le précepte relève donc d'une éthique du tort causé à autrui autant que de la maîtrise de soi.

Les quatre facteurs de la faute selon les commentaires

  1. Un partenaire considéré comme illicite
  2. L'intention d'avoir une relation avec cette personne
  3. L'acte lui-même
  4. L'acceptation de l'union (la personne contrainte n'est pas en faute)

Quelles relations les textes anciens considèrent-ils comme fautives ?

Plusieurs discours du Bouddha définissent l'inconduite sexuelle par une liste de partenaires à éviter. Dans le Saleyyaka Sutta (Majjhima Nikāya 41), le Bouddha décrit celui qui a des relations avec des femmes protégées par leur mère, leur père, leurs frères, leurs sœurs, leurs proches ou leur Dhamma [3]. Il y ajoute les femmes mariées, celles dont la relation entraîne une sanction et celles déjà promises à un autre homme [3].

La même liste revient dans le Cunda Kammāraputta Sutta (Aṅguttara Nikāya 10.176), qui présente l'abstention de ces relations comme l'une des trois purifications par le corps [4]. Ces textes, rédigés dans une société patriarcale, raisonnent à partir du point de vue d'un homme et de la protection dont bénéficient les femmes.

Les commentaires ultérieurs ont précisé la liste. Le moine érudit Bhikkhu Bodhi, dans Going for Refuge & Taking the Precepts (1994), résume vingt catégories de femmes réparties en trois groupes : celles placées sous la protection de leur famille, celles qu'interdisent la coutume, la loi ou un vœu religieux, et celles liées à un autre homme [5]. Pour une femme mariée, tout homme autre que son mari est un partenaire illicite [5].

Quand y a-t-il faute selon les commentaires ?

Les commentaires du canon pali retiennent quatre conditions pour qu'il y ait transgression [5]. Il faut un partenaire illicite, l'intention de s'unir à cette personne, l'acte lui-même et l'acceptation de l'union [5]. Le dernier critère exclut de la faute la personne contrainte contre sa volonté [5].

La gravité varie selon la force du désir, les qualités morales du partenaire et l'usage de la force [5]. Les unions imposées par la violence ou la contrainte sont fautives même lorsque le partenaire n'appartient pas aux catégories interdites [5]. Les personnes veuves ou divorcées peuvent en revanche se remarier librement [5].

Pourquoi les moines doivent-ils être chastes ?

Pour les moines et les moniales, le précepte prend une autre portée. L'Encyclopædia Britannica explique que, pour eux, toute conduite moins que la chasteté complète constitue une inconduite sexuelle [2]. Ils observent dix préceptes et un code monastique détaillé, le pātimokkha [2].

Bhikkhu Bodhi souligne que le même précepte se traduit par la fidélité conjugale chez les laïcs et par le célibat chez les moines [5]. Les laïcs qui adoptent huit préceptes, notamment lors des jours d'observance, remplacent aussi l'abstention d'inconduite sexuelle par l'abstention de toute relation [5].

Les relations hors mariage sont-elles interdites aux laïcs ?

Les textes anciens ne répondent pas directement. Les adultes non mariés et libres de tout lien ne figurent pas dans les listes de partenaires illicites, mais aucun texte ne dit explicitement que ces relations sont permises [5]. Les listes s'appuient sur les liens familiaux et conjugaux reconnus par la société, sans définir elles-mêmes de forme de mariage [3][5].

Les lectures varient donc selon les traditions et les pays. L'Encyclopædia Britannica définit l'inconduite, pour les laïcs, comme une conduite contraire aux normes sociales admises, l'adultère par exemple [2]. Là où ces normes réservent la sexualité au mariage, les relations prénuptiales peuvent être jugées contraires au précepte ; ailleurs, l'accent porte sur le consentement, la loyauté et l'absence de tort.

Comment le précepte est-il lu aujourd'hui ?

Certains maîtres contemporains ont reformulé les préceptes en termes plus positifs. Dans la tradition du Village des Pruniers, issue de l'enseignement du moine vietnamien Thich Nhat Hanh, le troisième précepte devient l'« entraînement à l'amour véritable » [6]. Il demande de n'avoir de relations sexuelles qu'avec un consentement mutuel, un amour véritable et un engagement profond et durable [6].

Ce texte insiste aussi sur la protection des enfants contre les abus et sur le respect de chacun, sans discrimination fondée sur l'identité de genre ou l'orientation sexuelle [6]. Il rappelle que le désir sexuel n'est pas l'amour [6]. Cette lecture déplace le critère du statut matrimonial vers la qualité et la sincérité de la relation.

Questions fréquentes

Quels sont les cinq préceptes du bouddhisme ?

Ce sont cinq engagements des laïcs : s'abstenir de tuer, de voler, d'inconduite sexuelle, de mentir et de consommer des substances enivrantes [2]. Ils sont récités en pali et pris volontairement, souvent lors d'une cérémonie de refuge [1][5].

Le bouddhisme connaît-il le mariage religieux ?

Les textes anciens qui définissent l'inconduite sexuelle ne prescrivent pas de rite de mariage. Ils s'appuient sur les liens familiaux et conjugaux reconnus par la société de leur temps [3][5]. Les pratiques varient aujourd'hui selon les pays et les traditions.

Le troisième précepte change-t-il lors des jours d'observance ?

Oui. Les laïcs qui adoptent la forme en huit préceptes, notamment lors des jours d'observance appelés uposatha, remplacent l'abstention d'inconduite sexuelle par l'abstention de toute relation sexuelle [5].

Que dit l'hindouisme des relations avant le mariage ?

La tradition hindoue décrit quatre étapes de la vie. La première, celle de l'étudiant (brahmacharya), est marquée par la chasteté, et la deuxième, celle du maître de maison, suppose le mariage et la fondation d'une famille [7]. La sexualité y est donc pensée dans le cadre du mariage.

Sources

  1. accesstoinsight.org — https://www.accesstoinsight.org/ptf/dhamma/sila/pancasila.html
  2. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/sila-Buddhism
  3. accesstoinsight.org — https://www.accesstoinsight.org/tipitaka/mn/mn.041.than.html
  4. accesstoinsight.org — https://www.accesstoinsight.org/tipitaka/an/an10/an10.176.than.html
  5. accesstoinsight.org — https://www.accesstoinsight.org/lib/authors/bodhi/wheel282.html
  6. plumvillage.org — https://plumvillage.org/mindfulness/the-5-mindfulness-trainings
  7. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/ashrama

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.