Enquête Erfi 2 de l'Ined : ce qui a changé dans la vie de couple en vingt ans

Que révèle l'enquête Erfi 2 de l'Ined sur le couple et la famille en France ?
Le 7 juillet 2026, l'Institut national d'études démographiques (Ined) a publié les premiers résultats de l'enquête Erfi 2, menée en 2024 auprès d'environ 12 800 personnes de 18 à 79 ans. Elle montre qu'un premier couple sur quatre se forme désormais en ligne, que deux premières naissances sur trois ont lieu hors mariage et que le désir d'enfant recule.
Sommaire
- Qu'a publié l'Ined le 7 juillet 2026 ?
- Comment l'enquête Erfi 2 a-t-elle été menée ?
- Comment les couples se forment-ils et s'organisent-ils aujourd'hui ?
- Mariage, PACS ou union libre : que change l'arrivée du premier enfant ?
- Séparations, recompositions, couples après 50 ans : que montre l'enquête ?
- Que disent les chercheurs et les autres acteurs ?
- Et ensuite ?
- Questions fréquentes
- Sources
Qu'a publié l'Ined le 7 juillet 2026 ?
L'Ined a rendu publics, le mardi 7 juillet 2026, les premiers résultats de l'Étude des relations familiales et intergénérationnelles, dite Erfi 2 [3][4]. Le document paraît dans la collection Premiers résultats d'enquêtes, sous la direction de Milan Bouchet-Valat et Laurent Toulemon [1][2]. Il rassemble 32 fiches courtes, rédigées par une trentaine de chercheuses et de chercheurs, et réparties en cinq parties : intentions de fécondité, fertilité et contraception, familles et enfants, relations entre générations, et couples [1].
La vue d'ensemble, signée par Milan Bouchet-Valat, s'intitule « Vingt ans de recompositions des modèles familiaux » [1]. Elle compare la situation de 2024 à celle que mesurait la première édition de l'enquête, en 2005 [1]. Selon le site de l'enquête, ces résultats ont été repris plus de 500 fois dans les médias [2].
Une partie des chiffres sur le désir d'enfant avait déjà été diffusée un an plus tôt, dans un numéro de Population & Sociétés intitulé « Les Français·es veulent moins d'enfants », paru en 2025 [2]. La publication de juillet 2026 élargit le propos au couple, aux séparations, aux familles recomposées et aux relations avec les parents.
Erfi 2 et mesures antérieures : quelques indicateurs comparés (Ined)
| Indicateur | Mesure antérieure | 2024 |
|---|---|---|
| Nombre idéal d'enfants déclaré par les femmes (moyenne) | 2,7 (1998) | 2,3 |
| 18-49 ans dont l'idéal est deux enfants | 47 % (1998) | 65 % |
| Personnes n'ayant l'intention d'avoir aucun enfant | 6 % (2005) | 12 % |
| Personnes ayant l'intention d'avoir trois enfants ou plus | 38 % (2005) | 23 % |
| Femmes de 30 ans ou plus sans enfant, certaines d'en vouloir un dans les trois ans | 32 % (2005) | 15 % |
| Femmes de 35-49 ans devenues mères à 35 ans ou plus | 4 % (2005) | 8 % |
| Couples de même sexe parmi les couples cohabitants (estimation Insee) | 0,5 % (2011) | 1,3 % |
Comment l'enquête Erfi 2 a-t-elle été menée ?
Erfi 2 est le volet français des Generations and Gender Surveys, un dispositif international d'enquêtes sur la famille mené dans plus de vingt pays [1]. C'est une enquête longitudinale : les mêmes personnes doivent être réinterrogées en 2027 puis en 2030 [1].
La première vague s'est déroulée de février à juillet 2024, par internet et par téléphone, auprès de personnes de 18 à 79 ans résidant en France hexagonale [1]. L'Insee a tiré l'échantillon dans un fichier administratif des logements et des individus, et l'institut Ipsos a contacté les personnes et mené les entretiens téléphoniques [1]. Sur 50 560 personnes sollicitées, environ 12 800 ont répondu, dont 74 % par internet, 20 % par téléphone et 6 % par les deux modes [1].
Le taux de réponse atteint 26 %, ou 31 % une fois corrigé l'effet des surreprésentations [1]. L'Ined a en effet volontairement interrogé davantage de ménages modestes et de couples de même sexe cohabitants, avec 629 répondants dans ce dernier cas, afin de pouvoir les étudier en détail [1]. Comme toute enquête déclarative, Erfi 2 recueille ce que les personnes disent de leur situation et de leurs projets, ce qui ne se confond pas avec leurs comportements futurs.
Comment les couples se forment-ils et s'organisent-ils aujourd'hui ?
Internet est devenu l'un des principaux lieux de rencontre. Selon l'Ined, les rencontres en ligne concernent désormais un premier couple sur quatre, un niveau proche de la moyenne européenne, tandis que les rencontres dans un cadre festif ont reculé [1]. La fiche consacrée à ce sujet est signée par Milan Bouchet-Valat et Marie Bergström [1].
Ces couples ont un profil particulier. Ceux qui se sont formés en ligne sont plus récents, correspondent moins souvent à une première union et ont moins souvent des enfants ensemble [1]. Les rencontres numériques jouent ainsi un rôle dans la formation des familles recomposées [1].
La vie commune reste la norme. La part des couples qui ne partagent pas le même logement a peu évolué en vingt ans [1]. Chez les jeunes, cette situation est souvent une étape avant l'installation ; après 40 ans, elle est plus souvent vécue comme durable, surtout par les femmes [1].
L'organisation matérielle du couple se construit avec le temps. La mise en commun des revenus devient majoritaire après quinze ans de vie commune, et elle est plus fréquente chez les couples mariés et chez ceux qui ont des enfants [1]. Dans les couples de sexe différent, les femmes assurent toujours la plus grande part des tâches domestiques, même si l'Ined observe une légère progression vers l'égalité en vingt ans [1].
Les couples de même sexe sont plus visibles qu'en 2005. L'Insee estime qu'en 2024, 175 000 femmes et 210 000 hommes de 18 à 79 ans vivent en couple de même sexe, contre 70 000 femmes et 100 000 hommes en 2011 [1][3]. Ils représentent 1,3 % des couples cohabitants, contre 0,5 % en 2011, et 1,9 % de l'ensemble des couples si l'on inclut ceux qui ne vivent pas ensemble [1]. Plus jeunes et plus récents, ils sont moins souvent mariés, plus souvent pacsés et plus souvent sans enfant que les couples de sexe différent [1]. Environ 46 000 enfants vivent dans un couple de même sexe [1][3].
Mariage, PACS ou union libre : que change l'arrivée du premier enfant ?
L'enquête confirme que le mariage n'est plus le cadre habituel de la première naissance. Deux premières naissances sur trois ont désormais lieu hors mariage, et une sur six dans le cadre d'un PACS [1]. Les parents pacsés sont en moyenne plus âgés et plus diplômés, ceux qui vivent en union libre plus jeunes [1]. Dans sa lecture de l'enquête, l'association Alliance Vita indique que 85 % des premières naissances avaient lieu dans le mariage dans les années 1970, contre un tiers aujourd'hui [4].
Ce constat rejoint les statistiques de l'état civil. Selon l'Insee, 59,8 % des bébés nés en France en 2025 avaient des parents non mariés [6]. La part est plus élevée pour les premières naissances que pour l'ensemble des naissances, ce qui suggère qu'une partie des parents se marient après l'arrivée d'un premier enfant. L'évolution sur longue période est présentée dans l'article sur les naissances hors mariage.
Le PACS, créé en 1999, s'est banalisé : selon l'Ined, il est aujourd'hui conclu chaque année presque aussi souvent que le mariage, et la baisse des mariages profite aux unions libres et aux PACS [1]. Les chiffres de l'Insee le confirment, avec 197 200 PACS en 2024 et environ 251 000 mariages en 2025 [5]. Les différences juridiques entre ces statuts sont détaillées dans l'article sur l'union libre, le PACS et le mariage.
Certaines naissances interviennent hors de toute vie commune. Une mère sur vingt a eu un enfant sans avoir vécu avec le père, le plus souvent pour une première naissance et plus fréquemment parmi les femmes les moins diplômées [1]. Les femmes immigrées sont particulièrement concernées, notamment celles originaires d'Afrique subsaharienne [1]. Selon le Journal du dimanche, qui cite l'enquête, 13 % des femmes immigrées sont mères seules, contre 9 % des autres femmes [3].
La vie de couple apparaît enfin comme une condition de l'arrivée du premier enfant. Parmi les 18-34 ans sans enfant qui vivent encore chez leurs parents, 1 % seulement sont en couple cohabitant, et leurs intentions de naissance à court terme sont nettement plus faibles [1]. Les personnes mariées ou pacsées qui vivent avec leur conjoint expriment les intentions les plus fortes [1].
Séparations, recompositions, couples après 50 ans : que montre l'enquête ?
Les parcours conjugaux comptent davantage de ruptures et de recommencements qu'il y a vingt ans [2]. Une personne sur cinq déclare avoir eu des beaux-enfants avant 45 ans, une proportion nettement plus élevée que dans les générations du baby-boom [1]. Les compter ajoute environ 0,2 enfant à la descendance moyenne, soit près d'un dixième [1].
Les fratries recomposées sont fréquentes, sans être en hausse. Près d'un parent sur cinq ayant eu plusieurs enfants ou beaux-enfants avant 45 ans a des enfants qui n'ont pas tous le même père ou la même mère, une part qui n'a pas nettement augmenté d'une génération à l'autre [1].
La séparation des parents influence les trajectoires des enfants devenus adultes. Les enfants de parents séparés quittent plus tôt le foyer, s'installent plus vite en couple, se séparent davantage et se tournent moins souvent vers le mariage [1].
La vie à deux se transforme aussi après 50 ans. La part de quinquagénaires en couple recule légèrement sous l'effet des séparations, alors que le veuvage a diminué [1]. Un quinquagénaire sur six a déjà connu deux unions ou plus, et un quinquagénaire en couple sur cinq n'est pas marié [1].
Le jugement porté sur la relation reste globalement positif. Se déclarer satisfait de sa relation est la norme, mais les femmes se disent un peu moins satisfaites que les hommes [1]. Leur insatisfaction quant au partage des tâches pèse sur leur jugement d'ensemble et augmente avec le nombre d'enfants, ce qui n'est pas le cas chez les hommes [1]. Selon le Journal du dimanche, 86 % des personnes en couple hétérosexuel notent leur vie de couple entre 8 et 10 sur 10 [3].
Que disent les chercheurs et les autres acteurs ?
Les chercheurs de l'Ined présentent d'abord un recul des projets de naissance. Chez les femmes, le nombre idéal d'enfants déclaré est passé de 2,7 en 1998 à 2,3 en 2024, un recul mesuré sur vingt-cinq ans [1][3]. Parmi les 18-49 ans, la part de ceux dont l'idéal est de deux enfants est montée de 47 % en 1998 à 65 % en 2024, tandis que celle des personnes idéalisant trois enfants ou plus a chuté de 50 % à 29 % [1]. La part de ceux qui n'ont l'intention d'avoir aucun enfant a doublé, de 6 % à 12 % [1].
Interrogé par le Journal du dimanche, Milan Bouchet-Valat évoque une « succession de crises » depuis 2008 et un possible effet de l'éco-anxiété sur la fécondité [3]. Le journal relève aussi que, comme en 2005, les femmes sans religion sont plus nombreuses que les croyantes parmi celles qui n'ont pas fondé de famille [3].
Les associations lisent ces résultats selon leurs propres priorités. Alliance Vita, association engagée sur les questions de bioéthique, estime que les données montrent les limites des réponses technologiques face au recul de la fertilité et appelle à s'interroger sur la place donnée à la famille et à la transmission [4].
Les responsables politiques avancent une lecture en partie différente. La mission d'information de l'Assemblée nationale sur la baisse de la natalité, dont les conclusions ont été présentées en février 2026, estime que le désir d'enfant demeure largement présent, mais que les conditions pour l'accueillir sont perçues comme de plus en plus contraignantes [7]. Elle met en avant des freins matériels et un climat d'incertitude, et propose notamment un versement familial unique de 250 euros par enfant et par mois [7]. Les deux constats ne se contredisent pas entièrement : l'Ined mesure une baisse des intentions, la mission insiste sur les obstacles à leur réalisation.
Et ensuite ?
Erfi 2 doit suivre les mêmes personnes dans le temps. Les vagues prévues en 2027 et en 2030 permettront de vérifier si les intentions de naissance, de mise en couple ou de séparation déclarées en 2024 se réalisent [1]. L'Ined pourra aussi comparer la France aux autres pays du programme international [1].
Ces travaux s'inscrivent dans un contexte de baisse de la fécondité. L'Insee a estimé l'indicateur conjoncturel de fécondité à 1,56 enfant par femme en 2025, son niveau le plus bas depuis la fin de la Première Guerre mondiale [5]. Sur le terrain politique, la mission parlementaire a proposé d'expérimenter certaines de ses mesures dès le budget de la sécurité sociale pour 2027 [7].
Pour les questions qui intéressent directement le couple, l'enquête dessine un paysage stable dans ses grandes lignes mais plus divers dans les parcours : la cohabitation reste majoritaire, le mariage n'est plus le passage obligé avant l'enfant, et les unions successives sont devenues plus courantes [1]. Les tendances de long terme sur le mariage sont analysées dans l'article sur le mariage, encore la norme en France ?.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'enquête Erfi 2 ?
C'est l'Étude des relations familiales et intergénérationnelles menée par l'Ined, volet français d'un programme international d'enquêtes sur la famille [1]. Sa première vague a interrogé environ 12 800 personnes de 18 à 79 ans entre février et juillet 2024 [1]. Ses premiers résultats ont été publiés le 7 juillet 2026 [3].
Combien de couples se rencontrent en ligne en France ?
Environ un premier couple sur quatre, selon l'enquête Erfi 2 de l'Ined [1]. Ce niveau est proche de la moyenne européenne. Dans le même temps, les rencontres dans un cadre festif ont reculé [1].
Les premiers enfants naissent-ils surtout hors mariage ?
Oui. Selon l'Ined, deux premières naissances sur trois ont lieu hors mariage, et une sur six dans le cadre d'un PACS [1]. Pour l'ensemble des naissances, l'Insee compte 59,8 % de bébés nés de parents non mariés en 2025 [6].
Les Français veulent-ils moins d'enfants qu'en 2005 ?
Oui. La part des personnes qui n'ont l'intention d'avoir aucun enfant a doublé entre 2005 et 2024, de 6 % à 12 % [1]. Chez les femmes, le nombre idéal d'enfants déclaré est passé de 2,7 en 1998 à 2,3 en 2024, et l'idéal de deux enfants est devenu majoritaire chez les 18-49 ans [1].
Combien y a-t-il de couples de même sexe en France ?
Environ 1,3 % des couples cohabitants en 2024, contre 0,5 % en 2011, selon les estimations de l'Insee reprises par l'Ined [1]. Cela représente 175 000 femmes et 210 000 hommes de 18 à 79 ans [1]. En incluant les couples qui ne vivent pas ensemble, Erfi 2 estime la proportion à 1,9 % [1].
Les couples qui ne vivent pas ensemble sont-ils plus nombreux ?
Non. Selon l'Ined, la part des couples non cohabitants a peu évolué en vingt ans [1]. Chez les jeunes, il s'agit souvent d'une étape transitoire, alors qu'après 40 ans cette situation est plus souvent vécue comme durable [1].
Quand paraîtront les prochains résultats de l'enquête ?
Après les prochaines vagues de collecte. L'Ined prévoit de réinterroger les mêmes personnes en 2027 puis en 2030 [1]. Ces nouvelles vagues permettront de savoir si les projets déclarés en 2024 se sont réalisés.
Sources
- archined.ined.fr — https://archined.ined.fr/download/publication/xqiw0J4Bz90TsWno9kOI/fe7bd4335e59548d194f49a357ff205a1783360109112.pdf
- erfi2.site.ined.fr — https://erfi2.site.ined.fr/fr/resultats
- lejdd.fr — https://www.lejdd.fr/Societe/chute-du-desir-denfant-immigration-une-etude-decortique-le-nouveau-modele-familial-francais-178617
- alliancevita.org — https://www.alliancevita.org/2026/07/desir-denfant-couple-ined/
- insee.fr — https://www.insee.fr/fr/statistiques/8719824
- insee.fr — https://www.insee.fr/fr/statistiques/9000195
- assemblee-nationale.fr — https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/contenu/telechargement/1101881/file/DP%20MICP%20natalit%C3%A9.pdf
Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.


