Hindouisme

Hindouisme : ce que disent le dharma, les Lois de Manu et le Kamasutra des relations hors mariage

Par la rédaction de fornication.frVérifié le Lecture : 10 min17 sources
Illustration : un médaillon avec une fleur de lotus, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Que dit l'hindouisme des relations sexuelles hors mariage ?

L'hindouisme n'a pas de règle unique sur la sexualité. Les textes classiques font du désir (kama) l'un des buts légitimes de la vie, mais le placent dans le mariage du maître de maison, après une jeunesse chaste. Les Lois de Manu punissent durement l'adultère ; en Inde, la Cour suprême l'a dépénalisé en 2018.

Sommaire
  1. Le désir est-il condamné par l'hindouisme ?
  2. Quelle place les étapes de la vie donnent-elles à la sexualité ?
  3. Que disent les Lois de Manu du mariage ?
  4. Comment les textes anciens traitent-ils l'adultère ?
  5. Existe-t-il plusieurs lectures dans la tradition ?
  6. Que dit aujourd'hui le droit indien ?
  7. Questions fréquentes
  8. Sources

Le désir est-il condamné par l'hindouisme ?

Non : la tradition classique range le désir, kama, parmi les buts légitimes de l'existence, à côté du devoir et de la prospérité. Le Kamasutra, attribué à Vatsyayana Mallanaga et daté du IIIe siècle de notre ère, est le plus ancien traité indien conservé consacré au plaisir [2]. Il s'ouvre sur trois buts, dharma, artha et kama, qu'un homme doit poursuivre à des moments différents de sa vie pour qu'ils s'accordent entre eux [1].

Le texte définit le dharma comme l'obéissance aux prescriptions des écritures, l'artha comme l'acquisition et la protection des biens, des terres et des amis, et le kama comme la jouissance des objets appropriés par les cinq sens, avec l'esprit et l'âme [1]. Il fixe aussi une hiérarchie : quand les trois entrent en concurrence, le dharma l'emporte sur l'artha, et l'artha sur le kama [1]. Le texte prévoit deux exceptions, le roi, qui doit privilégier l'artha, et les courtisanes, qui privilégient le kama [1].

Un quatrième but, la libération (moksha), est défini comme la délivrance des renaissances ; le Kamasutra la situe au soir de la vie [1]. Le même passage recommande l'étude dans l'enfance, l'artha et le kama dans la jeunesse et l'âge mûr, le dharma dans la vieillesse, tout en admettant qu'on les pratique à d'autres moments, car la vie est incertaine [1].

L'ouvrage ne se réduit pas à la sexualité. Dans la traduction anglaise publiée en 1883 par la Kama Shastra Society, ses sept parties traitent notamment de l'acquisition d'une épouse, de la vie de l'épouse, des épouses d'autrui et des courtisanes [1]. L'indianiste Wendy Doniger, autrice de la notice de l'Encyclopædia Britannica, insiste sur cette ampleur, qui dépasse de loin la réputation du livre [2].

Repères chronologiques

  1. Vers 100Texte reçu des Lois de Manu (Manusmriti), 12 chapitres et 2 694 strophes
  2. IIIe siècleRédaction du Kamasutra, attribué à Vatsyayana Mallanaga
  3. 1883Traduction anglaise du Kamasutra publiée par la Kama Shastra Society
  4. 1955Hindu Marriage Act : rites coutumiers, saptapadi et divorce pour adultère
  5. 2010Affaire Khushboo : la Cour suprême estime que la vie commune hors mariage n'est pas une infraction
  6. 27 septembre 2018Arrêt Joseph Shine : la Cour suprême abroge l'article 497 du Code pénal (adultère)
  7. 1er juillet 2024Entrée en vigueur de la Bharatiya Nyaya Sanhita, sans délit d'adultère

Les quatre étapes de la vie (ashrama) selon la tradition

  1. Étudiant (brahmacari) : chasteté, dévotion, obéissance au maître
  2. Maître de maison (grihastha) : mariage, enfants, devoirs envers la famille, les dieux et les ancêtres
  3. Ermite de la forêt (vanaprastha) : retrait après la naissance des petits-enfants
  4. Renonçant (sannyasi) : abandon de tout bien, recherche de la libération

Quelle place les étapes de la vie donnent-elles à la sexualité ?

La doctrine des étapes de la vie, les ashrama, place la vie sexuelle dans l'étape du maître de maison, c'est-à-dire dans le mariage. Elle décrit un parcours idéal en quatre temps : l'étudiant (brahmacari), voué à la chasteté, à la dévotion et à l'obéissance envers son maître ; le maître de maison (grihastha), qui se marie et a des enfants ; l'ermite de la forêt (vanaprastha) ; enfin le renonçant (sannyasi) [3].

Le maître de maison a des devoirs précis : faire vivre sa famille, entretenir prêtres et religieux, accomplir ses obligations envers les dieux et les ancêtres [3]. Le passage à l'étape suivante intervient après la naissance des petits-enfants : il se retire alors des affaires du monde et pratique l'ascèse et le yoga [3]. Le renonçant abandonne tous ses biens et mendie sa nourriture, et la libération est traditionnellement recherchée dans ces deux dernières étapes [3].

L'Encyclopædia Britannica présente ce schéma comme un idéal, non comme la description de la vie réelle de tous les hindous [3]. Il éclaire pourtant la logique du système : la sexualité n'y est ni ignorée ni laissée libre, elle a sa période, encadrée par la chasteté de la jeunesse et par le renoncement de la vieillesse. Le Kamasutra suit la même chronologie lorsqu'il associe le kama à la jeunesse et à l'âge mûr [1].

Que disent les Lois de Manu du mariage ?

Les Lois de Manu distinguent huit formes de mariage, dont quatre sont approuvées et quatre jugées blâmables. Ce recueil, la Manusmriti, compte 12 chapitres et 2 694 strophes ; son texte reçu remonte aux environs de l'an 100 et il est traditionnellement tenu pour le plus autorisé des traités de dharma [4]. Il traite aussi bien de cosmologie que des classes sociales, des étapes de la vie, des sacrements, du mariage, de la conduite des femmes et du droit royal, sans séparer nettement loi religieuse et loi profane [4].

Le texte est accessible en anglais dans la traduction de Georg Bühler, publiée dans la collection Sacred Books of the East (volume 25) [5]. Le verset 3.21 énumère les huit formes : celles de Brahma, des dieux (Daiva), des sages (Arsha), de Prajapati, des Asura, des Gandharva, des Rakshasa et des Paisaca [6]. Les versets suivants précisent lesquelles conviennent à chaque classe : les six premières sont licites pour un brahmane, et les formes Paisaca et Asura ne doivent jamais être employées (3.25) [6].

La forme gandharva intéresse particulièrement l'histoire des unions hors des règles familiales. Le verset 3.32 la définit comme l'union volontaire d'une jeune fille et de son amant, née du désir [6]. Elle figure parmi les quatre formes blâmables, dont naissent selon le verset 3.41 des fils cruels et menteurs, mais le texte la compte bien comme un mariage et la déclare permise aux kshatriyas, la classe des guerriers (3.26) [6].

Le chapitre 9 insiste sur la fidélité. Le verset 9.101 en fait le résumé de la loi la plus haute pour le mari et la femme : que la fidélité mutuelle dure « jusqu'à la mort » [7]. Le même chapitre place la femme sous la protection de son père, de son mari puis de ses fils (9.3), et la plupart de ses mises en garde contre l'infidélité visent les épouses ; l'adultère du mari n'est évoqué que brièvement (9.41) [7].

Comment les textes anciens traitent-ils l'adultère ?

Les Lois de Manu traitent l'adultère comme une infraction grave, punie différemment selon la classe sociale des personnes. Les versets 8.352 et 8.353 prévoient des châtiments sévères puis le bannissement pour les hommes qui s'unissent aux épouses d'autrui, au motif que ces unions mêlent les classes [8]. La notion est large : parler à l'épouse d'un autre dans un lieu écarté, lui offrir des présents ou toucher ses parures compte déjà parmi les actes répréhensibles (8.356-8.358) [8].

Les peines dépendent de la classe : le verset 8.359 prévoit la mort pour un homme qui n'est pas brahmane, les brahmanes étant exclus de cette règle [8]. Les relations avec une jeune fille non mariée sont traitées à part. Celui qui contraint une jeune fille subit un châtiment corporel immédiat, alors qu'un homme de même classe qui s'unit à une jeune fille consentante y échappe et paie une amende de 200 panas (8.364-8.368) [8].

Le chapitre s'achève sur un idéal politique : le roi dont la ville ne compte ni voleur, ni adultère, ni homme violent atteint le monde du dieu Indra (8.386) [8]. Selon la Britannica, ce traité a profondément marqué la pensée hindoue, en particulier la justification du système des castes [4]. Le Kamasutra, de son côté, consacre une partie entière aux épouses d'autrui [1] : la question occupait donc aussi les auteurs de traités sur le plaisir.

Existe-t-il plusieurs lectures dans la tradition ?

Oui : les traités de dharma, la littérature savante sur le plaisir et la poésie dévotionnelle n'abordent pas le désir de la même façon. L'hindouisme réunit près d'un milliard de fidèles dans le monde et environ 80 % de la population de l'Inde [10]. Les règles des Lois de Manu, très hiérarchisées selon le sexe et la classe, ne résument donc pas à elles seules l'ensemble de la tradition.

La poésie de la bhakti, la dévotion personnelle à une divinité, chante l'amour de Krishna et de Radha. Radha est une gopi, une vachère de Vrindavan, épouse d'un autre bouvier, et pourtant la compagne préférée de Krishna [9]. Dans le mouvement vishnouite de la bhakti, Radha est parfois interprétée comme l'âme humaine et Krishna comme Dieu [9].

Le saint bengali Chaitanya passait pour une incarnation de Krishna et de Radha à la fois [9]. Le Gita Govinda du poète Jayadeva, consacré à ces amours, a inspiré de nombreux peintres de miniatures rajpoutes et pahari [9]. Dans cette lecture, l'amour de Radha figure l'élan de l'âme humaine vers Dieu plutôt qu'une conduite conjugale [9].

On peut ainsi distinguer trois registres. Le registre normatif des Lois de Manu fixe des formes de mariage et des peines [6][8]. Le registre savant du Kamasutra fait du kama un art légitime mais subordonné au dharma [1]. Le registre dévotionnel transforme un amour hors des normes sociales en image de la relation entre l'âme et Dieu [9]. Ces positions sont mises en regard des autres religions dans notre tableau comparatif des traditions, et le cas bouddhiste est détaillé dans les articles sur le troisième précepte et sur le célibat des moines.

Que dit aujourd'hui le droit indien ?

En Inde, ce sont aujourd'hui les lois de l'État, et non les traités religieux, qui règlent le mariage et l'adultère. Le Hindu Marriage Act de 1955 prévoit à sa section 7 qu'un mariage hindou peut être célébré selon les rites coutumiers de l'un ou l'autre époux [11]. Lorsque ces rites comprennent la saptapadi, les sept pas accomplis ensemble devant le feu sacré, le mariage devient complet au septième pas [11].

La section 13(1)(i) du même texte permet à chaque époux de demander le divorce si l'autre a eu, après le mariage, des relations sexuelles volontaires avec une autre personne [12]. L'adultère reste donc une cause civile de divorce. Il a en revanche cessé d'être un délit le 27 septembre 2018, par l'arrêt Joseph Shine c. Union indienne [13].

Cinq juges de la Cour suprême, dont le président Dipak Misra et Indu Malhotra, ont statué à l'unanimité [13]. L'article 497 du Code pénal de 1860 punissait jusqu'à cinq ans de prison l'homme qui avait une relation avec l'épouse d'un autre sans le consentement du mari ; la femme ne pouvait pas être poursuivie [13]. La Cour a annulé cet article et la règle de procédure qui réservait la plainte au mari, tout en précisant que l'adultère peut rester un motif de divorce [14]. Le 31 janvier 2023, elle a précisé que cette décision ne concernait pas la discipline des forces armées [13].

Le législateur n'a pas rétabli l'infraction. Une commission parlementaire avait recommandé de la réintroduire sous une forme neutre quant au sexe, au nom du caractère sacré du mariage, mais le gouvernement ne l'a pas suivie dans le projet réintroduit en décembre 2023 [15]. Ce texte, la Bharatiya Nyaya Sanhita, est entré en vigueur le 1er juillet 2024 avec deux autres codes, en remplacement des lois pénales coloniales [16].

Les relations entre adultes non mariés ne sont pas davantage punies. En 2010, l'actrice Khushboo demandait l'annulation de 22 procédures pénales engagées contre elle pour des propos de 2005 favorables aux relations avant le mariage [17]. La Cour suprême a estimé qu'aucune loi n'interdisait la vie commune hors mariage, et l'a rattachée au droit à la vie protégé par l'article 21 de la Constitution [17]. Certains États encadrent néanmoins ces unions : le Gujarat oblige désormais les couples non mariés à se déclarer, comme l'explique notre article sur son Code civil uniforme.

Questions fréquentes

Les relations avant le mariage sont-elles un péché dans l'hindouisme ?

Oui au regard des textes classiques, qui imposent la chasteté à l'étudiant et situent la vie sexuelle dans l'étape du maître de maison, donc dans le mariage [3]. Les Lois de Manu prévoient une amende pour l'homme qui s'unit à une jeune fille consentante de sa classe [8]. Le Kamasutra reconnaît toutefois le désir comme un but légitime, subordonné au dharma [1].

Qu'est-ce que le mariage gandharva ?

C'est l'une des huit formes de mariage des Lois de Manu, définie au verset 3.32 comme l'union volontaire d'une jeune fille et de son amant, née du désir [6]. Le texte la range parmi les quatre formes blâmables, mais la tient pour un mariage et la déclare permise à la classe des guerriers [6].

Le Kamasutra est-il un livre religieux ?

Non, c'est un traité savant du IIIe siècle consacré au plaisir, attribué à Vatsyayana Mallanaga [2]. Il s'inscrit pourtant dans le cadre religieux de son temps : il place le kama après le dharma et l'artha, et mentionne la libération (moksha) comme but de la vieillesse [1].

Que signifie brahmacharya ?

Le terme désigne l'état de l'étudiant (brahmacari), première des quatre étapes de la vie, marquée par la chasteté, la dévotion et l'obéissance envers le maître [3]. Le mariage n'intervient qu'à l'étape suivante, celle du maître de maison [3].

L'adultère est-il encore un délit en Inde ?

Non. La Cour suprême a annulé l'article 497 du Code pénal le 27 septembre 2018 dans l'arrêt Joseph Shine [13]. Le nouveau Code pénal, en vigueur depuis le 1er juillet 2024, ne l'a pas rétabli [15][16]. L'adultère reste un motif de divorce [12].

La vie commune sans mariage est-elle légale en Inde ?

Oui. En 2010, dans l'affaire de l'actrice Khushboo, la Cour suprême a estimé qu'aucune loi n'interdisait la vie commune ou les relations avant le mariage [17]. Elle a rattaché cette liberté au droit à la vie garanti par l'article 21 de la Constitution [17].

Combien y a-t-il d'hindous dans le monde ?

Près d'un milliard, selon l'Encyclopædia Britannica, qui estime aussi que l'hindouisme est la religion d'environ 80 % de la population de l'Inde [10].

Sources

  1. gutenberg.org — https://www.gutenberg.org/files/27827/27827-h/27827-h.htm
  2. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Kama-sutra
  3. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/ashrama
  4. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Manu-smriti
  5. sacred-texts.com — https://www.sacred-texts.com/hin/manu.htm
  6. sacred-texts.com — https://www.sacred-texts.com/hin/manu/manu03.htm
  7. sacred-texts.com — https://www.sacred-texts.com/hin/manu/manu09.htm
  8. sacred-texts.com — https://www.sacred-texts.com/hin/manu/manu08.htm
  9. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Radha-Hindu-mythology
  10. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Hinduism
  11. future.indiankanoon.org — https://future.indiankanoon.org/doc/358783
  12. future.indiankanoon.org — https://future.indiankanoon.org/doc/932494
  13. scobserver.in — https://www.scobserver.in/court-case/constitutionality-of-adultery-law/plain-english-summary-of-judgment-197a6db3-fe46-40c3-8aac-7bda25a66f6a
  14. clpr.org.in — https://clpr.org.in/wp-content/uploads/2024/12/64.-Joseph_Shine_vs_Union_of_India_UOI_27092018__SCSC20182709181534102COM880192.pdf
  15. openthemagazine.com — https://openthemagazine.com/feature/a-farewell-to-the-crime-of-adultery
  16. newsonair.gov.in — https://www.newsonair.gov.in/three-new-criminal-laws-come-into-force
  17. thediplomat.com — https://thediplomat.com/2010/03/co-habitation-gets-ok

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.