Judaïsme

Torah et Talmud : que dit le judaïsme des relations hors mariage ?

Par la rédaction de fornication.frVérifié le Lecture : 9 min17 sources
L'essentiel

Le judaïsme interdit-il les relations sexuelles avant le mariage ?

La Torah n'interdit pas en toutes lettres les relations entre deux personnes non mariées, mais elle encadre la séduction d'une jeune fille et proscrit la prostitution. La tradition rabbinique en a tiré une réprobation nette : pour Maïmonide, toute relation hors des liens du mariage est interdite. Le statut de la concubine (pilegech) reste débattu.

Que dit la Torah des relations entre personnes non mariées ?

La Torah ne les interdit pas expressément : ses cinq livres traitent abondamment de l'adultère et des unions entre proches, mais pas des relations entre deux célibataires en tant que telles. Le site My Jewish Learning le résume ainsi : la Torah ne les proscrit pas explicitement, même si le judaïsme traditionnel les désapprouve [11].

Deux passages s'en approchent. Selon Exode 22,15-16 (22,16-17 dans la Bible Segond), l'homme qui séduit une jeune fille non fiancée et couche avec elle doit l'épouser en versant la dot ; si le père refuse le mariage, il paie quand même la somme due pour une vierge [1]. Deutéronome 22,28-29 prévoit un cas voisin, celui d'un homme qui s'empare d'une jeune fille non fiancée : il verse cinquante sicles d'argent au père, l'épouse et ne pourra jamais la répudier [2]. Les deux textes diffèrent sur un point : l'Exode laisse au père le droit de refuser le mariage, tandis que le Deutéronome ôte au mari toute possibilité de rompre l'union [1][2].

Ces règles relèvent d'un droit de la famille où la jeune fille dépend de son père. Elles réparent un dommage plus qu'elles ne punissent une faute religieuse. D'autres versets visent la prostitution : Lévitique 19,29 interdit à un père de prostituer sa fille, et Deutéronome 23,18 (23,17 dans la Bible Segond) proscrit qu'un Israélite, homme ou femme, devienne kadech ou kedecha, terme que les traductions rendent par prostitué ou personne consacrée [3][4]. La règle la plus dure vise la fille d'un prêtre : selon Lévitique 21,9, celle qui se prostitue déshonore son père et doit périr par le feu [17].

Un dernier texte, plus sévère, concerne la jeune mariée. Deutéronome 22,13-21 envisage le mari qui accuse sa femme de n'avoir pas été vierge : si l'accusation est fausse, il est châtié, verse cent sicles d'argent au père et ne peut jamais la répudier ; si elle est fondée, la jeune femme est lapidée pour une faute commise sous l'autorité de son père [14]. Le grand commentateur médiéval Rachi restreint fortement ce cas : il faut des témoins et un avertissement préalable, et la faute visée est un adultère commis après les fiançailles, en renvoyant au traité Ketoubot (44b) [15].

Repères chronologiques

  1. AntiquitéLa Torah encadre la séduction d'une jeune fille non fiancée (Exode 22) et proscrit la prostitution (Lévitique 19, Deutéronome 23).
  2. Début du IIIe siècleJuda ha-Nassi donne sa forme finale à la Mishna ; le traité Kiddouchin énumère les trois modes d'union.
  3. IIIe-VIe siècleRédaction des Talmuds ; la Guemara rapporte que Rav faisait fouetter ceux qui s'unissaient sans démarches préalables.
  4. XIIe siècleMaïmonide, dans le Michné Torah, interdit toute relation hors kiddouchin ; le Raavad conteste la portée de l'interdit.
  5. XVIe siècleJoseph Karo publie le Choulhan Aroukh, annoté par Moïse Isserles, qui expose le débat sur la pilegech.
  6. XVIIIe siècleJacob Emden propose de rétablir l'institution de la pilegech, à rebours de la plupart des autorités.

Comment la Mishna et le Talmud abordent-ils l'union ?

La Mishna et le Talmud abordent l'union par le droit du mariage : ils définissent les actes qui créent le lien conjugal et désapprouvent les unions conclues sans formalités. La Mishna, recueil de la loi orale mis en forme par Juda ha-Nassi au début du IIIe siècle, consacre l'un de ses six ordres, Nachim (« Les femmes »), au mariage et au divorce [5]. Ses sept traités traitent des fiançailles, des contrats de mariage, de la répudiation et de certains vœux qui touchent la vie conjugale [5]. Le Talmud, rédigé entre le IIIe et le VIe siècle sous forme de commentaires de la Mishna, occupe dans la tradition juive une place juste après la Bible [12].

Le traité Kiddouchin s'ouvre sur une règle connue : une femme est « acquise », c'est-à-dire engagée par le lien matrimonial, de trois manières, par de l'argent, par un acte écrit ou par l'union charnelle [6]. Le rapport sexuel accompli dans cette intention pouvait donc, en droit, créer le mariage.

Le nom même de l'acte éclaire la réprobation qui suivra. Kiddouchin vient du mot hébreu qui signifie « saint » : ce qui est saint est mis à part, rendu unique [11]. La sexualité réservée au mariage est donc pensée comme sanctifiée, et c'est parce qu'une relation hors mariage échappe au kiddouchin que la plupart des autorités la désapprouvent [11].

Les sages ont pourtant désapprouvé ce mode d'union. Le Talmud rapporte que Rav faisait fouetter l'homme qui contractait ainsi le mariage par l'union charnelle, celui qui le faisait en pleine rue ou sans démarches préalables, jugeant ces pratiques indécentes [7]. Les sages de Nehardea rapportent une version plus restreinte de cette sévérité [7].

Pourquoi Maïmonide parle-t-il de « kedecha » ?

Maïmonide parle de kedecha parce qu'il rattache l'interdit des relations hors mariage au verset de Deutéronome 23,18 qui proscrit la prostitution. Au XIIe siècle, Moïse Maïmonide codifie l'ensemble de la loi juive dans le Michné Torah. Au début des lois sur le mariage, il explique qu'avant le don de la Torah un homme pouvait s'unir à une femme rencontrée sur la place, moyennant paiement, puis la quitter [8]. Il considère qu'une relation hors du lien du kiddouchin relève de ce verset et expose l'homme à la flagellation prévue par la Torah [8].

Tous les commentateurs ne le suivent pas sur ce point. Le Raavad (Abraham ben David de Posquières), son contemporain né en Provence, estime que le terme ne vise que la prostituée de profession [8][13]. Le désaccord porte donc sur la gravité et le fondement biblique de l'interdit, plus que sur son existence. À l'inverse, My Jewish Learning signale que Nahmanide, au XIIIe siècle, a admis la relation avec une femme non mariée qui n'est liée à aucun autre homme [11].

La concubine (pilegech) est-elle permise ?

La question n'est pas tranchée : les décisionnaires sont partagés, et le code de référence expose les deux avis sans les départager. La Bible mentionne des concubines, en hébreu pilegech, aux côtés des épouses de certains patriarches et rois. My Jewish Learning définit la pilegech comme une femme liée exclusivement à un homme, sans bénéficier des droits juridiques de l'épouse [11]. Les décisionnaires se sont demandé si une telle union, stable mais sans kiddouchin, restait possible après l'époque biblique.

Le Choulhan Aroukh, code publié au XVIe siècle par Joseph Karo, rappelle qu'une femme ne devient épouse que par un kiddouchin valide [10]. La glose de Moïse Isserles, qui y ajoute les usages des Juifs ashkénazes, expose les deux opinions [9][10]. Pour certains, une femme qui se consacre à un seul homme et se plie aux règles de pureté est une pilegech permise ; pour d'autres, c'est interdit et les deux partenaires encourent la flagellation pour avoir transgressé l'interdit de la kedecha [10]. Ce code reste la référence de la pratique orthodoxe [9].

Quel rôle jouent les lois de pureté familiale ?

Les lois de pureté familiale ajoutent un interdit de la Torah qui vaut pour tous les couples, mariés ou non. Les lois de la nidda interdisent les relations pendant les règles et jusqu'à l'immersion de la femme dans un bain rituel, le mikvé. My Jewish Learning souligne qu'elles s'appliquent aussi aux couples non mariés [11].

Or l'immersion au mikvé est jugée inappropriée pour une femme non mariée, sauf pour une future épouse [11]. Une relation hors mariage enfreint donc presque toujours, en plus, un interdit de la Torah [11]. Ces règles expliquent que le judaïsme traditionnel voie dans le mariage le cadre normal de la vie sexuelle, qu'il valorise par ailleurs au sein du couple [11].

Quel est le statut d'un enfant né hors mariage ?

Un enfant né de deux parents non mariés n'est pas un mamzer, c'est-à-dire un enfant frappé d'illégitimité en droit juif [11]. Cette notion vise des unions beaucoup plus graves que la relation entre deux célibataires.

La Mishna (Yevamot 4,13) rapporte trois définitions. Pour Rabbi Akiva, le mamzer naît d'une union avec un proche parent interdit ; pour Rabbi Yehochoua, d'une union passible de la peine de mort prononcée par un tribunal ; pour Chimon ha-Timni, d'une union passible du karet, le retranchement divin [16]. Le texte précise que la loi suit cette dernière opinion [16].

Le même passage rapporte que Chimon ben Azzaï trouva à Jérusalem un rouleau généalogique mentionnant un mamzer né d'un adultère avec une femme mariée [16]. La conséquence pratique est nette : l'adultère et l'inceste peuvent produire ce statut, pas la relation entre une femme et un homme libres de tout lien [11][16].

Comment le débat s'est-il poursuivi à l'époque moderne ?

Le débat s'est poursuivi autour de deux questions : la possibilité de rétablir la pilegech et la place des relations stables entre adultes non mariés. Au cours des derniers siècles, la plupart des autorités juives ont écarté la validité du concubinage [11]. Jacob Emden, décisionnaire du XVIIIe siècle, fait exception en proposant de rétablir cette institution [11].

Au XXe siècle, le débat s'est déplacé vers les courants libéraux. Arthur Waskow, figure du mouvement Jewish Renewal, a proposé de faciliter l'entrée et la sortie du mariage pour les personnes sexuellement actives dès la puberté [11]. Les mouvements massorti (Conservative) et réformé refusent officiellement d'attribuer la kedoucha, la sainteté, aux relations non conjugales ; ils maintiennent le mariage comme idéal tout en demandant que les relations prénuptiales respectent les principes éthiques du couple [11].

Le rabbin massorti Elliot Dorff insiste ainsi sur la pudeur, la fidélité, la santé et la sécurité dans les relations hors mariage [11]. Ces positions, et celles du judaïsme orthodoxe qui s'en tient à la loi codifiée, sont présentées plus en détail dans l'article sur les courants juifs face aux relations hors mariage. Les mots hébreux employés par la Bible pour ces unions sont étudiés dans l'article sur porneia, zanah et zinā.

Questions fréquentes

La Torah prévoit-elle une peine pour les relations avant le mariage ?

Pas de peine religieuse au sens strict entre deux célibataires. Exode 22 et Deutéronome 22,28-29 imposent à l'homme d'épouser la jeune fille ou d'indemniser son père [1][2]. Les sanctions apparaissent plus tard, chez les rabbins du Talmud et chez Maïmonide [7][8].

Qu'est-ce que le kiddouchin ?

C'est l'acte juridique qui crée le lien matrimonial en droit juif. La Mishna en distingue trois formes : par une somme d'argent, par un écrit ou par l'union charnelle [6]. Une union sans kiddouchin ne crée pas de mariage [10].

Qu'est-ce que le Choulhan Aroukh ?

C'est un code de loi juive rédigé au XVIe siècle par Joseph Karo, complété par les gloses de Moïse Isserles pour les usages ashkénazes [9]. Il est resté le guide de référence de l'observance orthodoxe [9].

Le judaïsme juge-t-il la sexualité négativement ?

Non. La tradition considère la vie sexuelle dans le mariage comme un idéal et la valorise [11]. La réprobation porte sur le cadre de la relation, pas sur la sexualité elle-même.

Un enfant né hors mariage est-il un mamzer ?

Non. Selon My Jewish Learning, l'enfant né d'une union entre deux personnes non mariées n'est pas un mamzer [11]. Ce statut naît d'unions bien plus graves, comme l'adultère d'une femme mariée ou l'inceste, la loi suivant l'opinion de Chimon ha-Timni dans la Mishna [16].

Qu'est-ce qu'une pilegech ?

C'est une concubine : une femme liée exclusivement à un homme, sans les droits juridiques d'une épouse [11]. La Bible en mentionne plusieurs, et le Choulhan Aroukh expose deux avis opposés sur sa licéité après l'époque biblique [10]. Au XVIIIe siècle, Jacob Emden a proposé de rétablir cette institution [11].

Le judaïsme libéral accepte-t-il les relations avant le mariage ?

Pas officiellement comme équivalent du mariage. Les mouvements massorti et réformé maintiennent le mariage comme idéal et refusent d'attribuer la sainteté aux relations non conjugales [11]. Ils demandent toutefois que les relations prénuptiales suivent les mêmes principes éthiques que la vie du couple marié [11].

Sources

  1. sefaria.org — https://www.sefaria.org/api/v3/texts/Exodus.22.15-16?version=english
  2. sefaria.org — https://www.sefaria.org/Deuteronomy.22.28-29
  3. sefaria.org — https://www.sefaria.org/api/v3/texts/Deuteronomy.23.18?version=english
  4. sefaria.org — https://www.sefaria.org/api/v3/texts/Leviticus.19.29?version=english
  5. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Mishna
  6. sefaria.org — https://www.sefaria.org/api/v3/texts/Kiddushin.2a.1?version=english
  7. sefaria.org — https://www.sefaria.org/api/v3/texts/Kiddushin.12b.7-12?version=english
  8. sefaria.org — https://www.sefaria.org/Mishneh_Torah%2C_Marriage.1.4?lang=bi
  9. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Shulhan-arukh
  10. sefaria.org — https://www.sefaria.org/api/v3/texts/Shulchan_Arukh,_Even_HaEzer.26.1?version=english
  11. myjewishlearning.com — https://www.myjewishlearning.com/article/jewish-views-on-premarital-sex/
  12. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Talmud
  13. en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/Abraham_ben_David
  14. sefaria.org — https://www.sefaria.org/api/v3/texts/Deuteronomy.22.13-21?version=english
  15. sefaria.org — https://www.sefaria.org/api/v3/texts/Rashi_on_Deuteronomy.22.20?version=english
  16. sefaria.org — https://www.sefaria.org/api/v3/texts/Mishnah_Yevamot.4.13?version=english
  17. sefaria.org — https://www.sefaria.org/api/v3/texts/Leviticus.21.9?version=english

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

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