Judaïsme

Orthodoxes, massortis, libéraux : les courants juifs face aux relations hors mariage

Par la rédaction de fornication.frVérifié le Lecture : 9 min13 sources
Couverture illustrée : un rouleau de la Torah sur une carte (France)
L'essentiel

Les juifs libéraux acceptent-ils les relations avant le mariage ?

Tous les courants du judaïsme présentent le mariage comme le cadre idéal de la sexualité, mais ils n'en tirent pas les mêmes règles. Pour les orthodoxes, la loi juive est immuable et interdit les relations hors mariage. Les massortis et les libéraux, sans les valoriser, demandent surtout qu'elles respectent des principes éthiques : fidélité, respect et responsabilité.

Sommaire
  1. Pourquoi les courants juifs divergent-ils ?
  2. Sur quels textes s'appuient tous les courants ?
  3. Que dit le judaïsme orthodoxe ?
  4. Quelle est la position du judaïsme massorti ?
  5. Comment le judaïsme libéral aborde-t-il la question ?
  6. Combien de juifs se rattachent à chaque courant ?
  7. Comment ces courants sont-ils organisés en France ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Pourquoi les courants juifs divergent-ils ?

Les courants juifs divergent parce qu'ils n'accordent pas la même autorité à la halakha, la loi juive issue de la Torah, du Talmud et des codes rabbiniques. Le judaïsme n'a pas d'autorité centrale unique, et depuis le XIXe siècle il se divise en mouvements qui se distinguent d'abord sur ce point. La question des relations hors mariage en découle directement.

Le judaïsme réformé est né en Allemagne au début du XIXe siècle, avec les premiers offices réformés d'Israël Jacobson en 1810 [3]. Il conteste la force obligatoire des lois rituelles et des coutumes [3]. Le courant dit conservative, appelé massorti hors des États-Unis, s'est inspiré des idées de Zacharias Frankel, qui voulait conserver l'essentiel de la tradition tout en acceptant une modernisation plus mesurée [2]. Le judaïsme orthodoxe s'est défini face à ces deux mouvements [1].

Repères chronologiques

  1. 1810Premiers offices réformés d'Israël Jacobson en Allemagne
  2. 1907Inauguration de la synagogue de la rue Copernic à Paris, acte fondateur du judaïsme libéral français
  3. 1977Fondation du Mouvement juif libéral de France (2 juin)
  4. 1985Le courant conservative (massorti) ordonne ses premières femmes rabbins
  5. 1989Fondation de la communauté massorti Adath Shalom à Paris

Trois grands courants du judaïsme et les relations hors mariage

CourantRapport à la loi juive (halakha)Position sur les relations hors mariageExemple d'institution en France
OrthodoxeLoi écrite et loi orale fixées une fois pour toutes, seule norme de l'observanceInterdites ; règles de pureté familiale (nidda) applicables aussi aux non-mariésConsistoires (dont le Consistoire de Paris)
Massorti (Conservative aux États-Unis)Loi maintenue mais réinterprétée à la lumière de l'histoireMariage présenté comme idéal ; relations à guider par la pudeur, la fidélité, la santé et la sécuritéAdath Shalom (Paris), membre de Massorti France
Libéral ou réforméLoi rituelle non contraignante, autonomie du croyantMariage présenté comme idéal ; relations à fonder sur le respect de chaque personne, créée à l'image de DieuJudaïsme En Mouvement (JEM)

Sur quels textes s'appuient tous les courants ?

Tous les courants lisent les mêmes textes, mais ces textes ne contiennent pas d'interdit explicite et général des relations entre célibataires. My Jewish Learning rappelle que la Torah, qui proscrit de nombreuses relations sexuelles, n'interdit pas en toutes lettres les relations avant le mariage [4]. L'interdit s'est construit dans la tradition rabbinique, à partir du Talmud puis des grands codes.

Le Choulhan Aroukh, code du XVIe siècle, pose la règle de base : une femme ne devient épouse que par un acte de mariage valide, les kiddouchin [8]. Un homme qui vit avec une femme sans cet acte ne fait pas d'elle son épouse, même si tous deux comptaient se marier, et le tribunal rabbinique doit l'obliger à se séparer d'elle [8]. La glose de Moïse Isserles rapporte ensuite deux avis : certains admettent la concubine stable, la pilegech biblique, d'autres y voient la prostitution interdite par la Torah [8].

Le débat a traversé les siècles. Dans l'Espagne médiévale, Nahmanide admettait la relation avec une femme non mariée qui n'était liée à aucun autre homme ; au XVIIIe siècle, Jacob Emden proposa de rétablir le concubinage, idée que les autorités ultérieures ont presque toutes écartée [4]. Ces textes sont présentés en détail dans l'article sur la Torah, le Talmud et les relations hors mariage.

Que dit le judaïsme orthodoxe ?

Pour le judaïsme orthodoxe, la loi écrite et la loi orale sont fixées une fois pour toutes et constituent la seule norme de l'observance religieuse [1]. Il rejette l'idée réformée selon laquelle certaines interprétations des textes pourraient être abandonnées à l'époque moderne [1]. Le Choulhan Aroukh y reste le guide de référence de la pratique [5].

Les relations hors mariage y sont donc interdites, conformément aux codes classiques [8]. My Jewish Learning souligne aussi que les lois de pureté familiale, la nidda, s'appliquent aux couples non mariés : les relations sont interdites pendant les règles et jusqu'à l'immersion de la femme dans un bain rituel, le mikvé [4]. Or il est en général jugé inapproprié qu'une femme non mariée s'y rende, sauf à l'approche de son mariage, si bien qu'une relation hors mariage peut enfreindre un interdit de la Torah [4].

L'orthodoxie n'est pas uniforme. Elle va des communautés dites ultra-orthodoxes, très séparées du reste de la société, à des courants plus ouverts à la culture moderne, comme la néo-orthodoxie conduite par Samson Raphael Hirsch à la fin du XIXe siècle [1]. Aux États-Unis, l'université Yeshiva de New York, qui associe un séminaire rabbinique et des départements d'études profanes, compte parmi ses principaux centres [1].

Ces différences portent sur le rapport au monde, pas sur l'interdit lui-même. En Israël, l'orthodoxie est la forme officielle du judaïsme, exercée par le grand-rabbinat, et ses rabbins contestent la validité de certains mariages et divorces célébrés par d'autres courants [1]. Ce pouvoir sur la validité des unions a des effets concrets sur la vie des couples israéliens, décrits plus bas.

Quelle est la position du judaïsme massorti ?

Le judaïsme massorti maintient le mariage comme idéal, mais propose une éthique pour les relations entre adultes non mariés. Ce courant se veut fidèle à la loi juive, tout en affirmant que l'étude historique permet de distinguer les vérités religieuses durables de leurs formes passées [2]. L'Encyclopædia Britannica le décrit comme une « coalition théologique » plutôt qu'un bloc uniforme [2].

Il ordonne des femmes rabbins depuis 1985 [2]. Comme les orthodoxes, ses fidèles respectent le chabbat et les règles alimentaires, avec des aménagements lorsque c'est nécessaire [2]. Son instance officielle, la Rabbinical Assembly, siège au Jewish Theological Seminary de New York [2].

Sur la sexualité, il constate que l'âge du mariage a beaucoup reculé et propose que les relations entre adultes non mariés s'inspirent des principes éthiques qui guident le mariage [4]. Le rabbin Elliot Dorff, l'une de ses voix les plus connues sur ces questions, insiste sur la pudeur, la fidélité, la santé et la sécurité [4].

Comment le judaïsme libéral aborde-t-il la question ?

Le judaïsme libéral, ou réformé, aborde la question par les valeurs plutôt que par la règle. Il ne considère pas la loi rituelle comme contraignante et lit le Talmud comme une littérature religieuse plutôt que comme un code [3]. Les choix de vie relèvent davantage de la conscience informée du croyant.

Comme le courant massorti, il garde le mariage comme idéal et demande que les relations hors mariage soient guidées par le respect de chaque personne, créée à l'image de Dieu [4]. Selon My Jewish Learning, les mouvements massorti et réformé refusent officiellement d'attribuer un caractère sacré aux relations durables entre partenaires non mariés [4].

Certains penseurs vont plus loin. Le rabbin Arthur Waskow, figure du mouvement du renouveau juif, a proposé de repenser les attentes liées au mariage pour faciliter l'entrée et la sortie du lien conjugal [4].

Combien de juifs se rattachent à chaque courant ?

Aux États-Unis, la majorité des juifs se rattachent aux courants non orthodoxes. Selon une enquête du Pew Research Center menée entre novembre 2019 et juin 2020 auprès de 4 718 adultes juifs, 37 % se disent réformés, 17 % conservative et 9 % orthodoxes, tandis que 32 % ne se reconnaissent dans aucun courant [10]. Le pays compterait environ 5,8 millions d'adultes juifs, soit 2,4 % de la population adulte, et 7,5 millions de juifs en comptant les enfants [10].

Le rapport au mariage diffère fortement d'un courant à l'autre. Seuls 2 % des juifs orthodoxes mariés ont un conjoint non juif, contre 47 % des non-orthodoxes ; parmi ces derniers, la proportion atteint 72 % chez ceux qui se sont mariés au cours des dix dernières années [10].

En Israël, les catégories ne sont pas les mêmes. Une enquête du Pew Research Center réalisée en 2014-2015 auprès de 5 601 adultes classe 9 % des juifs israéliens parmi les haredim (ultra-orthodoxes), 13 % parmi les datim (religieux), 29 % parmi les massortim et 49 % parmi les hilonim (laïques) [11]. Attention au faux ami : en Israël, massorti signifie « traditionnel » et désigne un vaste entre-deux entre orthodoxie et laïcité, pas le mouvement conservative [11].

Le cadre légal israélien pèse aussi sur la vie des couples. Le mariage civil n'existe pas dans le pays, et les mariages juifs doivent y être célébrés sous l'autorité de rabbins orthodoxes ; les mariages civils contractés à l'étranger sont en revanche reconnus [11]. La question divise : les haredim s'opposent fermement à ce que des rabbins non orthodoxes célèbrent des mariages, alors qu'une majorité de hilonim y sont favorables [11]. Les mariages entre juifs et non-juifs ne peuvent pas être célébrés en Israël, et seuls 2 % des juifs israéliens mariés ont un conjoint d'une autre religion ou sans religion [11].

Comment ces courants sont-ils organisés en France ?

En France, le culte juif reste largement structuré par les consistoires, comme le Consistoire de Paris, dont le grand rabbin est Alain Shlomo Sénior [9]. Leurs rabbins se réfèrent à la loi juive traditionnelle. Les courants non orthodoxes disposent de leurs propres institutions.

Le courant massorti est représenté notamment par la communauté Adath Shalom, fondée en 1989 et installée dans le XVe arrondissement de Paris [13]. Membre de Massorti France et du mouvement mondial Masorti Olami, elle se présente comme attachée à une loi juive évolutive, avec un office largement traditionnel et l'égalité entre femmes et hommes [13]. Elle est conduite par le rabbin Josh Weiner, et ses prières, dites en hébreu, sont accompagnées de traductions et de translittérations [13].

Le principal mouvement libéral est Judaïsme En Mouvement (JEM), qui promeut un judaïsme « ouvert, égalitaire, accueillant et inclusif » [7]. Il est né du rapprochement de deux structures séparées depuis plus de quarante ans : l'Union libérale israélite de France, dont la synagogue de la rue Copernic a été inaugurée le 1er décembre 1907, et le Mouvement juif libéral de France, fondé le 2 juin 1977 [12]. JEM revendique aujourd'hui dix synagogues, 3 000 familles et huit rabbins, parmi lesquels Delphine Horvilleur, rabbin de la communauté de Beaugrenelle depuis 2008 [7][12].

Au niveau international, cette famille libérale est fédérée par l'Union mondiale pour le judaïsme progressiste (WUPJ), qui réunit des mouvements réformés, libéraux, progressistes et reconstructionnistes. Elle revendique 1,8 million de membres et 1 250 communautés dans plus de cinquante pays [6]. Les positions des autres religions sur le même sujet sont mises en regard dans le tableau comparatif des religions.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le judaïsme massorti ?

C'est le nom donné hors des États-Unis au judaïsme conservative. Il cherche à conserver l'essentiel de la tradition juive tout en admettant une modernisation plus mesurée que le judaïsme réformé [2]. Ses premières idées s'inspirent de Zacharias Frankel, au XIXe siècle [2].

La loi juive s'impose-t-elle aux juifs libéraux ?

Pas au sens strict. Le judaïsme réformé ne tient pas la loi rituelle pour obligatoire et laisse une large place à l'autonomie du croyant [3]. Il s'appuie sur des valeurs tirées de la tradition plutôt que sur des règles détaillées [4].

Les lois de pureté familiale concernent-elles les couples non mariés ?

Selon la lecture traditionnelle, oui. My Jewish Learning rappelle que les lois de la nidda valent aussi pour les couples non mariés, ce qui fait d'une relation hors mariage une transgression supplémentaire dans le cadre orthodoxe [4]. Le Choulhan Aroukh évoque lui aussi cette difficulté, puisqu'une femme non mariée ne se rend en principe pas au bain rituel [8].

Quelle est la différence entre judaïsme libéral et réformé ?

Il s'agit pour l'essentiel de la même famille. L'Union mondiale pour le judaïsme progressiste réunit sous un même toit les mouvements réformés, libéraux, progressistes et reconstructionnistes [6]. Le nom varie selon les pays : « libéral » est l'usage courant en France.

Le judaïsme interdit-il les relations sexuelles avant le mariage ?

La Torah ne les interdit pas en toutes lettres, mais la tradition rabbinique les proscrit [4][8]. Les orthodoxes maintiennent cet interdit, tandis que les massortis et les libéraux privilégient une approche éthique fondée sur la fidélité et le respect [4].

Peut-on se marier civilement en Israël ?

Non. Israël ne connaît pas le mariage civil, et les mariages juifs y relèvent de rabbins orthodoxes [11]. Les mariages civils célébrés à l'étranger sont en revanche reconnus par l'État [11].

Qu'est-ce qu'une pilegech ?

C'est la concubine de la Bible hébraïque, compagne stable sans acte de mariage. Le Choulhan Aroukh rapporte deux avis à son sujet : certains l'autorisent, d'autres l'assimilent à la prostitution interdite par la Torah [8]. Au XVIIIe siècle, Jacob Emden a proposé de la rétablir, une idée largement rejetée depuis [4].

Sources

  1. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Orthodox-Judaism
  2. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Conservative-Judaism
  3. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Reform-Judaism
  4. myjewishlearning.com — https://www.myjewishlearning.com/article/jewish-views-on-premarital-sex/
  5. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Shulhan-arukh
  6. wupj.org — https://www.wupj.org/
  7. judaismeenmouvement.org — https://www.judaismeenmouvement.org/
  8. sefaria.org — https://www.sefaria.org/api/v3/texts/Shulchan_Arukh,_Even_HaEzer.26.1?version=english
  9. consistoire.org — https://www.consistoire.org/
  10. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/religion/2021/05/11/jewish-americans-in-2020/
  11. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/religion/2016/03/08/israels-religiously-divided-society/
  12. judaismeenmouvement.org — https://judaismeenmouvement.org/decouvrir/histoire-ulif-mjlf/
  13. adathshalom.org — https://www.adathshalom.org/

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

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