Société

Infidélité en France : ce que disent vraiment les enquêtes

Par la rédaction de fornication.frVérifié le Lecture : 10 min7 sources
Illustration : un médaillon avec un graphique, devant Notre-Dame de Paris, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Combien de Français ont déjà été infidèles selon les enquêtes ?

Aucune statistique officielle ne mesure l'infidélité en France. L'enquête publique CSF de 2006 (Inserm, Ined) indiquait que 2,8 % des femmes et 5,3 % des hommes en couple depuis au moins un an avaient eu un autre partenaire dans l'année. Les sondages Ifop commandés par le site Gleeden, sur une autre question, avancent des chiffres bien plus élevés.

Sommaire
  1. Existe-t-il des statistiques officielles sur l'infidélité en France ?
  2. Que mesurait l'enquête publique CSF de 2006 ?
  3. Que montre l'enquête Contexte des sexualités en France de 2023 ?
  4. D'où viennent les chiffres de 40 à 55 % d'infidèles ?
  5. Les hommes et les femmes déclarent-ils la même chose ?
  6. La fidélité reste-t-elle une norme en France ?
  7. Que dit le droit français de l'infidélité ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Existe-t-il des statistiques officielles sur l'infidélité en France ?

Non : ni l'Insee ni l'état civil ne recensent l'infidélité, qui n'est ni un événement déclaré ni une infraction. Les seules données disponibles sont déclaratives. Elles proviennent soit des grandes enquêtes publiques sur la sexualité, conduites par des organismes de recherche sur des échantillons tirés au sort, soit de sondages réalisés par des instituts privés pour le compte d'entreprises [1][3].

Le mot lui-même n'a pas de définition statistique unique. Dans les sondages Ifop, être infidèle signifie avoir eu un rapport sexuel avec une autre personne que son partenaire, ou des rapports extraconjugaux à l'insu du conjoint [3][4]. Les enquêtes publiques posent plutôt une question neutre sur le nombre de partenaires au cours d'une période, sans employer le mot « infidélité » [2].

Ces deux familles de chiffres ne mesurent donc pas la même chose. La première répond à la question « combien de personnes en couple ont eu un autre partenaire cette année ? », la seconde à « combien de personnes disent avoir déjà été infidèles au cours de leur vie ? ». Les ordres de grandeur, de quelques pour cent à plus de la moitié, tiennent largement à cette différence.

Mesurer l'infidélité : enquêtes publiques et sondages commandés

EnquêteOrganisme et commanditaireMéthodeQuestionRésultat
CSF 2006Inserm et Ined, financement ANRSTéléphone, tirage aléatoire, 12 364 personnes de 18 à 69 ansAutre partenaire que le conjoint dans les 12 derniers mois (en couple depuis au moins un an)Femmes 2,8 %, hommes 5,3 %
Ifop 2014Ifop pour Gleeden, site de rencontres extraconjugalesEn ligne, quotas, 804 personnes de 18 ans et plusDéjà infidèle au cours de la vie (personnes en couple ou l'ayant été)Hommes 55 %, femmes 32 %, ensemble 43 %
Ifop 2025Ifop pour GleedenEn ligne, 2 000 personnes de 18 ans et plusFemmes ayant déjà eu des rapports extraconjugaux à l'insu du conjoint26 % (33 % en 2016)
Pew Research 2013Pew Research Center, 40 paysEnquête internationale publiée en 2014Les relations extraconjugales sont-elles moralement inacceptables ?France 47 %, médiane des 40 pays 78 %
CSF 2023Inserm, financement ANRS-MIETéléphone et internet, 31 518 personnes de 15 à 89 ansAucun indicateur d'infidélité dans les premiers résultatsNon publié

Que mesurait l'enquête publique CSF de 2006 ?

L'enquête Contexte de la sexualité en France de 2006 reste la seule source publique à chiffrer directement les partenaires extérieurs au couple. Parmi les personnes vivant en couple depuis au moins un an, 2,8 % des femmes et 5,3 % des hommes déclaraient au moins un autre partenaire sexuel que leur conjoint au cours des douze derniers mois [2]. Le chiffre porte sur une seule année, et non sur toute la vie conjugale.

Sa méthode est celle de la statistique publique. L'enquête, dirigée par Nathalie Bajos (Inserm) et Michel Bozon (Ined), a interrogé par téléphone 12 364 personnes de 18 à 69 ans, entre le 27 septembre 2005 et le 24 mars 2006, après un tirage au sort en deux étapes [2]. Le taux de réponse atteignait 74,6 %, et les entretiens complets duraient en moyenne 49 minutes [2].

La même enquête montrait la rareté du multipartenariat simultané au-delà de la jeunesse. Sur l'ensemble des 18-69 ans, 7,1 % des femmes et 12,5 % des hommes avaient eu au moins deux partenaires dans l'année, avec un maximum de 22,3 % chez les femmes de 18-19 ans et de 31,7 % chez les hommes de 20-24 ans [2]. Après 25 ans, ces proportions diminuaient et se rapprochaient entre les sexes [2].

Que montre l'enquête Contexte des sexualités en France de 2023 ?

L'enquête CSF-2023 ne publie pas, dans ses premiers résultats, d'indicateur d'infidélité. Présentés le 13 novembre 2024 par l'Inserm et l'ANRS-MIE, ces résultats portent sur 31 518 personnes de 15 à 89 ans, interrogées par téléphone puis, pour une partie, par internet, de novembre 2022 à décembre 2023 [1]. Le taux de réponse en métropole est de 34 % [1].

Elle mesure en revanche le multipartenariat, sans distinguer les personnes en couple. Chez les 18-29 ans, la part des personnes ayant eu plusieurs partenaires dans l'année est passée de 9,6 % en 1992 à 23,9 % en 2023 chez les femmes, et de 22,9 % à 32,3 % chez les hommes [1]. Ces chiffres incluent les célibataires, pour qui avoir plusieurs partenaires n'a rien d'une infidélité.

Le nombre moyen de partenaires au cours de la vie a aussi augmenté. Chez les femmes, il est passé de 3,4 en 1992 à 4,5 en 2006 puis à 7,9 en 2023 ; chez les hommes, de 11,2 à 11,9 puis à 16,4 [1]. Les détails de ces enquêtes sont présentés dans l'article sur les enquêtes nationales sur la sexualité.

Les auteurs mettent en garde contre les comparaisons avec les sondages non scientifiques. Selon eux, ces derniers reposent sur des échantillons qui ne sont pas véritablement représentatifs, construits par la méthode des quotas, avec d'autres modes de collecte et d'autres formulations [1].

D'où viennent les chiffres de 40 à 55 % d'infidèles ?

Ils viennent de sondages Ifop commandés par Gleeden, un site de rencontres extraconjugales lancé fin 2009 [3][5]. En janvier 2014, l'Ifop a interrogé pour ce site 804 personnes de 18 ans et plus, par questionnaire en ligne et selon la méthode des quotas [3]. Parmi les personnes en couple ou l'ayant été, 55 % des hommes, 32 % des femmes et 43 % de l'ensemble disaient avoir déjà été infidèles au cours de leur vie [3].

Le commanditaire a un intérêt direct au sujet. Gleeden se présentait en 2011 comme un site gratuit pour les femmes, où les hommes achètent des crédits, et revendiquait alors un million de membres dans le monde [5]. Le sondage de 2025 a d'ailleurs été diffusé à l'occasion d'une « journée de l'infidélité » fixée au 24 avril [4].

La série la plus récente porte sur les femmes. Selon le sondage Ifop pour Gleeden réalisé en ligne du 2 au 4 avril 2025 auprès de 2 000 personnes, 26 % des femmes reconnaissent avoir déjà eu des rapports extraconjugaux à l'insu de leur conjoint, contre 33 % en 2016 [4]. Le document publié ne donne pas de taux équivalent pour les hommes [4].

Ces sondages ne sont pas des statistiques officielles. Leurs questions portent sur toute la vie, pas sur une période donnée, et leurs échantillons en ligne ne sont pas tirés au sort, ce que soulignent les chercheurs de l'enquête CSF-2023 [1]. Ils renseignent sur des déclarations, à un moment donné, auprès d'un panel d'internautes.

Les hommes et les femmes déclarent-ils la même chose ?

Non : dans toutes les sources, les hommes déclarent plus souvent que les femmes des partenaires extérieurs au couple. L'écart va presque du simple au double dans l'enquête publique de 2006, avec 5,3 % des hommes contre 2,8 % des femmes [2], et il est de 23 points dans le sondage Ifop de 2014 [3].

Une partie de l'écart tient à la manière de déclarer. En 2006, selon le communiqué de l'Inserm de 2007, les femmes déclaraient en moyenne 4,4 partenaires au cours de leur vie et les hommes 11,6, ce qui n'est pas arithmétiquement cohérent dans une population fermée [2] ; le rapport de 2024 donne des valeurs très proches pour la même enquête, 4,5 et 11,9 [1]. Les chercheurs l'expliquaient par le fait que les hommes comptent tous leurs partenaires, alors que beaucoup de femmes ne retiennent que ceux qui ont compté pour elles [2].

Les normes restent différenciées selon le sexe. En 2006, 57 % des hommes de 18 à 24 ans estimaient qu'on peut avoir des rapports sexuels avec quelqu'un sans l'aimer, contre 28 % des femmes du même âge [2]. Les auteurs y voyaient la persistance d'une attente sociale qui situe la sexualité féminine dans le couple [2].

Les écarts se réduisent toutefois chez les plus jeunes. La hausse du nombre de partenaires déclarés depuis 1992 est plus forte chez les femmes que chez les hommes [1], et l'écart de multipartenariat entre jeunes femmes et jeunes hommes est passé de 13 points en 1992 à 8 points en 2023 [1].

La fidélité reste-t-elle une norme en France ?

Oui, mais elle est moins souvent présentée comme une question morale qu'ailleurs. Selon le Pew Research Center, qui a interrogé des habitants de 40 pays en 2013, 47 % des Français jugeaient moralement inacceptable qu'une personne mariée ait une liaison, 12 % l'estimaient acceptable et environ 40 % n'y voyaient pas une question morale [6]. La France était le seul pays où moins de la moitié des personnes interrogées condamnaient l'infidélité, pour une médiane de 78 % [6].

Ce résultat ne signifie pas que l'infidélité soit approuvée. Une large part des Français la classent hors du champ moral, comme une affaire privée entre conjoints, ce qui rejoint l'évolution du droit depuis 1975. Les comportements déclarés dans les enquêtes publiques restent d'ailleurs très majoritairement exclusifs au sein des couples [2].

D'autres formes de relations sont désormais mesurées. Le sondage Ifop pour Gleeden de 2025 estime que 8 % des Français se disent actuellement en couple ouvert, et que 15 % des personnes ayant déjà vécu en couple ont connu une relation de ce type [4]. Chez les femmes, la part se déclarant en couple ouvert serait passée de 1 % en 2017 à 5 % en 2025 [4]. Ces chiffres relèvent de la même méthode en ligne et appellent la même prudence.

Que dit le droit français de l'infidélité ?

L'infidélité n'est plus une infraction pénale depuis 1975, mais la fidélité reste un devoir civil des époux. L'article 212 du Code civil dispose que les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours et assistance [7]. Le rapport du Sénat d'avril 2026 précise que cette fidélité s'entend d'abord comme une exclusivité sexuelle [7].

Le droit a longtemps sanctionné l'adultère. Il a été une cause explicite de divorce de 1884 à 1975, et il relevait du droit pénal jusqu'à cette dernière date [7]. Cette histoire est retracée dans l'article sur la dépénalisation de l'adultère en 1975. Les règles de preuve devant le juge sont détaillées dans notre article sur l'adultère et le divorce pour faute, et la situation des couples non mariés dans celui sur l'infidélité dans le PACS et l'union libre.

Aujourd'hui, l'infidélité ne produit d'effet qu'à travers le divorce pour faute. Elle doit constituer une violation grave ou renouvelée des devoirs du mariage rendant intolérable le maintien de la vie commune, au sens de l'article 242 du Code civil [7]. En 2024, 5 779 divorces pour faute ont été prononcés sur 58 726 divorces judiciaires, sans que les statistiques distinguent les motifs [7].

Ces règles expliquent que les chiffres judiciaires ne disent rien de l'ampleur réelle de l'infidélité. Les données sur les ruptures sont présentées dans l'article sur les divorces en France.

Questions fréquentes

Quel pourcentage de Français ont déjà été infidèles ?

Aucun chiffre officiel n'existe. Un sondage Ifop pour le site Gleeden, réalisé en ligne en 2014, donnait 43 % des personnes en couple ou l'ayant été, dont 55 % des hommes et 32 % des femmes [3]. L'enquête publique CSF de 2006 mesurait une autre chose : 2,8 % des femmes et 5,3 % des hommes en couple avaient eu un autre partenaire dans l'année [2].

Les hommes sont-ils plus infidèles que les femmes ?

Oui, d'après leurs déclarations, dans toutes les enquêtes disponibles. En 2006, 5,3 % des hommes en couple déclaraient un autre partenaire dans l'année, contre 2,8 % des femmes [2]. Les chercheurs rappellent que les hommes ont tendance à déclarer davantage de partenaires que les femmes, ce qui grossit l'écart [2].

L'enquête CSF 2023 mesure-t-elle l'infidélité ?

Non, pas dans ses premiers résultats publiés le 13 novembre 2024 [1]. Elle mesure le nombre de partenaires au cours de la vie et le multipartenariat dans l'année, sans le rapporter à la vie en couple [1]. Chez les 18-29 ans, 23,9 % des femmes et 32,3 % des hommes ont eu plusieurs partenaires dans l'année [1].

Qui commande les sondages sur l'infidélité ?

Le plus souvent, des entreprises du secteur des rencontres. Les sondages Ifop les plus cités ont été commandés par Gleeden, un site de rencontres extraconjugales lancé fin 2009 [3][5]. Ils sont réalisés en ligne, par la méthode des quotas, et ne sont pas comparables aux enquêtes publiques [1].

L'infidélité est-elle punie par la loi en France ?

Non. L'adultère n'est plus une infraction pénale depuis 1975 [7]. La fidélité reste toutefois un devoir des époux selon l'article 212 du Code civil, et son manquement peut justifier un divorce pour faute s'il rend la vie commune intolérable [7].

Les Français jugent-ils l'infidélité acceptable ?

Rarement, mais beaucoup la classent hors du champ moral. En 2013, seuls 12 % des Français jugeaient acceptable qu'une personne mariée ait une liaison, 47 % la jugeaient moralement inacceptable et environ 40 % n'y voyaient pas une question morale, selon le Pew Research Center [6]. La médiane des 40 pays étudiés atteignait 78 % de réprobation [6].

Combien de Français vivent en couple libre ?

Environ 8 %, selon un sondage Ifop réalisé en ligne en avril 2025 pour le site Gleeden auprès de 2 000 personnes [4]. Chez les femmes, la part déclarée serait passée de 1 % en 2017 à 5 % en 2025 [4]. Aucune enquête publique n'a publié de mesure comparable.

Sources

  1. anrs.fr — https://anrs.fr/wp-content/uploads/2024/11/rapp-csf-web.pdf
  2. presse.inserm.fr — https://presse.inserm.fr/wp-content/uploads/2017/01/2007_03_13_CP_1erResultEnqueteCSF.pdf
  3. ifop.com — https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2018/03/2471-1-study_file.pdf
  4. ifop.com — https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2025/04/analyse_FK-Gledeen-relu-1.pdf
  5. frenchweb.fr — https://www.frenchweb.fr/infidelite-gleeden-atteint-le-cap-du-million-inscrits-et-vise-etats-unis-50287/33352
  6. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/short-reads/2014/04/15/whats-morally-acceptable-it-depends-on-where-in-the-world-you-live/
  7. senat.fr — https://www.senat.fr/rap/l25-490/l25-490_mono.html

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

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