Bouddhisme

Célibat des moines bouddhistes : ce qu'impose le Vinaya, de la Thaïlande au Japon

Par la rédaction de fornication.frVérifié le Lecture : 9 min11 sources
Illustration : un médaillon avec la roue du dharma, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Un moine bouddhiste a-t-il le droit d'avoir des relations sexuelles ?

Non, dans la plupart des traditions. Le Vinaya, code de discipline des moines, fait de la relation sexuelle la première des quatre fautes qui excluent définitivement de la communauté. Les laïcs s'engagent seulement à éviter l'inconduite sexuelle. Au Japon, un décret de 1872 a levé les sanctions de l'État contre le mariage du clergé, devenu courant dans toutes les écoles.

Sommaire
  1. Que dit le Vinaya de la sexualité des moines ?
  2. Que risque un moine qui enfreint la règle ?
  3. Les moniales suivent-elles les mêmes règles ?
  4. Pourquoi les laïcs ne sont-ils pas tenus au célibat ?
  5. Toutes les traditions imposent-elles le célibat ?
  6. Pourquoi les prêtres japonais peuvent-ils se marier ?
  7. Quels débats suscitent aujourd'hui les manquements ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Que dit le Vinaya de la sexualité des moines ?

Le Vinaya, la partie du canon bouddhique consacrée à la discipline monastique, interdit aux moines toute relation sexuelle. Son noyau est le pātimokkha, la liste des règles récitée par la communauté ; dans la version theravada traduite par le moine américain Thanissaro Bhikkhu, il compte 227 entrées réparties en huit catégories [2]. Les plus graves sont les quatre pārājika, littéralement les fautes de « défaite » [1][2].

La première de ces règles vise la relation sexuelle. Selon sa formulation, le moine qui s'y livre, même avec un animal, est « vaincu » et n'appartient plus à la communauté [1]. Le texte précise qu'elle s'applique au moine qui n'a pas renoncé à l'entraînement ni déclaré sa faiblesse, autrement dit qui n'a pas quitté l'état monastique au préalable [1].

La tradition rattache cette règle à un récit fondateur. Un moine nommé Sudinna eut une relation avec l'une de ses anciennes épouses, en partie pour répondre au vœu de sa mère, qui souhaitait un héritier pour la famille [1]. Un autre cas, survenu plus tard, conduisit le Bouddha à préciser que l'interdit valait aussi à l'égard d'un animal [1].

Le commentaire de Thanissaro Bhikkhu, The Buddhist Monastic Code, décompose la faute en quatre éléments : l'effort, l'objet, la connaissance et le consentement [1]. Un moine inconscient, qui ignore ce qui se passe, n'encourt aucune sanction [1]. Sont aussi exemptés le moine atteint de folie ou délirant de douleur, ainsi que les premiers auteurs des actes qui ont donné lieu à la règle [1].

Repères chronologiques

  1. Fin du XIVe siècleTibet : Tsongkhapa fonde l'école gelug et rétablit le célibat des moines
  2. 1872Japon : un décret du Grand Conseil d'État laisse les religieux libres de se marier
  3. 1878Japon : le ministère de l'Intérieur précise que le décret ne touche pas aux règles des écoles
  4. 1936Japon : une enquête de l'école sōtō trouve des familles dans plus de 81 % des temples
  5. 20 mai 1954Corée : message du président Syngman Rhee, début du mouvement de purification
  6. 8 mai 1970Corée : les moines mariés fondent l'ordre Taego, l'ordre Jogye reste célibataire
  7. Juillet 2025Thaïlande : arrestation d'une femme accusée d'avoir fait chanter des moines de haut rang

Le code monastique theravada (pātimokkha) en chiffres

Catégorie de règlesMoines (bhikkhu)Moniales (bhikkhunī)
Pārājika (exclusion définitive)48
Saṅghādisesa1317
Nissaggiya pācittiya3030
Pācittiya92166
Pāṭidesanīya48
Sekhiya (règles de bonne conduite)7575
Aniyata20
Procédures de règlement des litiges77
Total227311

Que risque un moine qui enfreint la règle ?

Le moine qui commet cette faute est exclu de façon irrévocable : il cesse d'être considéré comme un moine. Le Vinaya compare sa situation à celle d'un palmier dont on a coupé la cime et qui ne peut plus repousser [1]. Contrairement aux fautes moins graves, aucune procédure ne lui permet de rester dans la communauté [1].

Les trois autres pārājika concernent le vol, le meurtre d'un être humain et le fait de prétendre faussement avoir atteint des états spirituels supérieurs [2]. La relation sexuelle se trouve donc dans la même catégorie que l'homicide : celle des actes qui mettent fin, par eux-mêmes, à l'état de moine [1][2].

D'autres règles, regroupées parmi les 13 saṅghādisesa, encadrent la conduite des moines envers les femmes [2]. Elles visent le contact physique avec une femme motivé par le désir, les propos lascifs qui lui sont adressés et les paroles sur la gratification des sens tenues en sa présence [2]. Elles interdisent aussi au moine de servir d'intermédiaire pour des rencontres amoureuses ou des mariages [2].

Le départ reste possible. Puisque la règle vise le moine qui n'a pas renoncé à l'entraînement [1], celui qui souhaite se marier peut quitter l'habit avant toute relation. Il redevient alors un laïc, soumis aux seuls préceptes des laïcs.

Les moniales suivent-elles les mêmes règles ?

Les moniales suivent un code plus long et, sur ce point, plus strict. Le pātimokkha des moniales (bhikkhunī) compte 311 règles, dont 181 sont communes avec celui des moines [3]. Il comprend huit pārājika au lieu de quatre, ainsi que 17 saṅghādisesa et 166 pācittiya [3].

Les quatre premières fautes d'exclusion sont identiques à celles des moines [3]. La cinquième exclut la moniale qui consent à ce qu'un homme animé de désir la touche entre les clavicules et les genoux ; chez les moines, un acte comparable relève seulement d'un saṅghādisesa [3]. La huitième vise un ensemble de huit comportements de rapprochement consentis avec un homme animé de désir [3].

Les deux autres pārājika propres aux moniales ne concernent pas la sexualité. L'une sanctionne la moniale qui cache la faute d'exclusion d'une autre, l'autre celle qui continue de suivre un moine suspendu par la communauté malgré les avertissements [3].

Pourquoi les laïcs ne sont-ils pas tenus au célibat ?

Les laïcs ne sont pas tenus au célibat parce que leur engagement porte sur cinq préceptes, et non sur la discipline monastique. Selon l'Encyclopædia Britannica, ils observent en permanence ces cinq préceptes, et parfois huit lors des jours de jeûne bimensuels, tandis que les dix préceptes complets sont réservés aux moines et aux moniales [4].

Le troisième précepte change de sens selon la personne. Pour les moines, toute conduite moins que la chasteté complète est une inconduite sexuelle ; pour les laïcs, il s'agit d'une conduite contraire aux normes sociales admises, comme l'adultère [4]. Ce que les textes anciens entendent par inconduite sexuelle chez les laïcs est détaillé dans notre article sur le troisième précepte bouddhiste. L'hindouisme connaît une répartition comparable, qui réserve la chasteté complète à certaines étapes de la vie, comme l'explique notre article sur le désir et le mariage dans l'hindouisme.

Les dix préceptes ajoutent d'autres renoncements : ne pas manger après midi, se tenir à l'écart des divertissements, des parures et des parfums, ne pas utiliser de lits luxueux et ne pas accepter d'or ni d'argent [4]. Le célibat s'inscrit ainsi dans un ensemble de règles qui distinguent la vie du moine de celle du foyer.

Toutes les traditions imposent-elles le célibat ?

Non : si le Vinaya reste la référence, plusieurs écoles du Tibet, de la Corée et du Japon admettent des religieux mariés. Au Tibet, l'école gelug, fondée à la fin du XIVe siècle par Tsongkhapa, est née d'un retour à la discipline : son fondateur a rétabli le célibat, interdit l'alcool et la viande et relevé le niveau d'étude des moines [5]. Ses chefs sont le dalaï-lama et le panchen-lama [5].

L'école nyingma, « l'Ancien Ordre », qui se réclame des enseignements de Padmasambhava, présente un autre visage. Selon la Britannica, ses moines ne sont pas, en règle générale, tenus au célibat [6]. Le Tibet a donc connu côte à côte des communautés strictement célibataires et d'autres où le célibat n'est pas la règle [5][6].

En Corée, la question a divisé le bouddhisme après la colonisation japonaise. Selon l'historien Chanju Mun, le mouvement en faveur des moines célibataires a été lancé par un message du président Syngman Rhee le 20 mai 1954 [7]. L'ordre Jogye, créé officiellement en 1941, sous l'occupation japonaise, réunissait alors moines mariés et célibataires ; il est devenu un ordre de célibataires après le départ des moines mariés, qui ont fondé l'ordre Taego le 8 mai 1970 [7].

Pourquoi les prêtres japonais peuvent-ils se marier ?

Les prêtres bouddhistes japonais peuvent se marier parce qu'un décret de 1872 a supprimé les sanctions de l'État contre le mariage du clergé. L'historien Richard Jaffe date ce décret du Grand Conseil d'État du 25e jour du 4e mois de l'an 5 de l'ère Meiji, selon le calendrier alors en usage [8]. Il dispose que les religieux bouddhistes seront désormais libres de manger de la viande, de se marier et de laisser pousser leurs cheveux [8].

Le décret n'obligeait personne à se marier. Il transformait des interdits sanctionnés par l'État en choix personnels, et un avis du ministère de l'Intérieur de 1878 a précisé que la loi ne touchait pas aux règles propres à chaque école [8]. La plupart des écoles ont protesté ; les dirigeants de l'école zen sōtō ont adopté en 1885 une règle interdisant les femmes dans les temples, puis l'ont abandonnée sans commentaire dans leur constitution de 1906 [8].

La pratique s'est pourtant imposée. Faute de statistiques officielles pour l'ère Meiji, Jaffe cite l'estimation d'une épouse de temple, Kuruma Tatsu, selon laquelle 40 à 50 % des religieux étaient mariés au milieu de cette ère [8]. En 1936, la première enquête complète de l'école sōtō trouvait des familles dans plus de 81 % de ses temples [8].

Aujourd'hui, selon la présentation du livre de Jaffe Neither Monk nor Layman, le clergé marié concerne toutes les écoles bouddhistes du pays [9]. L'ouvrage souligne la tension entre des doctrines qui continuent d'idéaliser le renoncement et des religieux dont la vie ressemble à celle de leurs fidèles [9]. Le Jōdo Shinshū, l'école de la Terre pure fondée par Shinran, recrutait déjà la plupart de son clergé dans les familles de temples [8].

Quels débats suscitent aujourd'hui les manquements ?

Les manquements au célibat suscitent surtout des débats sur le contrôle des monastères et de leurs finances, comme l'a montré le scandale thaïlandais de 2025. En mai 2025, l'abbé du Wat Rai Khing, dans la province de Nakhon Pathom, a quitté l'état monastique après avoir été victime d'un chantage [11]. L'enquête sur les transferts d'argent entre comptes de temples et comptes personnels a ensuite remonté vers d'autres religieux [11].

Le 15 juillet 2025, la police a arrêté dans la province de Nonthaburi une femme accusée d'avoir noué des relations avec des moines puis de les avoir fait chanter [10]. Selon l'agence Associated Press, au moins neuf abbés et moines de haut rang ont été défroqués, et environ 385 millions de bahts, soit 11,9 millions de dollars, sont passés par ses comptes en trois ans [10]. Le quotidien Khaosod English évoquait de son côté au moins 19 moines de 18 temples visés par l'enquête et environ 80 000 fichiers trouvés sur son téléphone [11].

Les réactions ont porté sur des terrains différents. Le Premier ministre par intérim, Phumtham Wechayachai, a ordonné un réexamen des lois sur les moines et les temples, en insistant sur la transparence de leurs finances, et la police a ouvert une page pour signaler les religieux fautifs [10]. Un haut responsable de la police a affirmé que l'enquête visait à faire respecter les préceptes et non à nuire au bouddhisme [11].

Le cadre de discussion est donc double. La sanction religieuse relève du Vinaya, qui exclut le moine fautif [1] ; les poursuites pénales portent sur le chantage et les flux financiers [10]. Les comparaisons avec les autres religions se trouvent dans notre tableau des traditions.

Questions fréquentes

Les moines bouddhistes peuvent-ils se marier ?

Non dans le code theravada, où la relation sexuelle est la première des quatre fautes qui excluent le moine [2]. Au Japon, en revanche, un décret de 1872 a levé les sanctions de l'État, et le clergé marié concerne aujourd'hui toutes les écoles [8][9]. Au Tibet, les moines nyingma ne sont pas, en règle générale, tenus au célibat [6].

Que signifie pārājika ?

Le mot désigne la « défaite » : c'est le nom des fautes les plus graves du code monastique, qui excluent définitivement le moine [1]. Les moines en comptent quatre, la relation sexuelle, le vol, le meurtre et la fausse prétention à des états spirituels, et les moniales huit [2][3].

Un moine peut-il quitter l'habit pour se marier ?

Oui. La règle vise le moine qui n'a pas renoncé à l'entraînement monastique [1] : celui qui quitte l'habit avant toute relation ne commet pas la faute d'exclusion. En juillet 2025, plusieurs moines thaïlandais ont défroqué en pleine enquête [11].

Combien de règles un moine bouddhiste doit-il respecter ?

227 dans la tradition theravada, selon la traduction du pātimokkha par Thanissaro Bhikkhu [2]. Ce total comprend 4 fautes d'exclusion, 13 saṅghādisesa, 92 pācittiya, 75 règles de bonne conduite et 7 procédures de règlement des litiges [2].

Les nonnes bouddhistes ont-elles plus de règles que les moines ?

Oui : 311 règles contre 227, dont 181 communes aux deux codes [3]. Les moniales ont notamment huit fautes d'exclusion au lieu de quatre, dont deux portent sur le contact physique consenti avec un homme animé de désir [3].

Le dalaï-lama est-il tenu au célibat ?

Oui. Le dalaï-lama est l'un des chefs de l'école gelug, dont le fondateur Tsongkhapa a rétabli le célibat des moines à la fin du XIVe siècle [5].

Que s'est-il passé en Thaïlande en 2025 ?

En juillet 2025, une femme a été arrêtée pour avoir, selon la police, fait chanter des moines avec qui elle avait eu des relations [10]. Au moins neuf abbés et moines de haut rang ont été défroqués, et le gouvernement a ordonné un réexamen des lois sur les temples [10].

Sources

  1. dhammatalks.org — https://www.dhammatalks.org/vinaya/bmc/Section0010.html
  2. accesstoinsight.org — https://www.accesstoinsight.org/tipitaka/vin/sv/bhikkhu-pati.html
  3. accesstoinsight.org — https://www.accesstoinsight.org/tipitaka/vin/sv/bhikkhuni-pati.html
  4. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/sila-Buddhism
  5. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Dge-lugs-pa
  6. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Rnying-ma-pa
  7. ww2.coastal.edu — https://ww2.coastal.edu/rgreen/Purification_Buddhist_Movement.pdf
  8. nirc.nanzan-u.ac.jp — https://nirc.nanzan-u.ac.jp/journal/6/article/969/pdf/download
  9. muse.jhu.edu — https://muse.jhu.edu/book/1592
  10. cbsnews.com — https://www.cbsnews.com/news/woman-arrested-buddhist-monks-sex-blackmail-thailand
  11. khaosodenglish.com — https://www.khaosodenglish.com/news/2025/07/12/sex-money-and-saffron-robes-thai-monasteries-darkest-hour/

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

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