Société

Comment se forment les couples en France : du bal aux applications de rencontre

Par la rédaction de fornication.frVérifié le Lecture : 10 min8 sources
Illustration : un médaillon avec un graphique, devant Notre-Dame de Paris, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Où les couples se rencontrent-ils en France aujourd'hui ?

Au début des années 2000, les premiers conjoints se rencontraient surtout lors de soirées entre amis, pendant les études, dans des lieux publics ou au travail. Le bal, cadre d'un quart des premières unions dans les années 1960, est devenu marginal. Selon l'enquête Erfi 2 de l'Ined (2024), les rencontres en ligne concernent désormais un premier couple sur quatre.

Sommaire
  1. Où les couples se rencontraient-ils dans les années 1960 ?
  2. Quels lieux ont remplacé le bal ?
  3. Quelle place prennent internet et les applications ?
  4. Qui forme son couple en ligne ?
  5. Une rencontre en ligne mène-t-elle au couple ?
  6. Premier partenaire, premier conjoint : un lien qui s'est défait ?
  7. Pourquoi ces chiffres sont-ils difficiles à comparer ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Où les couples se rencontraient-ils dans les années 1960 ?

Au bal, d'abord. Parmi les personnes qui ont formé leur premier couple entre 1960 et 1968, 24,8 % des hommes et 23,4 % des femmes avaient rencontré leur conjoint dans un bal public, selon l'enquête Contexte de la sexualité en France de 2006 analysée par Michel Bozon et Wilfried Rault [1]. Le voisinage et la rue venaient ensuite, avec 11,8 % et 13,4 %, à égalité avec les lieux publics [1].

Ces chiffres reposent sur un échantillon aléatoire de 12 364 personnes de 18 à 69 ans, nées entre 1937 et 1988 et interrogées par téléphone [1]. Chacune a indiqué où elle avait rencontré son premier conjoint, ce qui permet de suivre les lieux de rencontre selon la période de mise en couple [1]. La sociologie française disposait déjà d'enquêtes plus anciennes, comme celle d'Alain Girard sur le choix du conjoint, publiée en 1964 [1].

La famille et le travail comptaient aussi. Dans les années 1960, environ 8 % des hommes et des femmes avaient rencontré leur conjoint au travail, et 7 à 8 % par la famille [1]. Les fêtes publiques en réunissaient encore 5,6 % chez les hommes et 4,3 % chez les femmes [1]. Avec le bal et le voisinage, plus de quatre rencontres sur dix se faisaient alors dans l'espace local et collectif.

Des écarts sociaux existaient. Au début des années 1970, 15 % des rencontres de conjoints des plus diplômés avaient lieu lors de soirées entre amis, contre 5 % chez les moins diplômés [1].

Où les Français ont rencontré leur premier conjoint, selon la période de mise en couple (en %, hommes / femmes)

Lieu de rencontre1960-19681984-19901999-2006
Bal24,8 / 23,45,4 / 7,41,3 / 1,3
Soirée entre amis6,6 / 10,816,9 / 16,020,8 / 19,8
Études8,4 / 5,111,0 / 10,417,7 / 17,5
Lieu public12,4 / 11,614,4 / 14,216,7 / 15,0
Travail8,9 / 8,112,2 / 9,310,3 / 9,4
Boîte de nuit1,4 / 1,412,0 / 13,39,3 / 8,8
Voisinage, rue11,8 / 13,44,7 / 6,05,0 / 5,4
Internet0 / 00 / 01,6 / 2,5

Quels lieux ont remplacé le bal ?

Les soirées entre amis, les études et les lieux publics ont pris le relais. Pour les couples formés entre 1999 et 2006, 20,8 % des hommes et 19,8 % des femmes avaient rencontré leur premier conjoint lors d'une soirée entre amis, 17,7 % et 17,5 % pendant leurs études, 16,7 % et 15,0 % dans un lieu public [1]. Le travail restait stable, autour de 10 % [1].

Le bal a presque disparu en une génération. Il est passé d'environ un quart des premières unions dans les années 1960 à environ 11 % pour les couples formés entre 1976 et 1983, puis à 1,3 % au début des années 2000 [1]. La boîte de nuit l'a remplacé un temps, avec un maximum de 12 à 13 % pour les couples formés entre 1984 et 1990, avant de reculer à 9 % [1].

Les chercheurs décrivent une stabilisation à partir des années 1980. Selon Bozon et Rault, le bal devient marginal, les soirées entre amis s'imposent et les lieux publics se placent au troisième rang des cadres de rencontre, derrière les études et les soirées [1]. Le voisinage, encore important dans les années 1960, cède sa place aux lieux publics, comme l'avait déjà noté la comparaison avec l'enquête de 1964 [1].

L'allongement des études explique une partie du changement. Pour la rencontre du premier partenaire sexuel, les études étaient le premier cadre entre 1984 et 2006, cité par 38,7 % des hommes et 24,9 % des femmes [1]. Elles sont aussi devenues un lieu fréquent de rencontre du conjoint, avec près de 18 % des premières unions au début des années 2000 [1].

Quelle place prennent internet et les applications ?

Une place désormais majeure. Selon les premiers résultats de l'enquête Erfi 2, menée par l'Ined en 2024 auprès d'environ 12 800 personnes de 18 à 79 ans, les rencontres en ligne concernent un premier couple sur quatre, un niveau proche de la moyenne européenne, tandis que les rencontres dans un cadre festif reculent [7]. La fiche correspondante est signée par Milan Bouchet-Valat et Marie Bergström [7].

La progression est récente. Pour les couples formés entre 1999 et 2006, internet ne représentait encore que 1,6 % des rencontres de premier conjoint chez les hommes et 2,5 % chez les femmes [1]. Avant internet, les intermédiaires restaient rares : en 1985, 2 % des 21-44 ans avaient eu recours à une agence matrimoniale ou à une petite annonce, et un couple sur deux cents se formait ainsi [4]. En 1992, 3 % des femmes et 10 % des hommes de 18 à 69 ans avaient utilisé le Minitel ou des messageries téléphoniques de rencontre [4].

L'usage des sites s'est ensuite diffusé. En 2006, 10 % des femmes et 13 % des hommes s'étaient déjà inscrits sur un site de rencontre, et environ un tiers des 18-24 ans [2]. L'enquête Épic de l'Ined et de l'Insee, menée en 2013-2014, comptait 12 % des femmes et 16 % des hommes de 26 à 65 ans déjà inscrits, et 25 % et 28 % parmi les personnes qui ne vivaient pas en couple [3].

L'enquête Contexte des sexualités en France de 2023 mesure les rencontres de partenaires sexuels. Parmi les 18-89 ans, 17,9 % des femmes et 23,7 % des hommes ont déjà rencontré un partenaire par un site ou une application ; avant 30 ans, la part atteint 39,4 % et 43,5 % [6]. Elle tombe à 6,0 % et 7,7 % chez les 60-69 ans [6].

Qui forme son couple en ligne ?

Surtout des personnes qui se remettent en couple. Selon l'Ined, les couples formés en ligne sont plus récents que les autres, correspondent moins souvent à une première union et ont moins souvent des enfants ensemble ; ils jouent un rôle dans la formation des familles recomposées [7]. Marie Bergström observe la même tendance en France, en Allemagne et aux États-Unis, où les couples nés en ligne réunissent surtout des personnes déjà séparées [8].

Les jeunes trouvent leur premier conjoint ailleurs. Ils disposent de nombreux autres lieux de rencontre, études, amis et sorties, et recourent moins aux services de rencontre pour une première relation, selon la sociologue [8]. Environ la moitié des personnes séparées sont de nouveau en couple deux ans après la rupture, selon elle [8].

Les couples de même sexe se rencontrent beaucoup plus souvent en ligne. Pour eux, internet est de loin le premier mode de rencontre, d'après Marie Bergström [8]. Elle relève aussi qu'internet figure, dans la plupart des pays, parmi les cinq premiers modes de rencontre, sans être forcément le premier [8].

L'usage dépend aussi de la situation conjugale. En 2013-2014, l'inscription sur un site concernait un peu plus d'une personne sur quatre parmi celles qui ne vivaient pas en couple, deux fois plus que dans l'ensemble des 26-65 ans [3]. Ce lien rejoint la question du célibat en France, dont les chiffres sont présentés dans un article dédié.

Une rencontre en ligne mène-t-elle au couple ?

Pas toujours, et souvent pas durablement. Dans sa présentation de 2020, Marie Bergström souligne que les relations nouées en ligne sont souvent de courte durée [4]. Les chiffres de l'enquête CSF-2023 portent d'ailleurs sur des partenaires sexuels, et non sur des conjoints : avoir rencontré un partenaire en ligne ne signifie pas avoir formé un couple [6].

L'enquête de 2006 le montrait déjà. Entre 4 et 6 % des femmes de 18 à 34 ans et entre 7 et 10 % des hommes de 18 à 39 ans avaient eu des rapports avec un partenaire rencontré sur internet, alors que les inscriptions étaient bien plus nombreuses [2]. La rencontre en ligne ouvre un éventail de relations, de l'histoire courte à la vie commune.

Pour Marie Bergström, la nouveauté tient d'abord au cadre de la rencontre. Dans son livre Les Nouvelles Lois de l'amour, paru aux éditions La Découverte en mars 2019, elle soutient que les sites et applications changent moins les attitudes sexuelles que le lieu de la rencontre, qui se déroule désormais en dehors de l'entourage et souvent à son insu [5].

Premier partenaire, premier conjoint : un lien qui s'est défait ?

Oui, très nettement. Parmi les femmes nées entre 1936 et 1945, 68 % avaient épousé ou eu pour conjoint leur premier partenaire sexuel, contre 19 % de celles nées après 1981 ; chez les hommes, la part est passée de 34 % à 10 % [1]. Les lieux où l'on rencontre un premier partenaire et ceux où l'on rencontre un conjoint ne se confondent donc plus.

L'enquête de 2006 en donnait une autre mesure. 70 % des femmes de 60 à 69 ans déclaraient que leur premier partenaire était ou était devenu leur conjoint, contre 20 % des femmes de 20 à 24 ans [2]. Pour les relations commencées entre 1984 et 2006, 32,7 % des premiers partenaires des femmes et 16,9 % de ceux des hommes sont devenus leur premier conjoint [1].

Ce décalage pèse sur la formation des couples. Les premières relations se nouent souvent pendant les études, premier cadre de rencontre du premier partenaire [1], alors que la vie commune et le mariage viennent plus tard. Les formes que prend ensuite cette vie commune sont décrites dans l'article sur l'union libre, le PACS et le mariage.

Pourquoi ces chiffres sont-ils difficiles à comparer ?

Parce que les enquêtes ne posent pas la même question. Certaines portent sur le lieu de rencontre du premier conjoint [1], d'autres sur l'inscription à un site [2][3], d'autres encore sur la rencontre d'un partenaire sexuel [6] ou sur l'ensemble des couples récents [7]. Un même chiffre peut ainsi décrire une première union, une relation brève ou une remise en couple.

Les périodes et les âges diffèrent aussi. L'enquête CSF 2006 couvre les 18-69 ans, Épic les 26-65 ans, CSF-2023 les 15-89 ans et Erfi 2 les 18-79 ans [1][3][6][7]. Les données les plus détaillées sur les lieux de rencontre remontent aux couples formés jusqu'en 2006, avant la diffusion des applications sur smartphone [1].

Ces enquêtes reposent enfin sur des déclarations. Au milieu des années 2000, des couples formés en ligne taisaient souvent l'origine de leur rencontre, par crainte qu'elle jette un doute sur leur relation, selon Marie Bergström [8]. Les grandes enquêtes publiques sur la vie privée sont présentées dans l'article sur les enquêtes nationales sur la sexualité, et les premiers résultats d'Erfi 2 dans l'article sur l'enquête Erfi 2 de l'Ined.

Questions fréquentes

Où les couples se rencontrent-ils le plus souvent en France ?

Lors de soirées entre amis, pendant les études et dans des lieux publics, pour les premiers couples formés entre 1999 et 2006 [1]. Ces trois cadres réunissaient chacun entre 15 et 21 % des rencontres, devant le travail, autour de 10 % [1]. Depuis, internet s'est imposé : il concerne un premier couple sur quatre selon l'enquête Erfi 2 de 2024 [7].

Quelle part des couples se forme sur internet ?

Environ un premier couple sur quatre, selon les premiers résultats de l'enquête Erfi 2 de l'Ined, menée en 2024 [7]. Ce niveau est proche de la moyenne européenne [7]. Pour les couples formés entre 1999 et 2006, la part n'était que de 1,6 % chez les hommes et 2,5 % chez les femmes [1].

Combien de Français ont rencontré un partenaire sur un site ou une application ?

17,9 % des femmes et 23,7 % des hommes de 18 à 89 ans, selon l'enquête Contexte des sexualités en France de 2023 [6]. Avant 30 ans, ces parts atteignent 39,4 % et 43,5 % [6]. Il s'agit de partenaires sexuels, pas forcément de conjoints.

Le bal était-il le premier lieu de rencontre autrefois ?

Oui. Pour les couples formés entre 1960 et 1968, 24,8 % des hommes et 23,4 % des femmes avaient rencontré leur premier conjoint au bal [1]. Cette part est tombée à 1,3 % pour les couples formés entre 1999 et 2006 [1].

Rencontre-t-on encore son conjoint au travail ?

Oui, mais dans une proportion stable et minoritaire. Le travail a été le cadre d'environ 8 à 12 % des rencontres de premier conjoint depuis les années 1960, et de 10,3 % chez les hommes et 9,4 % chez les femmes entre 1999 et 2006 [1].

Les couples formés en ligne sont-ils différents des autres ?

Oui. Selon l'Ined, ils sont plus récents, correspondent moins souvent à une première union et ont moins souvent des enfants ensemble [7]. Ils participent davantage à la formation de familles recomposées, et internet est le premier mode de rencontre des couples de même sexe [7][8].

Que dit Marie Bergström des rencontres en ligne ?

Que les applications changent surtout le cadre de la rencontre, désormais tenu à l'écart de l'entourage. C'est la thèse de son livre Les Nouvelles Lois de l'amour, publié en 2019 aux éditions La Découverte [5]. Chercheuse à l'Ined, elle observe que les couples nés en ligne réunissent surtout des personnes qui se remettent en couple [8].

Sources

  1. ined.fr — https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/177/publi_pdf1_population_fr_2012.3_lieux.de_rencontre_couple.fr.pdf
  2. presse.inserm.fr — https://presse.inserm.fr/wp-content/uploads/2017/01/2007_03_13_CP_1erResultEnqueteCSF.pdf
  3. statistique-et-societe.fr — https://statistique-et-societe.fr/index.php/stat_soc/article/view/661/627
  4. ses.ens-lyon.fr — https://ses.ens-lyon.fr/fichiers/Articles/cycle-re-lire-les-sciences-sociales/diaporama-bergstrom-2020-02-10.pdf
  5. livres-medicaux.com — https://www.livres-medicaux.com/sexologie/17872-les-nouvelles-lois-de-l-amour-sexualite-couple-et-rencontres-au-temps-du-numerique-9782707198945.html
  6. anrs.fr — https://anrs.fr/wp-content/uploads/2024/11/rapp-csf-web.pdf
  7. archined.ined.fr — https://archined.ined.fr/download/publication/xqiw0J4Bz90TsWno9kOI/fe7bd4335e59548d194f49a357ff205a1783360109112.pdf
  8. lepetitjournal.com — https://lepetitjournal.com/stockholm/marie-bergstrom-sociologue-de-lamour-numerique-292426

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

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