Ce que disent les enquêtes nationales sur la sexualité en France
Que révèle la dernière enquête de l'Inserm sur la sexualité en France ?
L'enquête Contexte des sexualités en France (CSF-2023), menée par l'Inserm et publiée en novembre 2024, a interrogé 31 518 personnes de 15 à 89 ans. Elle montre un premier rapport plus tardif qu'au milieu des années 2000, à 18,2 ans pour les femmes et 17,7 ans pour les hommes, une baisse de l'activité sexuelle déclarée et des trajectoires plus diverses.
Quelles grandes enquêtes ont étudié la sexualité en France ?
La France dispose de quatre enquêtes nationales sur la sexualité, menées à intervalles réguliers depuis 1970. La première, connue sous le nom de « rapport Simon », a interrogé 2 600 personnes en 1970 ; ses résultats ont été publiés en 1972 [1]. Elle a ouvert la voie à une approche statistique d'un sujet longtemps resté hors du champ de la science, quelques années après la révolution sexuelle de Mai 68.
La deuxième, l'enquête ACSF (Analyse des comportements sexuels en France), a été réalisée en 1992 auprès de 20 000 personnes, sous la direction d'Alfred Spira et de Nathalie Bajos [1]. Elle s'inscrivait dans le contexte de l'épidémie de sida. La troisième, l'enquête CSF de 2006, a interrogé 12 364 personnes de 18 à 69 ans entre septembre 2005 et mars 2006, sous la direction de Nathalie Bajos, de l'Inserm, et de Michel Bozon, de l'Ined [1][3].
Cette enquête de 2006 était financée par l'ANRS, avec le soutien de la Fondation de France, de la Drees et de l'Inpes [3]. Ses premiers résultats ont été présentés le 13 mars 2007 [3].
La quatrième, CSF-2023, a été lancée et financée par l'ANRS Maladies infectieuses émergentes et conduite par des équipes de l'Inserm et de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne [2]. Les premiers résultats ont été rendus publics le 13 novembre 2024 [2].
Repères chronologiques
- 1970Enquête dite « rapport Simon » auprès de 2 600 personnes, publiée en 1972.
- 1992Enquête ACSF auprès de 20 000 personnes, dirigée par Alfred Spira et Nathalie Bajos.
- 2006Enquête CSF auprès de 12 364 personnes de 18 à 69 ans (Nathalie Bajos, Michel Bozon).
- 2022-2023Terrain de l'enquête CSF-2023 en métropole, de novembre 2022 à décembre 2023.
- 2024Publication des premiers résultats de CSF-2023, le 13 novembre.
- 2026Publication des premiers résultats du volet outre-mer (Guadeloupe, Martinique, Guyane, La Réunion), le 14 avril.
Indicateurs des enquêtes nationales, personnes de 18 à 69 ans sauf mention (Inserm)
| Indicateur | 1992 (ACSF) | 2006 (CSF) | 2023 (CSF) |
|---|---|---|---|
| Femmes ayant eu une activité sexuelle avec un partenaire dans l'année | 86,4 % | 82,9 % | 77,2 % |
| Hommes ayant eu une activité sexuelle avec un partenaire dans l'année | 92,1 % | 89,1 % | 81,6 % |
| Nombre moyen de partenaires au cours de la vie, femmes | 3,4 | 4,5 | 7,9 |
| Nombre moyen de partenaires au cours de la vie, hommes | 11,2 | 11,9 | 16,4 |
| Femmes déclarant des rapports forcés ou tentatives | - | 15,9 % | 29,8 % |
| Hommes déclarant des rapports forcés ou tentatives | - | 4,6 % | 8,7 % |
| Contraception au premier rapport, femmes (premier rapport en 2004-2006 / 2019-2023) | - | 98,3 % | 87,2 % |
| Taux de réponse de l'enquête | - | 74,6 % | 34 % (métropole) |
Comment l'enquête CSF-2023 a-t-elle été menée ?
Elle repose sur un échantillon tiré au sort de 31 518 personnes : 21 259 en France métropolitaine et 10 259 dans quatre départements d'outre-mer [1]. Elle couvre pour la première fois les 15 à 89 ans, alors que les éditions précédentes s'arrêtaient à 69 ans [1]. En métropole, le terrain s'est déroulé de novembre 2022 à décembre 2023, par téléphone, avec 133 enquêteurs de l'institut Ipsos [1].
Une partie des participants a complété un questionnaire en ligne : 17 135 adultes au total [1][4]. Un volet biologique, coordonné par Santé publique France, a proposé un autoprélèvement pour le dépistage d'infections sexuellement transmissibles à 5 735 personnes de 18 à 59 ans [1][4]. Le taux de réponse en métropole s'élève à 34 % [1].
L'équipe scientifique est dirigée par la sociologue Nathalie Bajos, l'épidémiologiste Caroline Moreau, toutes deux à l'Inserm, et la démographe Armelle Andro, de l'université Paris 1 [1]. L'enquête doit fournir des indicateurs pour la stratégie nationale de santé sexuelle à l'horizon 2030 [4].
Un volet ultramarin publié en avril 2026
Les résultats des outre-mer ont été présentés séparément, le 14 avril 2026, par l'Inserm et l'ANRS-MIE [5]. Ils portent sur la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et La Réunion, où 10 259 personnes de 15 à 89 ans ont été interrogées par téléphone et par internet entre mai 2023 et janvier 2024 [5]. Les auteurs invitent à tenir compte des contextes locaux avant de comparer les territoires, et annoncent des analyses thématiques ultérieures [5].
À quel âge a lieu le premier rapport sexuel ?
L'âge médian au premier rapport se situe aujourd'hui autour de 18 ans, après avoir longtemps baissé. Cet âge médian est celui auquel la moitié d'une génération a eu son premier rapport. Au début des années 1960, il se situait autour de 20,1 ans pour les femmes et 18,8 ans pour les hommes, puis il est descendu jusqu'à 17,3 ans pour les deux sexes au milieu des années 2000 [1].
L'enquête de 2023 observe une remontée. Pour les personnes ayant eu 18 ans entre 2019 et 2023, l'âge médian atteint 18,2 ans chez les femmes et 17,7 ans chez les hommes [1]. C'est un retournement de tendance après plusieurs décennies de baisse.
L'écart entre hommes et femmes s'est réduit sur le long terme. L'enquête de 2006 relevait que, dans les générations les plus anciennes, les femmes avaient leur premier rapport environ deux ans après les hommes ; l'écart n'était plus que de quelques mois chez les plus jeunes [3]. La même enquête notait que 70 % des femmes de 60 à 69 ans avaient eu pour premier partenaire leur futur conjoint, contre 20 % des femmes de 20 à 24 ans [3].
Les outre-mer présentent des situations contrastées. En 2023, l'âge médian au premier rapport des femmes va de 17,4 ans en Guyane à 18,9 ans à La Réunion, celui des hommes de 15,7 ans en Guyane à 18,1 ans en Martinique [5]. Sauf en Guyane, il a augmenté pour les deux sexes depuis 2008 [5].
Activité sexuelle et partenaires : qu'est-ce qui a changé depuis 1992 ?
L'activité sexuelle déclarée a diminué, tandis que le nombre de partenaires au cours de la vie a augmenté. La part des personnes de 18 à 69 ans ayant eu une activité sexuelle avec un partenaire au cours des douze derniers mois est passée de 86,4 % en 1992 à 77,2 % en 2023 chez les femmes, et de 92,1 % à 81,6 % chez les hommes [1]. La fréquence déclarée sur les quatre dernières semaines a aussi baissé [1].
Le nombre moyen de partenaires au cours de la vie est passé de 3,4 en 1992 à 7,9 en 2023 chez les femmes, et de 11,2 à 16,4 chez les hommes [1]. L'écart entre les sexes reste important. Dans les outre-mer, il se réduit chez les plus jeunes ; en Martinique, les femmes de 18 à 29 ans déclarent même davantage de partenaires que les hommes du même âge [5].
Ces deux tendances ne sont pas contradictoires : on peut connaître plus de partenaires au fil de la vie tout en déclarant moins de rapports sur une période donnée. Pour la baisse de l'activité, l'équipe avance plusieurs pistes d'explication, comme la baisse de la vie en couple avant 69 ans, une sociabilité amoureuse de plus en plus numérique et les effets de la crise sanitaire sur la santé mentale des jeunes [1].
L'absence d'activité n'est pas forcément vécue comme un manque. Parmi les femmes de 18 à 29 ans sans rapport dans l'année, 87,3 % disent que cette situation leur convient [1]. En 2023, 45,3 % des femmes et 39,0 % des hommes se déclarent très satisfaits de leur vie sexuelle actuelle [1].
Orientations, rencontres, contraception : quelles autres évolutions ?
L'enquête de 2023 montre surtout une diversification des attirances et des façons de se rencontrer, et une contraception moins systématique au premier rapport. Les écarts entre générations sont marqués sur chacun de ces points. Ils illustrent la diversification des pratiques et des trajectoires, l'un des axes d'analyse retenus par l'équipe de recherche [4].
Les attirances déclarées se sont élargies chez les jeunes. Parmi les 18-29 ans, 32,3 % des femmes et 13,8 % des hommes disent avoir déjà été attirés par une personne de même sexe, contre 13,4 % et 7,6 % sur l'ensemble des 18-89 ans [1]. Les identités déclarées restent plus rares : chez les 18-29 ans, 2,6 % des femmes et 3,2 % des hommes se disent homosexuels, 9,6 % et 4,3 % bisexuels [1]. En 2006, 4,0 % des femmes et 4,1 % des hommes déclaraient avoir déjà eu des pratiques avec une personne de même sexe [3].
Les opinions ont aussi évolué. En 2023, 69,6 % des femmes et 56,2 % des hommes estiment que l'homosexualité est une sexualité comme les autres [1]. Dans les outre-mer, cette opinion est moins répandue : elle va de 21,3 % des femmes en Guyane à 48,6 % à La Réunion [5].
Internet occupe une place croissante dans les rencontres. 17,9 % des femmes et 23,7 % des hommes ont déjà rencontré un partenaire par un site ou une application ; avant 30 ans, ces parts atteignent 39,4 % et 43,5 % [1].
La contraception au premier rapport recule. Parmi les personnes dont le premier rapport date de 2019-2023, 87,2 % des femmes et 92,3 % des hommes ont utilisé une méthode, contre 98,3 % et 97,1 % pour la période 2004-2006 [1]. Chez les femmes de 18 à 49 ans concernées, 91,0 % utilisent une contraception, d'abord le stérilet (27,7 %) puis la pilule (26,8 %) [1]. Ces évolutions s'inscrivent dans une longue histoire de la contraception.
Que disent ces enquêtes des violences sexuelles ?
Elles montrent une forte hausse des violences sexuelles déclarées entre 2006 et 2023. La part des femmes de 18 à 69 ans déclarant avoir subi un rapport forcé ou une tentative au cours de leur vie est passée de 15,9 % à 29,8 % ; chez les hommes, de 4,6 % à 8,7 % [1]. Chez les femmes de 18 à 29 ans, la part atteint 36,8 % [1].
Les auteurs soulignent que cette hausse traduit en partie une plus grande disposition à parler de ces violences et une définition plus large de ce qui est reconnu comme tel [1]. Elle ne mesure donc pas seulement une augmentation du nombre de faits.
Les outre-mer présentent des niveaux comparables. Entre 22,7 % des femmes de 18 à 89 ans à La Réunion et 28,7 % en Guyane déclarent avoir subi un rapport forcé ou une tentative [5]. Ces chiffres ont nourri le débat public sur le consentement, retracé dans notre article sur les débats publics autour du couple.
Quelles sont les limites de ces chiffres ?
Ces chiffres sont déclaratifs et dépendent de la méthode, ce qui impose de les comparer avec prudence. Ils reposent sur ce que les personnes acceptent de dire à un enquêteur ou dans un questionnaire. Les méthodes et la formulation des questions ont aussi évolué entre 1970 et 2023, ce qui rend certaines comparaisons délicates [1].
La participation a fortement baissé. L'enquête de 2006 avait obtenu un taux de réponse de 74,6 % [3], contre 34 % en métropole pour celle de 2023 [1]. Les résultats sont donc pondérés pour rester représentatifs de la population [1].
Les auteurs mettent aussi en garde contre les rapprochements avec les sondages en ligne fondés sur des panels volontaires, dont les échantillons ne sont pas tirés au sort [1]. Les chiffres de ces sondages, souvent repris dans la presse, ne sont donc pas directement comparables à ceux des enquêtes nationales.
Ces enquêtes n'interrogent pas directement les normes religieuses ou morales. Elles décrivent des comportements et des contextes, sans les juger, et servent d'abord à orienter les politiques de santé publique [4].
Questions fréquentes
Qui a réalisé l'enquête CSF-2023 ?
L'enquête a été conduite par des chercheurs de l'Inserm et de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, à l'initiative et avec le financement de l'ANRS Maladies infectieuses émergentes [2]. Elle est dirigée par Nathalie Bajos, Caroline Moreau et Armelle Andro [1]. Santé publique France a coordonné son volet biologique.
Combien de personnes ont été interrogées ?
L'enquête CSF-2023 a interrogé 31 518 personnes de 15 à 89 ans, dont 21 259 en France métropolitaine et 10 259 dans quatre départements d'outre-mer [1]. C'est la plus vaste des quatre enquêtes nationales réalisées depuis 1970.
Quel est l'âge médian du premier rapport sexuel en France ?
Pour les personnes ayant eu 18 ans entre 2019 et 2023, il est de 18,2 ans chez les femmes et de 17,7 ans chez les hommes, selon l'Inserm [1]. Il était descendu à 17,3 ans pour les deux sexes au milieu des années 2000. Au début des années 1960, il dépassait 20 ans chez les femmes.
Les Français ont-ils moins de relations sexuelles qu'avant ?
Les déclarations vont dans ce sens. En 2023, 77,2 % des femmes et 81,6 % des hommes de 18 à 69 ans disent avoir eu une activité sexuelle avec un partenaire dans l'année, contre 82,9 % et 89,1 % en 2006 [1]. Le nombre moyen de rapports déclarés sur les quatre dernières semaines est aussi passé de 8,6 à 6,0 chez les femmes, et de 8,7 à 6,7 chez les hommes [1].
Qu'est-ce que le rapport Simon ?
C'est la première enquête nationale sur la sexualité en France. Réalisée en 1970 auprès de 2 600 personnes, elle a été publiée en 1972 [1]. Elle a été suivie par les enquêtes ACSF en 1992, CSF en 2006 et CSF-2023.
Quels sont les résultats de l'enquête dans les outre-mer ?
Les premiers résultats, publiés le 14 avril 2026, portent sur 10 259 personnes en Guadeloupe, en Martinique, en Guyane et à La Réunion [5]. L'âge médian au premier rapport y varie fortement selon le territoire, et l'écart de partenaires entre hommes et femmes se réduit chez les jeunes. Entre 22,7 % et 28,7 % des femmes déclarent avoir subi un rapport forcé ou une tentative [5].
Quelle part des jeunes se dit homosexuelle ou bisexuelle ?
Parmi les 18-29 ans, 2,6 % des femmes et 3,2 % des hommes se déclarent homosexuels, et 9,6 % des femmes et 4,3 % des hommes bisexuels, selon l'enquête CSF-2023 [1]. Les attirances déclarées pour une personne de même sexe sont plus fréquentes que ces identités : elles concernent 32,3 % des jeunes femmes et 13,8 % des jeunes hommes [1].
Les résultats de l'enquête CSF-2023 sont-ils fiables ?
Oui, dans les limites de toute enquête déclarative. L'échantillon a été tiré au sort et les résultats sont pondérés pour corriger un taux de réponse de 34 % en métropole [1]. Les comparaisons avec les éditions précédentes doivent tenir compte des changements de méthode et de formulation des questions.
Sources
- anrs.fr — https://anrs.fr/wp-content/uploads/2024/11/rapp-csf-web.pdf
- anrs.fr — https://anrs.fr/en/all-news/first-results-national-survey-contexts-of-sexualities-in-france-2023/
- presse.inserm.fr — https://presse.inserm.fr/wp-content/uploads/2017/01/2007_03_13_CP_1erResultEnqueteCSF.pdf
- santementale.fr — https://www.santementale.fr/2024/11/quel-contexte-des-sexualites-en-france-en-2023/
- anrs.fr — https://anrs.fr/wp-content/uploads/2026/04/dossier-de-presse-13042025.pdf
Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.