« Una caro » : pourquoi le Vatican a publié un éloge de la monogamie

Que dit la note Una caro du Vatican sur la monogamie et le polyamour ?
Le 25 novembre 2025, le Dicastère pour la doctrine de la foi a publié au Vatican « Una caro. Éloge de la monogamie », une note doctrinale approuvée par Léon XIV le 21 novembre. Présentée par le cardinal Víctor Manuel Fernández, elle défend le mariage comme union exclusive d'un homme et d'une femme, face à la polygamie et au polyamour.
Sommaire
- Que contient la note « Una caro » publiée le 25 novembre 2025 ?
- Pourquoi le Vatican a-t-il jugé nécessaire d'écrire sur la monogamie ?
- Que dit le texte de la sexualité, de l'exclusivité et des relations hors mariage ?
- Sur quels textes et quelle tradition la note s'appuie-t-elle ?
- Comment la note a-t-elle été présentée et reçue ?
- Qu'est-ce que cela change pour les fidèles et pour la suite ?
- Questions fréquentes
- Sources
Que contient la note « Una caro » publiée le 25 novembre 2025 ?
« Una caro » est une note doctrinale de plus de soixante pages consacrée à l'unité du mariage, publiée par le Dicastère pour la doctrine de la foi, l'organe du Vatican chargé de l'enseignement catholique [3]. Son titre complet la présente comme une note sur la valeur du mariage comme union exclusive et appartenance réciproque [1]. Les deux mots latins, « une seule chair », reprennent la formule de la Genèse que Jésus cite dans les Évangiles lorsqu'il parle du mariage [1][4].
Le texte a été présenté le matin du 25 novembre 2025 à la salle de presse du Saint-Siège par le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du dicastère, et par la théologienne Giuseppina De Simone, de la Faculté théologique pontificale d'Italie méridionale [3]. Léon XIV en avait approuvé le contenu le 21 novembre, fête de la Présentation de Marie, et en avait autorisé la publication [2][4][5]. La note est d'abord parue en italien seulement [4][5], puis a été mise en ligne en français et en anglais sur le site du Saint-Siège [1][7].
Le document compte sept parties, précédées d'une présentation du cardinal Fernández [1][3]. Il parcourt successivement la Bible, l'histoire de la théologie, la philosophie et la poésie, puis propose des réflexions sur l'appartenance réciproque et la charité conjugale avant de conclure [1]. Il s'adresse d'abord aux évêques, mais aussi aux jeunes, aux fiancés et aux époux [1][2].
La date n'a pas été choisie au hasard. Le 25 novembre est la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, et le cardinal Fernández a affirmé devant la presse que la coïncidence était voulue [6][3]. L'Église faisait aussi mémoire ce jour-là de Luigi et Maria Beltrame Quattrocchi, premier couple marié à avoir été béatifié ensemble [3].
Ce que contient la note « Una caro » (2025)
| Partie | Intitulé | Contenu principal |
|---|---|---|
| Présentation | Texte du cardinal Víctor Manuel Fernández | Rassembler les raisons qui conduisent à choisir une union unique et exclusive |
| I | Introduction | Motifs de la note (polygamie, polyamour) et limites : ni l'indissolubilité ni la procréation ne sont traitées |
| II | La monogamie dans la Bible | Genèse 2, symbolisme nuptial des prophètes, livres de sagesse, Nouveau Testament |
| III | Échos de l'Écriture dans l'histoire | Pères de l'Église, théologiens médiévaux et modernes, enseignement des papes de Léon XIII à Léon XIV |
| IV | Regards tirés de la philosophie et des cultures | Thomas d'Aquin, Karol Wojtyła, théologiens orthodoxes, autres traditions |
| V | La parole poétique | Poèmes d'amour, dont des vers de Walt Whitman, Pablo Neruda, Emily Dickinson et Rabindranath Tagore |
| VI | Quelques réflexions à approfondir | Appartenance réciproque et charité conjugale, refus du contrôle et de la violence |
Pourquoi le Vatican a-t-il jugé nécessaire d'écrire sur la monogamie ?
La note répond à deux situations précises, l'une africaine, l'autre occidentale [1][4]. Lors de leurs visites régulières à Rome, appelées visites ad limina, des évêques d'Afrique et d'autres continents ont évoqué avec le dicastère la question de la polygamie, encore pratiquée dans certaines sociétés [1][5]. Selon l'agence AsiaNews, beaucoup d'entre eux avaient du mal à justifier la monogamie là où la polygamie reste répandue [3].
Le second motif concerne l'Occident. Le texte constate que diverses formes publiques d'unions non monogames, parfois appelées « polyamour », s'y développent [1][4]. Le terme désigne des relations où plusieurs partenaires se déclarent liés en même temps, avec l'accord de chacun [3].
Le dicastère précise toutefois que ces deux raisons restent secondes [1]. Au paragraphe 3, il explique que son objectif principal est de mettre en valeur la finalité unitive de la sexualité, c'est-à-dire sa capacité à unir deux personnes, ainsi que la richesse du mariage monogame [1]. Le cardinal Fernández a résumé cette intention en déclarant que le but n'était pas de parler contre la polygamie, mais d'encourager la monogamie, y compris en Italie [3].
La note fixe aussi ses propres limites. Elle annonce, au paragraphe 5, qu'elle ne traite ni de l'indissolubilité du mariage ni de la procréation [1]. Le texte relève que l'Église a moins réfléchi officiellement à l'unité du mariage qu'à son caractère indissoluble [4]. Selon Vatican News, il affirme aussi que des études approfondies des cultures africaines contredisent l'idée d'une monogamie rare sur ce continent [2].
Que dit le texte de la sexualité, de l'exclusivité et des relations hors mariage ?
Pour la note, le mariage est une union exclusive : le lien entre les époux est si intime qu'il ne peut être partagé avec personne d'autre [4]. Les gestes de tendresse propres au couple sont eux aussi réservés au conjoint [4][5]. Le texte rejette ensemble la polygamie, l'adultère et le polyamour, qui reposeraient sur l'illusion que l'intensité d'une relation se trouve dans la succession des partenaires [4][5]. Il convoque à ce sujet la figure de Don Juan, pour montrer que le nombre dissout l'unité de l'engagement amoureux [4].
Sur la polygamie, la note s'appuie sur le Catéchisme de l'Église catholique, qui la juge contraire à l'égale dignité de l'homme et de la femme [1][8]. Elle écrit que « la polygamie ne s'accorde pas à la loi morale » (§ 83) [1]. Le Catéchisme précise qu'un chrétien autrefois polygame doit continuer d'honorer ses obligations envers ses anciennes épouses et leurs enfants [8]. La note cite aussi Thomas d'Aquin, pour qui la polygamie traite les femmes de manière inéquitable, presque servile [1].
Le texte rappelle l'enseignement catholique sur les relations hors mariage. Il reprend Pie XI, qui condamnait les affections et les actes sensuels avec des tiers, et le Catéchisme, qui qualifie l'adultère d'injustice [1]. Ce même Catéchisme réserve l'acte sexuel au mariage et refuse l'union libre comme le « droit à l'essai » [8], des points détaillés dans notre article sur le Catéchisme et la fornication.
La sexualité est pourtant présentée de façon positive, comme un don de Dieu orienté vers le don de soi et le bien du conjoint, et non comme une simple pulsion [2][6]. La note précise que chaque acte sexuel n'a pas à viser explicitement la procréation, qu'un mariage sans enfants garde son caractère essentiel et que les couples peuvent respecter les périodes naturelles d'infécondité [2][6]. Elle cite Paul VI sur le double sens, unitif et procréatif, de l'acte conjugal, et Jean-Paul II, pour qui un don physique total sans don de toute la personne serait un mensonge [1]. Elle mentionne aussi Alphonse de Liguori, qui tenait le don réciproque des époux pour une fin essentielle du mariage [1].
La note insiste enfin sur ce qu'elle appelle la charité conjugale. En s'appuyant sur le quatrième chapitre d'Amoris laetitia et sur l'hymne à l'amour de saint Paul, elle décrit un amour patient qui renonce à tout contrôler, posséder ou dominer [1]. Elle condamne les violences physiques et psychologiques, le contrôle et les pressions dans le couple [2][6]. La version anglaise affirme que l'autre ne peut être la possession de personne (§ 113) [7]. Selon AsiaNews, le texte conseille à une victime d'affirmer sa dignité et de poser des limites, et reprend la définition des violences faites aux femmes donnée par la convention d'Istanbul de 2011 [3].
Sur quels textes et quelle tradition la note s'appuie-t-elle ?
La note puise d'abord dans la Bible. Elle part du deuxième chapitre de la Genèse, où l'homme et la femme deviennent une seule chair, et du Cantique des Cantiques, qu'elle lit comme l'allégorie de l'amour unique de Dieu pour son peuple [1][4]. Elle reconnaît que l'Ancien Testament connaît la polygamie, mais estime que de nombreux autres passages célèbrent l'union exclusive [4]. Les prophètes Osée, Ézéchiel et Malachie, qui comparent l'alliance de Dieu avec Israël à un mariage, sont aussi cités [1].
Dans le Nouveau Testament, le texte retient la réponse de Jésus sur le divorce, qui renvoie au dessein originel de Dieu (Matthieu 19, Marc 10), ainsi que la lettre aux Éphésiens et la lettre aux Hébreux [1][4]. Il mobilise ensuite les Pères de l'Église, dont Jean Chrysostome, Augustin, Tertullien et Clément d'Alexandrie [1]. Chrysostome voyait dans l'unité du mariage une protection contre une sexualité sans frein, et pas seulement un cadre pour la procréation [4].
L'enseignement des papes occupe une large place. La note rappelle que l'encyclique de Léon XIII sur le mariage, en 1880, défendait déjà la monogamie au nom de la dignité des femmes et de leur droit à une fidélité réciproque [4]. Elle cite aussi Pie XI, le concile Vatican II, Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI, François et Léon XIV [1]. Le concile avait déjà rangé la polygamie, le divorce et ce qu'il appelait l'amour prétendument libre parmi les réalités qui obscurcissent le mariage [9].
La philosophie complète ce tableau. Le texte reprend une idée d'Aristote selon laquelle une amitié intense ne peut se vivre avec beaucoup de personnes (§ 86) [1]. Il cite Kierkegaard [3], Dietrich von Hildebrand, Hans Urs von Balthasar, Karl Rahner et Karol Wojtyła, futur Jean-Paul II [1]. Plusieurs théologiens orthodoxes, comme Alexander Schmemann, Paul Evdokimov et Ioannis Zizioulas, figurent aussi parmi les références [1] : la monogamie est une conviction partagée par les grandes familles chrétiennes, comme le montre notre article sur les protestants, les évangéliques et les orthodoxes.
La cinquième partie, consacrée à la parole poétique, commence au paragraphe 108 [7]. Elle cite notamment Walt Whitman, Pablo Neruda, Emily Dickinson et Rabindranath Tagore [4][5], ainsi que l'Italien Eugenio Montale [3]. La note mentionne également un message de Léon XIV qui propose aux jeunes l'exemple du couple Martin, les parents de Thérèse de Lisieux (§ 80) [1], et cite la devise du pape, In illo uno unum (§ 81) [7].
Comment la note a-t-elle été présentée et reçue ?
La note a été présentée comme un texte constructif plutôt que comme une condamnation [1][3]. Dans sa présentation, le cardinal Fernández explique que le contexte mondial d'expansion de la puissance technologique pousse les personnes à se voir comme des créatures sans limites [2]. Lors de la conférence de presse, Giuseppina De Simone a justifié le choix du mot « éloge » [3]. Le cardinal a ajouté que la manipulation, la jalousie, le harcèlement et l'infidélité surgissent lorsque l'amour véritable se perd [3].
Les médias ont retenu des aspects différents du même texte. L'agence italienne ANSA a mis en avant l'idée que la sexualité unit le couple et ne sert pas seulement à la procréation [6]. Le magazine jésuite américain America, reprenant le Catholic News Service, a insisté sur le rejet du polyamour [4]. AsiaNews a souligné le lien avec la lutte contre les violences faites aux femmes, tout en notant que le mot « féminicide » n'apparaît pas dans la note ; le cardinal Fernández a répondu que le sujet méritait d'être approfondi [3].
Le texte tient compte de publics très différents. Pour les évêques africains qui l'avaient demandé, il fournit un argumentaire biblique et culturel en faveur de l'union exclusive [5][2]. Pour l'Occident, il prend acte de l'essor du polyamour sans développer les arguments de ceux qui défendent ces relations [1]. La note met aussi en garde contre une idéalisation du couple qui ferait peser une culpabilité excessive sur les couples fragiles (§ 79) [1].
Qu'est-ce que cela change pour les fidèles et pour la suite ?
Une note doctrinale ne crée pas de règle nouvelle : elle explique et rassemble un enseignement existant [1]. « Una caro » ne modifie ni le droit canonique ni les conditions de validité du mariage catholique, et elle laisse de côté l'indissolubilité et la procréation [1]. Pour les fidèles, l'enseignement reste celui du Catéchisme : relations sexuelles réservées au mariage, union libre refusée, polygamie jugée contraire à la loi morale [8].
Sa portée est surtout pastorale. Les paragraphes 106 et 107 demandent une éducation à l'amour fidèle, qui inclut la préparation aux fiançailles et à un engagement durable [7]. Le texte précise qu'éduquer à la monogamie ne doit pas être vécu comme une contrainte morale, et il s'inquiète des violences symboliques et sexuelles qui circulent sur les réseaux sociaux [7]. Il relie aussi la vie du couple au souci des pauvres, que Léon XIV présente comme une affaire de famille pour les chrétiens [2].
D'autres initiatives sur le couple ont suivi. Le 19 mars 2026, pour les dix ans d'Amoris laetitia, Léon XIV a convoqué à Rome les présidents des conférences épiscopales du monde entier pour octobre 2026, afin de réfléchir à l'annonce de l'Évangile aux familles [10]. La note, elle, s'adresse d'abord aux évêques [1] : c'est à eux qu'il revient de l'utiliser dans la catéchèse et la préparation au mariage, en Afrique comme en Europe.
Questions fréquentes
Que signifie « Una caro » ?
« Una caro » signifie « une seule chair » en latin. L'expression vient du livre de la Genèse, que Jésus cite dans les Évangiles pour parler du mariage [1][4]. Le Vatican l'a choisie comme titre de sa note de 2025 sur la monogamie.
Qui a rédigé la note Una caro ?
La note émane du Dicastère pour la doctrine de la foi, dirigé par le cardinal Víctor Manuel Fernández, qui en signe la présentation [1]. Le pape Léon XIV en a approuvé le contenu le 21 novembre 2025 et a autorisé sa publication [2][5].
La note Una caro condamne-t-elle le polyamour ?
Oui. Le texte rejette le polyamour avec la polygamie et l'adultère, car ces relations reposeraient sur l'illusion qu'on trouve l'intensité dans la multiplication des partenaires [4][5]. Il constate que ces unions se développent en Occident, sans entrer dans le détail des arguments de leurs défenseurs [1].
Pour l'Église catholique, la sexualité sert-elle seulement à la procréation ?
Non. La note affirme que chaque acte sexuel n'a pas à viser explicitement la procréation et qu'un mariage sans enfants garde son caractère essentiel [2][6]. La sexualité y est décrite comme un don qui unit les époux, mais toujours dans le cadre du mariage [8].
Que dit l'Église catholique de la polygamie ?
L'Église catholique juge la polygamie contraire à la loi morale et à l'égale dignité de l'homme et de la femme [8][1]. Le Catéchisme demande à un chrétien autrefois polygame de continuer à honorer ses obligations envers ses anciennes épouses et ses enfants [8].
La note Una caro change-t-elle les règles du mariage catholique ?
Non. Il s'agit d'une note doctrinale qui rassemble et explique un enseignement existant, sans modifier le droit de l'Église [1]. Elle ne traite d'ailleurs ni de l'indissolubilité du mariage ni de la procréation [1].
Pourquoi la note a-t-elle été publiée un 25 novembre ?
Le 25 novembre est la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. Le cardinal Fernández a indiqué que ce choix était délibéré, car la note condamne le contrôle et les violences dans le couple [6][3].
Sources
- vatican.va — https://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_ddf_doc_20251125_una-caro_fr.html
- vaticannews.va — https://www.vaticannews.va/en/vatican-city/news/2025-11/doctrine-of-faith-monogamy-not-limitation-but-promise-infinite.html
- asianews.it — https://www.asianews.it/en/articles/in-praise-of-monogamy-the-holy-see-s-new-doctrinal-note
- americamagazine.org — https://www.americamagazine.org/?p=242164
- ucanews.com — https://www.ucanews.com/news/marriage-is-an-exclusive-union-vatican-says/111088
- ansa.it — https://www.ansa.it/amp/english/news/2025/11/25/sex-unites-couples-is-not-just-for-procreation-vatican_afa861b2-7104-4206-96b5-56dd3dcfff2c.html
- vatican.va — https://www.vatican.va/roman_curia/congregations/cfaith/documents/rc_ddf_doc_20251125_una-caro_en.html
- vatican.va — https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P82.HTM
- vatican.va — https://www.vatican.va/archive/hist_councils/ii_vatican_council/documents/vat-ii_const_19651207_gaudium-et-spes_en.html
- vaticannews.va — https://www.vaticannews.va/en/pope/news/2026-03/pope-leo-xiv-amoris-laetitia-anniversary-summit-family-love.html
Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.


