Islam

Sunnites, chiites et écoles juridiques : des lectures différentes de la zina

Par la rédaction de fornication.frVérifié le Lecture : 9 min18 sources
L'essentiel

Les sunnites et les chiites ont-ils la même position sur la zina ?

Sunnites et chiites condamnent tous la zina, mais leurs écoles juridiques divergent sur des points concrets. Chez les sunnites, l'école malikite admet la grossesse d'une femme non mariée comme indice, contrairement aux trois autres écoles. Les chiites duodécimains, eux, tiennent pour licite le mariage temporaire (mut'a), que les sunnites jugent aboli.

Qu'est-ce qu'une école juridique en islam ?

Une école juridique, en arabe madhhab, est une tradition d'interprétation de la loi religieuse transmise de maître à disciple. Les premières se sont formées dans des cercles d'étude des grandes villes de l'empire, surtout dans le Hedjaz et en Irak [1]. Une fois leurs doctrines mises par écrit, elles se sont diffusées loin de leur lieu d'origine et ont pris le nom d'un juriste fondateur [1].

Le travail du juriste s'appelle l'ijtihad, l'effort d'interprétation. Il part du Coran et des hadiths, puis recourt, si ces textes ne répondent pas, à l'analogie ou à des principes comme l'intérêt général [1]. Ses conclusions sont tenues pour probables plutôt que certaines, ce qui explique que plusieurs avis puissent coexister [1].

Ce pluralisme n'est pas un désaccord sur l'interdit lui-même. Toutes les écoles tiennent la zina pour une faute grave ; elles se séparent sur la manière de la prouver, sur les cas limites et sur les formes d'union qui l'excluent.

Les grandes écoles juridiques de l'islam

ÉcoleFondateur éponymeOù elle prédominePosition notable
Hanafite (sunnite)Abû Hanîfa (v. 700-767), KoufaAsie centrale, Inde, Pakistan, Turquie, anciennes terres ottomanesLarge place au raisonnement personnel (ra'y)
Malikite (sunnite)Mâlik ibn Anas (m. 795), MédineAfrique du Nord et de l'Ouest, Soudan, certains États du GolfeLa grossesse d'une femme non mariée peut valoir indice de zina
Chafiite (sunnite)al-Shâfi'î (767-820)Afrique de l'Est, une partie de l'Arabie, Indonésie, KurdesCoran et Sunna seuls sources d'autorité, méthode de l'analogie
Hanbalite (sunnite)Ahmad ibn Hanbal (780-855), BagdadArabie saoudite, où elle est l'école officiellePriorité aux hadiths ; premiers hanbalites hostiles au principe du doute
Jafarite (chiite duodécimain)rattachée aux imams de la lignée d'AliIran, Irak, Azerbaïdjan, BahreïnMariage temporaire (mut'a) tenu pour valide
Zaydite (chiite)Zayd ibn Ali, petit-fils d'al-HusaynYémenDoctrine proche des sunnites ; place de l'ijtihad et de l'analogie
Ibaditebranche modérée issue du kharidjismeOman (majoritaire), Zanzibar, Sahara algérien, LibyeReconnue par le Message d'Amman en 2005

Quelles sont les quatre écoles sunnites ?

Les quatre écoles sunnites sont l'hanafisme, le malikisme, le chafiisme et le hanbalisme, nées entre le VIIIe et le IXe siècle. L'école hanafite porte le nom d'Abû Hanîfa, juriste de Koufa mort en 767 [1][2]. Ses disciples Abû Yûsuf (mort en 798) et Muhammad al-Shaybânî (749/750-805) ont diffusé son enseignement, et elle est devenue le système dominant de l'administration abbasside puis ottomane [2]. Connue pour la place qu'elle accorde au raisonnement personnel lorsque les textes ne tranchent pas, elle prédomine en Asie centrale, en Inde, au Pakistan, en Turquie et dans les anciennes terres ottomanes [2].

L'école malikite remonte à Mâlik ibn Anas, principal juriste de Médine, mort en 795 [1]. Elle interprète les textes à la lumière de la pratique ('amal) de la communauté médinoise, tout en admettant l'analogie et l'appréciation du juriste (istihsan) [3]. Elle domine aujourd'hui en Afrique du Nord et de l'Ouest, au Soudan et dans certains États du Golfe [3].

L'école chafiite doit son nom à al-Shâfi'î (767-820), qui tenait le Coran et la Sunna pour seules sources d'autorité et a systématisé le raisonnement par analogie [1][4]. Elle prédomine en Afrique de l'Est, dans une partie de l'Arabie, en Indonésie et chez les Kurdes [4]. L'école hanbalite, enfin, se réclame d'Ahmad ibn Hanbal, né à Bagdad en 780 et mort en 855, qui donnait la priorité aux récits prophétiques authentiques [1][11]. Diffusée au XXe siècle depuis l'Arabie saoudite, elle y est aujourd'hui l'école juridique officielle [12].

En quoi le droit chiite se distingue-t-il ?

Le droit chiite se distingue surtout par l'autorité qu'il reconnaît aux imams de la lignée d'Ali. Les chiites forment la plus petite des deux grandes branches de l'islam, soit environ un dixième des musulmans dans le monde [5]. Le Pew Research Center estimait en 2009 que 10 à 13 % des musulmans étaient chiites, soit 154 à 200 millions de personnes, dont 68 à 80 % vivaient dans quatre pays : l'Iran, le Pakistan, l'Inde et l'Irak [13].

Ces proportions s'appliquent à une population qui a fortement augmenté. Selon le Pew Research Center, les musulmans représentaient 25,6 % de la population mondiale en 2020, après une hausse de 347 millions de personnes en dix ans [14].

Le mouvement chiite est né d'un soutien politique à Ali et à ses descendants, avant de devenir un courant religieux [5]. Le groupe le plus nombreux est celui des duodécimains, majoritaires en Iran, en Irak, en Azerbaïdjan et à Bahreïn [5][6]. Leur droit, souvent appelé jafarite, s'est développé dans un système où les imams étaient regardés comme divinement inspirés, et il diffère sensiblement des versions sunnites de la loi [1]. Sur la zina, l'interdit est le même ; les différences portent surtout sur les formes d'union reconnues, comme le mariage temporaire.

Existe-t-il d'autres écoles reconnues ?

Oui : outre les quatre écoles sunnites et l'école jafarite, au moins trois autres traditions juridiques sont reconnues, la zaydite, l'ibadite et la zahirite. Les zaydites, branche chiite qui tire son nom de Zayd ibn Ali, petit-fils d'al-Husayn, dominent au Yémen depuis le début du Xe siècle ; leurs imams y ont aussi exercé le pouvoir temporel de 1917 à 1962 [15]. Leur doctrine est plus proche du sunnisme que celle des autres chiites et accorde une large place à l'effort d'interprétation et à l'analogie [15].

Les ibadites sont issus d'une branche modérée du kharidjisme, un mouvement apparu aux premiers temps de l'islam, dont ils n'ont pas adopté les positions les plus radicales [16]. Ils sont majoritaires à Oman et présents à Zanzibar, dans le Sahara algérien, notamment à Ouargla et Beni Isguen, ainsi qu'en Libye [16]. Les zahirites, juristes littéralistes, ont fleuri en Irak aux IXe et Xe siècles puis en Espagne musulmane au XIe siècle [9].

Cette diversité a été affirmée officiellement au XXIe siècle. Le Message d'Amman, publié le 9 novembre 2004 par le roi Abdallah II de Jordanie, a été suivi en juillet 2005 d'une conférence réunissant 200 savants de 50 pays [17]. Ceux-ci ont reconnu la validité de huit écoles : hanafite, malikite, chafiite, hanbalite, jafarite, zaydite, ibadite et zahirite [18]. Ils ont aussi interdit de déclarer apostats d'autres musulmans (takfir) et fixé des conditions pour émettre une fatwa [17].

Sur quels points les écoles divergent-elles à propos de la zina ?

Les écoles divergent surtout sur la valeur de la grossesse comme preuve et sur le principe du doute. Toutes rangent la zina parmi les infractions dont la peine est fixée par Dieu, et toutes exigent en principe un aveu ou quatre témoins de l'acte [8]. L'opinion dominante de l'école malikite considère toutefois qu'une femme non mariée enceinte peut être présumée coupable, tandis que les autres écoles refusent d'y voir une preuve [8].

Les juristes malikites eux-mêmes admettaient parfois d'autres explications, comme un « fœtus endormi » issu d'un mariage antérieur, ce qui limitait l'usage de cette règle [8]. L'islamologue Kecia Ali relève aussi qu'une partie des juristes ajoute un an d'exil à la peine de l'homme jamais marié, ce que d'autres ne retiennent pas [8]. L'application de ces règles dans les procès récents est détaillée dans l'article sur la zina et ses conditions de preuve.

Les écoles se séparent encore sur le principe du doute, qui demande d'écarter la peine en cas d'incertitude. Selon les travaux d'Intisar Rabb, la majorité des juristes l'a adopté, et son usage a fortement progressé entre le XIe et le XVIe siècle [9]. Les zahirites et les premiers hanbalites s'y sont opposés, avant que les hanbalites ne s'y rallient après le XIIe siècle ; aux XVe et XVIe siècles, des juristes chiites en ont aussi débattu [9]. Les opposants craignaient que son application inégale ne profite aux personnes les plus influentes [9].

Qu'est-ce que le mariage temporaire (mut'a) ?

La mut'a, mot arabe qui signifie « plaisir », est un mariage conclu pour une durée fixée à l'avance, avec une somme versée à la femme [7]. Les partenaires s'engagent librement, la femme n'a pas droit à l'entretien, et ils n'héritent pas l'un de l'autre sauf accord préalable ; les enfants sont rattachés au père [7]. Le contrat ne peut pas être prolongé : pour poursuivre la vie commune, il faut un nouvel accord et une nouvelle compensation [7].

Ses partisans s'appuient sur le verset 24 de la sourate 4, qui évoque la rétribution due aux femmes [7]. Toutes les écoles admettent que cette pratique existait du vivant du Prophète [7]. La plupart des sunnites estiment qu'il l'a ensuite abrogée, et certains de leurs responsables l'ont assimilée à de la prostitution [7].

Les chiites duodécimains attribuent au contraire son interdiction au deuxième calife, Omar, et la tiennent pour toujours valide [7]. Ils la présentent comme un rempart contre la débauche lorsque le mariage ordinaire est impossible [7]. La frontière entre union licite et zina ne passe donc pas au même endroit selon l'école suivie.

Ces écoles jouent-elles encore un rôle aujourd'hui ?

Oui, surtout en droit de la famille, alors que leur droit pénal a reculé presque partout. Au XIXe siècle, la plupart des États musulmans ont remplacé le droit pénal de la charia par des codes inspirés de modèles européens, la péninsule Arabique faisant exception [10]. Le droit de la famille a lui aussi été codifié dans de nombreux pays du Moyen-Orient, et les manuels des écoles restent consultés quand le code est muet [10].

Les systèmes nationaux ont pris des formes différentes. L'Égypte et la Tunisie ont supprimé les tribunaux de charia distincts, qui relèvent désormais de la justice ordinaire [10]. En Inde et au Pakistan, le droit de la famille repose largement sur des lois écrites, et la jurisprudence des tribunaux a remplacé les manuels comme source principale [10]. Les pays qui punissent encore les relations hors mariage sont recensés sur la carte mondiale consacrée à ce sujet.

Pour les croyants, l'appartenance à une école reste aussi une affaire de pratique religieuse. Elle oriente les avis que donnent imams et savants sur le mariage, les relations entre hommes et femmes ou la conduite à tenir après une faute.

Questions fréquentes

Quelle est l'école juridique majoritaire au Maghreb ?

C'est l'école malikite, qui prédomine en Afrique du Nord et de l'Ouest [3]. Elle est issue de l'enseignement de Mâlik ibn Anas à Médine au VIIIe siècle et s'appuie sur la pratique de la communauté médinoise [1][3].

Le mariage temporaire est-il de la zina ?

Pour les chiites duodécimains, non : la mut'a est un contrat licite, qui repose sur un accord, une durée et une somme fixées [7]. Pour la plupart des sunnites, cette forme d'union a été abrogée et n'est donc plus valide [7].

Un musulman doit-il suivre une seule école ?

Dans les faits, la plupart des croyants suivent l'école dominante de leur région ou de leur famille [2][3][4]. Les écoles se reconnaissent mutuellement comme légitimes, et leurs avis sont présentés comme des interprétations probables [1].

Quelle proportion des musulmans est chiite ?

Environ 10 à 13 %, selon le Pew Research Center, soit 154 à 200 millions de personnes en 2009 [13]. L'Encyclopædia Britannica parle d'environ un dixième des musulmans [5]. Les chiites sont majoritaires en Iran, en Irak, en Azerbaïdjan et à Bahreïn [5].

Quelle est la différence entre sunnites et chiites ?

La différence est d'abord historique : les chiites sont issus des partisans d'Ali et de ses descendants, qu'ils tiennent pour les guides légitimes de la communauté [5]. Leur droit reconnaît l'autorité d'imams regardés comme divinement inspirés, ce qui le distingue des écoles sunnites [1]. Sur la zina, l'interdit est commun, mais les formes d'union admises diffèrent [7].

Quelles écoles le Message d'Amman reconnaît-il ?

Il en reconnaît huit : les quatre écoles sunnites, les écoles chiites jafarite et zaydite, l'école ibadite et l'école zahirite [18]. Cette liste a été adoptée en juillet 2005 par 200 savants venus de 50 pays [17].

Quelle école juridique suit l'Arabie saoudite ?

L'Arabie saoudite suit l'école hanbalite, qui y est l'école juridique officielle [12]. Cette école se réclame d'Ahmad ibn Hanbal (780-855), qui donnait la priorité aux récits prophétiques authentiques [11].

Sources

  1. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Shariah/Development-of-different-schools-of-law
  2. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Hanafiyah
  3. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Maliki-school
  4. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Shafiiyah
  5. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Shiite
  6. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Ithna-Ashariyyah
  7. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/mutah
  8. brandeis.edu — https://www.brandeis.edu/projects/fse/muslim/honor-texts.html
  9. laviedesidees.fr — https://laviedesidees.fr/The-Art-of-Not-Punishing
  10. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Shariah/Sharia-law-in-contemporary-Islam
  11. britannica.com — https://www.britannica.com/biography/Ahmad-ibn-Hanbal
  12. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Hanabilah
  13. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/religion/2009/10/07/mapping-the-global-muslim-population/
  14. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/religion/2025/06/09/how-the-global-religious-landscape-changed-from-2010-to-2020/
  15. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Zaydiyyah
  16. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Ibadiyyah
  17. ammanmessage.com — https://ammanmessage.com/
  18. ammanmessage.com — https://ammanmessage.com/the-three-points-of-the-amman-message-v-1/

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

À lire aussi