Islam

Sourate An-Nour : ce que dit « La Lumière » sur la zina et la pudeur

Par la rédaction de fornication.frVérifié le Lecture : 11 min22 sources
Illustration : un médaillon avec un Coran ouvert, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Que dit la sourate An-Nour sur la fornication ?

An-Nour, « La Lumière », est la 24e sourate du Coran, révélée à Médine et longue de 64 versets. Elle fixe une peine de cent coups de fouet pour la zina, exige quatre témoins pour toute accusation et punit la calomnie. Elle traite aussi de la pudeur, du mariage, et contient le célèbre verset de la Lumière.

Sommaire
  1. Qu'est-ce que la sourate An-Nour ?
  2. Que disent les versets 2 et 3 sur la zina ?
  3. Comment la sourate encadre-t-elle l'accusation ?
  4. Quel est le contexte de l'affaire de la calomnie ?
  5. Que dit-elle de la pudeur et du mariage ?
  6. Pourquoi s'appelle-t-elle « La Lumière » ?
  7. Comment la sourate a-t-elle inspiré le droit moderne ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Qu'est-ce que la sourate An-Nour ?

An-Nour est la vingt-quatrième des 114 sourates du Coran, une sourate médinoise de 64 versets consacrée en grande partie à la vie de la communauté [9][1]. La tradition la range parmi les sourates révélées après l'émigration du Prophète à Médine, et elle figure dans la dix-huitième des trente parties (juz') du texte [1].

Son premier verset la présente comme une sourate « imposée », contenant des versets explicites [2]. Une grande partie du texte organise en effet la vie collective : relations entre hommes et femmes, protection de la réputation, règles de visite, mariage. C'est la sourate la plus citée dans les débats sur la fornication en islam.

Son plan suit une progression lisible. Les dix premiers versets posent des peines et des procédures, les versets 11 à 26 tirent les leçons d'une rumeur, les versets 27 à 34 règlent la vie domestique, puis le verset 35 et ses paraboles donnent son nom à la sourate [1][3][5]. Vers la fin, les versets 58 à 61 reviennent à l'intimité du foyer et aux repas pris chez des proches [14][15].

Les séquences de la sourate An-Nour

  1. Versets 1 à 3 : la sourate se présente comme imposée ; peine de la zina et règle sur le mariage
  2. Versets 4 et 5 : accusation sans quatre témoins (qadhf), peine et repentir
  3. Versets 6 à 10 : serments croisés des époux (li'an)
  4. Versets 11 à 26 : l'affaire de la calomnie et ses leçons
  5. Versets 27 à 31 : permission d'entrer chez autrui, regard et pudeur
  6. Versets 32 à 34 : encouragement au mariage, abstinence, interdiction de la prostitution forcée
  7. Versets 35 à 40 : le verset de la Lumière, les maisons de prière, les paraboles du mirage et des ténèbres
  8. Versets 58 à 60 : permission d'entrer aux moments d'intimité, règle propre aux femmes âgées

Que disent les versets 2 et 3 sur la zina ?

Les versets 2 et 3 fixent une peine de cent coups de fouet pour la zina et posent une règle sur le mariage des coupables [2]. Le verset 2 vise la femme et l'homme, que la traduction de Quran.com rend par « La fornicatrice et le fornicateur » [2]. Il demande de ne pas se laisser gagner par la pitié dans l'application de la loi, et qu'un groupe de croyants assiste à la peine [2].

Le verset 3 indique que le fornicateur n'épouse qu'une fornicatrice ou une associatrice, et inversement, et précise que cela est interdit aux croyants [2]. Sa portée est discutée par les commentateurs. L'exégète Ibn Kathir, à la suite de Qatada et de Muqatil ibn Hayyan, y lit l'interdiction pour les croyants d'épouser des prostituées ou de marier une femme chaste à un homme débauché [10]. Il rapporte aussi, d'après l'imam Ahmad, qu'un homme demanda au Prophète la permission d'épouser une femme connue pour sa conduite, et que celui-ci lui répondit en récitant ce verset [10].

Le verset 2 se lit souvent avec la sourate 4. Ses versets 15 et 16 exigeaient déjà quatre témoins et prévoyaient la réclusion des femmes concernées jusqu'à leur mort, ou jusqu'à ce que Dieu leur offre une autre issue [11]. Un hadith rapporté par Ubada ibn al-Samit, dans le recueil de Muslim, présente cette issue comme désormais fixée : cent coups de fouet et un an d'exil pour les personnes non mariées, cent coups de fouet et la lapidation pour les personnes mariées [12].

Le droit musulman classique a fait du verset 2 le fondement de la peine hadd de la zina [8]. Pour les personnes mariées ou l'ayant été, les écoles juridiques retiennent la lapidation, sur la base de la tradition attribuée au Prophète et non d'un verset [7]. Les règles de preuve qui en découlent sont détaillées dans notre article sur la zina et ses conditions de preuve.

Comment la sourate encadre-t-elle l'accusation ?

La sourate rend l'accusation de zina très risquée pour celui qui la porte : sans quatre témoins, c'est lui qui est puni. Les versets 4 et 5 visent ceux qui accusent des femmes chastes sans produire ces témoins [1]. La peine prévue est de quatre-vingts coups de fouet, et leur témoignage ne doit plus jamais être accepté, sauf s'ils se repentent et s'amendent [1]. Le droit classique en a tiré l'infraction de qadhf, l'accusation calomnieuse [8].

Les versets 6 à 9 règlent le cas du mari qui accuse sa femme sans autre témoin que lui-même [1]. Il jure quatre fois par Dieu qu'il dit vrai, puis appelle sur lui la malédiction divine s'il ment. L'épouse écarte la peine en jurant quatre fois le contraire, puis en appelant sur elle la colère divine si son mari dit vrai [1]. Cette procédure s'appelle le li'an, les serments croisés ; elle permet notamment au mari de désavouer un enfant sans réunir la preuve exigée pour la zina [7].

Ses effets sont lourds pour le couple. Selon l'islamologue Kecia Ali, aucun des deux époux n'est puni, mais ils sont séparés définitivement et l'enfant n'est plus rattaché qu'à sa mère [7]. Elle précise qu'un simple soupçon ou la jalousie ne suffisent pas à désavouer un enfant [7].

Kecia Ali voit dans la peine de quatre-vingts coups de fouet un moyen efficace de décourager les accusations de zina [7]. Elle rappelle que le jugement et la peine relèvent de l'autorité publique, non d'une vengeance privée : même un mari a besoin de témoins pour une accusation passible du hadd [7]. L'exigence de quatre témoins protège la réputation des femmes autant qu'elle rend la peine difficile à appliquer.

Quel est le contexte de l'affaire de la calomnie ?

Les versets 11 à 20 répondent à une rumeur qui a visé Aïcha, épouse du Prophète, et agité la communauté de Médine [3][6]. La tradition musulmane les rattache à un épisode survenu en 627 : Aïcha s'était trouvée séparée d'une expédition, puis ramenée à Médine par un homme qui l'avait retrouvée [6]. Des adversaires l'accusèrent alors d'infidélité, et une révélation proclama son innocence [6].

Le texte reproche aux croyants d'avoir répété la rumeur sans savoir, en la jugeant anodine alors qu'elle était grave [3]. Il demande pourquoi ils n'ont pas présumé le bien de leurs proches, et pourquoi les accusateurs n'ont pas produit quatre témoins [3]. Le verset 19 menace d'un châtiment ceux qui aiment voir l'indécence se répandre parmi les croyants [3].

Pour les commentateurs, ce passage éclaire l'ensemble de la sourate. La sévérité envers la zina y va de pair avec une protection forte contre la diffamation, et l'épisode donne un visage concret à la règle des quatre témoins posée quelques versets plus haut.

Que dit-elle de la pudeur et du mariage ?

La sourate demande aux hommes comme aux femmes de baisser le regard et de préserver leur chasteté, et elle encourage le mariage. Les versets 27 à 29 demandent d'abord de solliciter la permission et de saluer les habitants avant d'entrer chez autrui [3]. Le verset 30 invite les croyants à baisser le regard et à préserver leur chasteté [4]. Le verset 31 adresse le même appel aux croyantes, leur demande de rabattre leur voile sur leur poitrine et de ne montrer leurs atours qu'à un cercle de proches, sauf ce qui en paraît [4].

Cette exception a reçu des lectures diverses dès les premiers siècles. Ibn Kathir rapporte qu'Ibn Mas'ud l'entendait des vêtements et du manteau extérieur, avis partagé selon lui par al-Hasan, Ibn Sirin et Ibrahim al-Nakha'i [13]. Il définit le khimar comme ce qui couvre la tête et cite Sa'id ibn Jubayr, pour qui il s'agit de le ramener sur le cou et la poitrine [13]. D'autres exégètes et juristes, anciens comme contemporains, donnent à l'exception une étendue différente, si bien que la portée vestimentaire du verset varie selon les écoles et les époques.

Les versets 58 à 60 prolongent ces règles à l'intérieur du foyer. Les serviteurs et les enfants impubères doivent demander la permission d'entrer à trois moments, avant la prière de l'aube, à midi et après la prière du soir, que le texte décrit comme des moments où l'on se dévêt [14]. Une fois pubères, les enfants demandent la permission comme les adultes ; les femmes âgées qui n'espèrent plus se marier peuvent ôter leur vêtement de dessus sans exhiber leurs atours, la retenue restant préférable [15].

Le verset 32 encourage à marier les célibataires, y compris les esclaves vertueux, et promet que Dieu enrichira ceux qui sont pauvres [5]. Le verset 33 demande à ceux qui n'ont pas les moyens de se marier de rester chastes en attendant [5]. Il interdit aussi de contraindre des servantes à la prostitution pour en tirer profit, et promet le pardon à celles qui y ont été forcées [5].

Pourquoi s'appelle-t-elle « La Lumière » ?

La sourate tient son nom du verset 35, qui affirme que Dieu est la lumière des cieux et de la terre [5]. Ce verset, l'un des plus commentés du Coran, compare cette lumière à une lampe placée dans une niche, brillant à travers un verre, alimentée par l'huile d'un olivier béni [5]. Le texte décrit une lumière qui s'ajoute à la lumière et ajoute que Dieu guide vers elle qui Il veut [5].

Les versets suivants prolongent l'image. Le verset 36 situe cette lumière dans des maisons, que la traduction identifie comme des mosquées, où le nom de Dieu est invoqué matin et soir [16]. Les versets 37 et 38 décrivent des hommes que ni le commerce ni la vente ne détournent de la prière et de l'aumône [17]. À l'inverse, les versets 39 et 40 comparent les œuvres des mécréants à un mirage, puis à des ténèbres au fond d'une mer agitée, et concluent que celui à qui Dieu n'accorde pas de lumière n'en a aucune [17].

Ce passage a nourri la mystique musulmane. Le théologien al-Ghazali (1058-1111) a consacré à ce verset et à un hadith qui s'y rattache un commentaire d'inspiration soufie, Mishkât al-anwâr (« La Niche des lumières »), probablement rédigé vers la fin de sa vie [18][19]. Il a aussi marqué l'art : vers 1360, en Égypte mamelouke, des lampes de mosquée en verre portaient en bandeau le début du verset de la Lumière, et le sultan Hasan en fit réaliser un grand nombre pour les mosquées du Caire [20].

Ce verset donne à la sourate une portée qui dépasse ses dispositions juridiques. C'est pourquoi on la cite autant dans la piété que dans les débats sur le droit.

Comment la sourate a-t-elle inspiré le droit moderne ?

La sourate An-Nour a inspiré directement certains codes pénaux contemporains, dont le plus connu est celui du Pakistan. En 1979, sous le président Zia-ul-Haq, le pays adopte les ordonnances dites Hudood, dont l'une porte sur la zina (ordonnance VII de 1979) et une autre sur le qazf, l'accusation calomnieuse (ordonnance VIII) [21]. La peine hadd y exige au moins quatre témoins adultes, musulmans et de sexe masculin ; à défaut, le juge peut prononcer une peine discrétionnaire (tazir) allant jusqu'à dix ans de prison [21].

L'application de ces textes a suscité un long débat. Leurs critiques reprochaient aux tribunaux de poursuivre des femmes qui avaient dénoncé un viol sans pouvoir le prouver ; le juriste Mufti Taqi Usmani soutenait de son côté que l'absence de quatre témoins ne devait pas les exposer à une peine [21]. Aucune lapidation n'a jamais été exécutée en vertu de ces ordonnances [21].

La loi sur la protection des femmes, votée le 15 novembre 2006 et signée le 1er décembre, a replacé le viol dans le Code pénal ordinaire [21]. Le texte conserve l'exigence de quatre témoins oculaires pour la zina, punit au titre du qazf celui qui échoue à la prouver et ajoute le li'an aux motifs de dissolution du mariage prévus par une loi de 1939 [22]. La situation des autres pays est présentée sur la carte des pays qui punissent les relations hors mariage.

Questions fréquentes

Combien de versets compte la sourate An-Nour ?

Elle compte 64 versets [1]. C'est la 24e sourate dans l'ordre du Coran ; elle est classée parmi les sourates médinoises et se trouve dans la dix-huitième partie (juz') du texte [1].

Qu'est-ce que le li'an ?

C'est la procédure prévue aux versets 6 à 9 lorsqu'un mari accuse sa femme sans témoin [1]. Chacun prononce quatre serments puis une formule appelant la malédiction ou la colère de Dieu sur lui s'il ment [1]. Le droit classique en a fait un moyen de séparer définitivement le couple et de désavouer un enfant sans établir la zina, aucun des deux époux n'étant puni [7].

Le verset 31 parle-t-il du voile ?

Oui, il demande aux croyantes de rabattre leur voile (khimar) sur leur poitrine et de ne montrer leurs atours qu'à un cercle de proches [4]. Ibn Kathir rapporte qu'Ibn Mas'ud comprenait l'exception « ce qui en paraît » comme les vêtements extérieurs [13]. L'étendue exacte de cette prescription est interprétée différemment selon les écoles, les savants et les époques.

Pourquoi An-Nour est-elle citée à propos des quatre témoins ?

Parce que ses versets 4 et 13 exigent quatre témoins pour accuser quelqu'un de zina [1][3]. Sans eux, l'accusateur est lui-même passible de quatre-vingts coups de fouet [1]. Le droit classique a généralisé cette exigence à la preuve de la zina [7].

La sourate An-Nour parle-t-elle de lapidation ?

Non. Son verset 2 prévoit cent coups de fouet pour la zina [2]. La lapidation des personnes mariées repose sur la tradition prophétique, notamment un hadith d'Ubada ibn al-Samit rapporté par Muslim, que les écoles juridiques ont retenu [7][12].

Pourquoi la sourate An-Nour est-elle liée à Aïcha ?

Parce que ses versets 11 à 20 sont rattachés par la tradition à la rumeur qui a visé Aïcha, épouse du Prophète, en 627 [3][6]. Ces versets proclament son innocence et reprochent aux croyants d'avoir répété l'accusation sans preuve [3][6].

Que dit le verset 35 de la sourate An-Nour ?

Il affirme que Dieu est la lumière des cieux et de la terre [5]. Il compare cette lumière à une lampe placée dans une niche, brillant dans un verre et nourrie par l'huile d'un olivier béni [5]. C'est lui qui donne son nom à la sourate.

Sources

  1. quran.com — https://quran.com/fr/24
  2. quran.com — https://quran.com/fr/24:1-3
  3. quran.com — https://quran.com/fr/24:11-35
  4. quran.com — https://quran.com/fr/24:30-35
  5. quran.com — https://quran.com/fr/24:32-35
  6. britannica.com — https://www.britannica.com/biography/Aishah
  7. brandeis.edu — https://www.brandeis.edu/projects/fse/muslim/honor-texts.html
  8. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Shariah/Penal-law
  9. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Quran
  10. quran.com — https://quran.com/24:3/tafsirs/en-tafisr-ibn-kathir
  11. quran.com — https://quran.com/fr/4:15-16
  12. sunnah.com — https://sunnah.com/muslim:1690a
  13. quran.com — https://quran.com/24:31/tafsirs/en-tafisr-ibn-kathir
  14. quran.com — https://quran.com/fr/24:55-64
  15. quran.com — https://quran.com/fr/24:59-64
  16. quran.com — https://quran.com/fr/24:36-40
  17. quran.com — https://quran.com/fr/24:37-40
  18. en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/Mishk%C4%81t_al-Anw%C4%81r
  19. britannica.com — https://www.britannica.com/biography/al-Ghazali
  20. asia.si.edu — https://asia.si.edu/education/educator-resources/encountering-religion-in-asian-art/explore-by-object/object/mosque-lamp
  21. en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/Hudud_Ordinances
  22. dawn.com — https://www.dawn.com/news/amp/207238

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

À lire aussi