La zina en islam : définition, textes et conditions de preuve
En droit musulman classique, la zina désigne une relation sexuelle consentie entre un homme et une femme qui ne sont pas mariés ensemble. Le Coran l'interdit et la sourate An-Nour fixe une peine de cent coups de fouet. Les juristes exigent un aveu ou quatre témoins oculaires de l'acte, une preuve très difficile à réunir.
Que signifie le mot zina ?
Le mot arabe zinā recouvre toute relation sexuelle hors d'un lien conjugal valide. La traduction française proposée sur Quran.com le rend par « fornication » [1]. Contrairement au français, l'arabe ne distingue pas ici la personne mariée de la personne célibataire : un seul terme vaut pour les deux [3].
La distinction réapparaît au niveau des peines. Les juristes séparent la personne qui n'a jamais été mariée de celle qui l'est ou l'a été, dite muhsan [3]. Les deux cas restent toutefois rangés sous la même catégorie juridique.
Établir la zina selon le droit musulman classique
| Mode de preuve | Exigence | Limites et débats |
|---|---|---|
| Témoignage | Quatre témoins hommes, ayant vu l'acte lui-même | Si la preuve échoue, l'accusateur encourt la peine du qadhf (80 coups de fouet) |
| Aveu | Aveu libre, répété quatre fois selon une partie des juristes | Le récit de Māʿiz est souvent lu comme une invitation à ne pas encourager l'aveu |
| Grossesse d'une femme non mariée | Retenue comme indice par l'opinion dominante de l'école malikite | Rejetée par les autres écoles ; explications alternatives parfois admises |
| Serment entre époux (li'an) | Quatre serments et une formule de malédiction de chaque côté (Coran 24,6-9) | Permet au mari de désavouer un enfant sans réunir la preuve de la zina ; la femme écarte la peine par ses propres serments |
Que dit le Coran sur la zina ?
Le verset le plus cité est le 32 de la sourate 17, qui demande de ne pas s'approcher de la zina, qualifiée de turpitude et de mauvais chemin [1]. La formule « n'approchez point » est souvent lue comme une invitation à éviter aussi ce qui y conduit.
La sourate 24, An-Nour (« La Lumière »), donne les règles les plus précises. Son verset 2 prescrit cent coups de fouet pour la femme et l'homme coupables de zina, en présence d'un groupe de croyants [2]. Les versets 4 et 5 punissent de quatre-vingts coups de fouet ceux qui accusent une femme chaste sans produire quatre témoins, et rejettent ensuite leur témoignage [2].
Un autre passage, dans la sourate 4 (versets 15 et 16), exige lui aussi quatre témoins et prévoit la réclusion des femmes concernées jusqu'à leur mort ou jusqu'à ce que Dieu leur ouvre une autre voie, ainsi qu'une sanction pour les deux coupables, levée en cas de repentir [9]. La tradition juridique s'est surtout fondée sur la règle de la sourate 24 [3].
Quelles peines le droit musulman classique prévoit-il ?
La zina fait partie des hudud (singulier hadd), un petit groupe d'infractions dont la peine est considérée comme fixée par Dieu [4][5]. On y trouve aussi le vol, le brigandage, la consommation d'alcool, l'apostasie et l'accusation calomnieuse de zina, appelée qadhf [4].
Pour la personne jamais mariée, la peine est celle du Coran, cent coups de fouet ; certains juristes y ajoutent un an d'exil pour l'homme [3]. Pour la personne mariée ou l'ayant été, les écoles juridiques retiennent la lapidation, sur la base d'une tradition attribuée au Prophète et non d'un verset du Coran [3][4]. Les peines sont en principe les mêmes pour les hommes et pour les femmes [3].
Pourquoi faut-il quatre témoins ?
Le droit classique ne reconnaît que deux preuves de la zina. La première est l'aveu, que plusieurs juristes exigent répété quatre fois [3]. La seconde est le témoignage de quatre hommes ayant vu l'acte lui-même, et non de simples indices [3].
L'islamologue Kecia Ali souligne qu'un tel niveau de preuve est très difficile à atteindre [3]. Il est encore renforcé par la menace qui pèse sur l'accusateur : sans quatre témoins, il encourt lui-même la peine du qadhf [2][3]. Le dispositif protège ainsi la réputation des personnes, en particulier des femmes, contre les accusations sans fondement.
L'opinion dominante de l'école malikite fait exception sur un point : elle admet la grossesse d'une femme non mariée comme indice de zina [3]. Les autres écoles la refusent, et les juristes malikites eux-mêmes acceptaient parfois des explications alternatives, ce qui en limitait la portée [3].
Que se passe-t-il en cas de doute ?
Une maxime ancienne demande d'écarter les peines hudud en présence d'un doute, en arabe shubha. La juriste Intisar Rabb, professeure à Harvard, a retracé son histoire dans Doubt in Islamic Law (Cambridge University Press, 2015) [6][7]. Elle montre que les juristes médiévaux, loin de refuser le doute, l'ont intégré dans un véritable système de droit pénal [7].
Les juristes ont reconnu plusieurs formes de doute : sur les faits et les preuves, sur la situation, sur la connaissance de la loi par l'accusé, ou sur l'interprétation des textes [6]. Le récit de Māʿiz, un homme qui s'accusa lui-même de zina, est souvent cité. Selon la tradition, le Prophète l'interrogea d'abord pour savoir s'il ne s'agissait pas d'un simple baiser ou d'un regard, puis, après son exécution, aurait dit qu'il aurait fallu le laisser partir [6]. La majorité des juristes y voit un encouragement à éviter la peine, une minorité une confirmation qu'elle doit s'appliquer [6].
Cette doctrine n'a pas fait l'unanimité. Les zahirites, les premiers hanbalites et, plus tard, certains juristes chiites s'y sont opposés, notamment parce qu'elle pouvait profiter aux personnes influentes [6]. Dans un article de 2015, Intisar Rabb explique pourquoi la question du doute est particulièrement aiguë dans ce droit : les peines y sont tenues pour fixées par Dieu, sans législateur capable de les réviser [8].
La zina est-elle encore punie aujourd'hui ?
Au XIXe siècle, la plupart des pays musulmans ont abandonné le droit pénal de la charia au profit de codes inspirés de modèles européens, appliqués par des tribunaux séculiers [10]. La péninsule Arabique fait exception, la charia y restant formellement appliquée [10]. Ailleurs, le droit musulman s'est surtout maintenu en matière de famille, de successions et de fondations pieuses [10]. Plusieurs États ont toutefois réintroduit des peines hudud à la fin du XXe siècle, comme le Pakistan en 1979 avec une ordonnance consacrée à la zina [11].
L'Encyclopædia Britannica relève que, dans la pratique, les peines hudud sont souvent atténuées par des contraintes sociales et politiques [5]. La situation légale, qui varie fortement d'un État à l'autre, est traitée pays par pays dans la rubrique Droit. En France, où la loi ne sanctionne pas les relations entre adultes consentants, la zina relève uniquement de la morale religieuse des croyants.
Questions fréquentes
Quelle différence entre zina et adultère en islam ?
Le mot zina couvre à la fois les relations entre personnes non mariées et l'adultère d'une personne mariée [3]. La différence se fait sur la peine : le droit classique distingue celui qui n'a jamais été marié de celui qui l'est ou l'a été (muhsan) [3][4].
Une grossesse hors mariage suffit-elle à prouver la zina ?
Pour la majorité des écoles juridiques, non : seuls l'aveu et quatre témoins font preuve [3]. L'opinion dominante de l'école malikite retient la grossesse comme indice, mais ses juristes admettaient parfois d'autres explications [3].
Qu'est-ce que le qadhf ?
C'est l'accusation de zina portée contre une personne chaste sans pouvoir produire quatre témoins [2][4]. La sourate An-Nour la punit de quatre-vingts coups de fouet et prive l'accusateur du droit de témoigner, sauf repentir [2].
La lapidation figure-t-elle dans le Coran ?
Non. Le Coran mentionne cent coups de fouet, et la lapidation des personnes mariées repose sur une tradition attribuée au Prophète, acceptée par les écoles juridiques [3]. Le droit classique la range parmi les peines hudud [4].
Sources
- quran.com — https://quran.com/fr/17:32
- quran.com — https://quran.com/fr/24
- brandeis.edu — https://www.brandeis.edu/projects/fse/muslim/honor-texts.html
- britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Shariah/Penal-law
- britannica.com — https://www.britannica.com/topic/hadd
- laviedesidees.fr — https://laviedesidees.fr/The-Art-of-Not-Punishing
- nes.princeton.edu — https://nes.princeton.edu/publications/doubt-islamic-law-history-legal-maxims-interpretation-and-islamic-criminal-law
- hls.harvard.edu — https://hls.harvard.edu/bibliography/reasonable-doubt-in-islamic-law/
- quran.com — https://quran.com/fr/4:15-16
- britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Shariah/Sharia-law-in-contemporary-Islam
- en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/Hudud_Ordinances
Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.