Société

Mariage et vie de couple : la France face au reste de l'Europe

Par la rédaction de fornication.frVérifié le Lecture : 10 min15 sources
L'essentiel

La France se marie-t-elle moins que les autres pays européens ?

La France se distingue en Europe par la place du couple non marié. En 2024, 59,7 % des enfants y sont nés hors mariage, contre 41,1 % en moyenne dans l'Union européenne, selon Eurostat. Seule la Bulgarie fait plus. La France garde pourtant la deuxième fécondité de l'UE, avec 1,61 enfant par femme en 2024.

Où la France se situe-t-elle pour les naissances hors mariage ?

Tout en haut du classement européen. Selon Eurostat, la part des naissances hors mariage atteignait 59,7 % en France en 2024, juste derrière la Bulgarie (61,9 %) [1]. Suivaient le Portugal (59,2 %), la Suède (57,1 %) et la Slovénie (55,5 %) [1]. En Estonie, la part est passée de 53,8 % en 2023 à 50,7 % en 2024 [1].

La moyenne de l'Union s'établit à 41,1 % : six enfants européens sur dix naissent donc encore de parents mariés [1]. Les écarts sont considérables. En Grèce, plus de 90 % des naissances ont lieu dans le mariage [1].

Le mouvement est général, mais d'intensité variable. À l'échelle de l'Union, la part des naissances hors mariage a plus que doublé depuis 1993, où elle n'était que de 17,7 % [1]. La France a fait partie des pays où ce changement a été le plus précoce et le plus profond.

La série d'Eurostat permet de dater ce basculement. La part des naissances hors mariage en France passe de 43,6 % en 2000 à 50,5 % en 2006, première année où elle dépasse la moitié, puis à 55,0 % en 2010 et 65,2 % en 2022 [11]. La valeur de 2023, 58,5 %, inaugure une nouvelle série, mesurée avec des bulletins de naissance rénovés [15]. Les causes et l'histoire de ce phénomène sont présentées dans notre article sur les naissances hors mariage.

Part des naissances hors mariage en 2024 (Eurostat)

PaysNaissances hors mariage
Bulgarie61,9 %
France59,7 %
Portugal59,2 %
Suède57,1 %
Slovénie55,5 %
Estonie50,7 %
Union européenne41,1 %
Grècemoins de 10 %

Se marie-t-on moins en France qu'ailleurs en Europe ?

Pas vraiment : la France se situe près de la moyenne européenne, mais la comparaison est plus délicate qu'il n'y paraît. Eurostat mesure la nuptialité par le taux brut, c'est-à-dire le nombre de mariages pour 1 000 habitants. En 2024, il s'élevait à 3,9 en moyenne dans l'Union [2]. Les taux les plus élevés s'observaient en Lettonie (5,5), en Roumanie (5,3) et en Autriche (5,0), les plus bas en Italie (2,9), en Slovénie (3,0) et en Bulgarie (3,2) [2].

Eurostat ne disposait pas de données françaises sur les mariages pour 2024 [1][2]. Les séries de l'Insee permettent toutefois de situer la France : son taux brut de nuptialité était de 5,0 pour 1 000 habitants en 2000, de 3,9 en 2010 et de 3,6 en 2014 et 2015 [4]. En 2025, l'Insee estime à 251 000 le nombre de mariages pour 69,1 millions d'habitants, soit environ 3,6 pour 1 000 selon notre calcul [8].

Sur le long terme, le recul est partagé. Le taux brut de nuptialité de l'Union est passé de 8,0 pour 1 000 habitants en 1964 à 3,9 en 2024, soit une baisse de plus de moitié [2]. Il était encore de 5,2 en 2000 [2].

La singularité française tient moins au nombre de mariages qu'à leur place dans la vie des couples. Le mariage y intervient souvent après la naissance des enfants, et le PACS offre une alternative très utilisée, avec 197 200 contrats en 2024 [8].

À quel âge se marie-t-on en Europe ?

Vers 33 à 35 ans pour les femmes en Europe de l'Ouest, du Nord et en partie du Sud, plus tôt dans l'Est. Selon Eurostat, l'âge moyen des femmes au premier mariage atteignait 35,2 ans en Espagne et en Suède en 2024, 34,2 ans en Italie, 33,3 ans au Portugal et 33,0 ans aux Pays-Bas [10]. La France, dont la dernière valeur date de 2022, se situait à 34,3 ans, un chiffre encore provisoire [10].

L'Europe centrale et orientale se marie plus jeune. En 2024, les femmes se mariaient pour la première fois à 29,3 ans en Bulgarie et à 28,9 ans en Pologne, selon une estimation provisoire [10]. La Grèce occupe une position intermédiaire, à 31,4 ans [10].

Les hommes se marient deux à trois ans plus tard. Leur âge moyen au premier mariage était de 37,4 ans en Suède, 37,3 ans en Espagne et 36,7 ans en Italie en 2024, contre 32,1 ans en Bulgarie [10]. En France, il était de 36,4 ans en 2022 [10]. Le détail de l'évolution française depuis 1946 figure dans notre article sur l'âge moyen au premier mariage.

Ces chiffres ne suivent pas la place du mariage dans les naissances. La Bulgarie, où les femmes se marient en moyenne avant 30 ans, compte aussi la plus forte part de naissances hors mariage [1][10]. La Suède, à l'inverse, associe mariage tardif et forte proportion de naissances hors mariage [1][10].

Divorce et fécondité : quelles différences ?

Le divorce progresse partout, tandis que la fécondité française reste nettement au-dessus de la moyenne européenne. Le taux brut de divorce de l'Union a doublé en soixante ans, de 0,8 pour 1 000 habitants en 1964 à 1,6 en 2024 [2]. Les taux les plus élevés se trouvaient en 2024 en Lettonie (2,8) et en Lituanie (2,5), les plus faibles à Malte (0,9) et en Slovénie (1,0) [2]. Pour la France, la dernière donnée disponible chez Eurostat date de 2016 [2].

L'absence de chiffre récent tient en partie à une réforme. Depuis 2017, une partie des divorces par consentement mutuel est enregistrée chez un notaire, sans passer par un juge, ce qui a rompu la série statistique [9].

La fécondité marque un contraste plus net. En 2024, l'indicateur conjoncturel de fécondité de l'Union est tombé à 1,34 enfant par femme, un minimum historique [3]. La France arrivait au deuxième rang avec 1,61, derrière la Bulgarie (1,72) et devant la Slovénie (1,52), quand Malte (1,01), l'Espagne (1,10) et la Lituanie (1,11) fermaient la marche [3]. L'Insee estime que la fécondité française est descendue à 1,56 en 2025 [8].

Les mères françaises ont leur premier enfant un peu plus tôt que la moyenne. En 2023, l'âge moyen au premier enfant était de 29,1 ans en France contre 29,8 ans dans l'Union [5]. En 2024, la moyenne européenne atteint 29,9 ans, avec des extrêmes de 26,9 ans en Bulgarie et 31,9 ans en Italie [3].

Les attitudes morales diffèrent-elles d'un pays à l'autre ?

Oui, et la France figure parmi les pays où la réprobation morale est la plus faible. En 2013, le Pew Research Center a interrogé des habitants de 40 pays sur plusieurs questions morales. La France était le seul pays où moins de la moitié des personnes interrogées, 47 %, jugeaient l'infidélité conjugale moralement inacceptable [6].

Sur les relations sexuelles entre adultes non mariés, la médiane des 40 pays s'établissait à 46 % de réponses « inacceptable » [6]. Les écarts allaient de 94 % au Pakistan à 21 % au Japon [6]. L'article de synthèse de Pew ne détaille pas les résultats pays par pays sur cette question.

L'appartenance religieuse ne suffit pas à expliquer ces écarts. Selon une enquête de Pew publiée en 2018, 64 % des adultes français se déclaraient chrétiens, et des majorités favorables au mariage entre personnes de même sexe se retrouvaient en France, y compris parmi les chrétiens pratiquants [7].

Les estimations démographiques plus récentes du même institut donnent une image plus sécularisée. Dans un rapport publié le 9 juin 2025, Pew estime que les chrétiens sont passés sous la barre de 50 % en France, à 46 % de la population en 2020, comme au Royaume-Uni (49 %) [12]. Les personnes sans religion y représentent désormais 40 % ou plus de la population [12]. Les écarts avec 2018 tiennent aussi à des méthodes différentes.

Pourquoi les comparaisons européennes sont-elles délicates ?

Parce que les données françaises manquent ou changent de définition sur plusieurs indicateurs clés. Pour 2024, Eurostat ne publie aucun nombre de mariages pour la France ni pour la Belgique, et sa dernière donnée française sur le divorce remonte à 2016 [1]. Les classements européens se font donc souvent sans la France, ou avec des années décalées.

Les sources françaises elles-mêmes ont évolué. Depuis la refonte des formulaires d'état civil en 2023, la situation des époux avant le mariage peut être « pacsé(e) », ce qui empêche l'Insee d'isoler les premiers mariages [14]. La dernière valeur française de l'âge au premier mariage chez Eurostat date ainsi de 2022 [10].

La part des naissances hors mariage présente une rupture de série, que l'Insee explique. La série d'Eurostat pour la France passe de 65,2 % en 2022 à 58,5 % en 2023 [11], comme celle de l'Insee [15]. En 2023, les bulletins statistiques de naissance ont été rénovés : la situation matrimoniale des parents, auparavant déduite de la présence d'une date de mariage, fait désormais l'objet d'une question explicite, qui repère davantage de parents mariés [15].

Les valeurs de 2021 et 2022, cette dernière en partie affectée par l'emploi anticipé des nouveaux bulletins, ne se comparent donc pas directement à celles de 2023 et des années suivantes : 58,5 % en 2023, 59,7 % en 2024 et 59,8 % en 2025 [15]. L'Ined, de son côté, avance une part d'environ 65 % et classe la France au premier rang des pays européens qu'il compare [13] ; ce niveau est proche des 65,2 % mesurés en 2022 avec l'ancien bulletin et ne se compare pas à la série actuelle.

Enfin, Eurostat ne calcule pas de moyenne européenne de l'âge au premier mariage, et plusieurs pays, dont l'Allemagne, n'apparaissent pas pour les années récentes [10]. Les comparaisons portent alors sur un nombre limité de pays.

Existe-t-il un modèle européen du couple ?

Non, les chiffres décrivent plutôt plusieurs modèles. Un ensemble de pays, dont la France, la Bulgarie, le Portugal, la Suède, la Slovénie et l'Estonie, compte une majorité de naissances hors mariage [1]. Dans d'autres, comme la Grèce, le mariage reste le cadre très majoritaire de la naissance [1].

Ces groupes ne recoupent pas les clivages habituels. Ils réunissent des pays du Nord et du Sud, de tradition catholique, protestante ou orthodoxe. Fait notable, la Bulgarie et la France, les deux pays les plus féconds de l'Union en 2024, sont aussi ceux où la part des naissances hors mariage est la plus élevée [1][3].

Hors d'Europe, les écarts portent parfois sur le droit lui-même, puisque plusieurs pays sanctionnent encore les relations hors mariage. Ces situations sont présentées sur notre carte des pays qui pénalisent les relations hors mariage.

Questions fréquentes

Quel pays d'Europe a le plus de naissances hors mariage ?

En 2024, la Bulgarie arrivait en tête de l'Union européenne avec 61,9 % de naissances hors mariage, selon Eurostat [1]. La France suivait avec 59,7 %, devant le Portugal (59,2 %) et la Suède (57,1 %). La moyenne de l'Union était de 41,1 %.

Quel est le taux de mariage moyen dans l'Union européenne ?

Eurostat comptait 3,9 mariages pour 1 000 habitants dans l'Union en 2024, contre 8,0 en 1964 [2]. La Lettonie avait le taux le plus élevé, à 5,5, et l'Italie le plus bas, à 2,9.

La France a-t-elle la fécondité la plus élevée d'Europe ?

Presque. En 2024, la France occupait le deuxième rang de l'Union avec 1,61 enfant par femme, derrière la Bulgarie (1,72), selon Eurostat [3]. La moyenne européenne était de 1,34. L'Insee estime que la fécondité française est descendue à 1,56 en 2025 [8].

Où le mariage reste-t-il la norme en Europe ?

La Grèce est l'exemple le plus net : plus de 90 % des enfants y naissent de parents mariés, selon Eurostat [1]. Dans l'ensemble de l'Union, près de six naissances sur dix ont encore lieu dans le mariage. La situation varie fortement d'un pays à l'autre.

À quel âge se marie-t-on en moyenne en Europe ?

Il n'existe pas de moyenne européenne officielle, mais les femmes se marient pour la première fois vers 33 à 35 ans dans des pays comme l'Espagne, l'Italie, le Portugal, la Suède ou les Pays-Bas [10]. En 2024, l'âge moyen était de 35,2 ans en Espagne et en Suède, contre 29,3 ans en Bulgarie [10]. En France, il atteignait 34,3 ans en 2022.

Quel pays d'Europe compte le plus de divorces ?

La Lettonie, avec 2,8 divorces pour 1 000 habitants en 2024, devant la Lituanie (2,5), selon Eurostat [2]. Malte et la Slovénie ont les taux les plus faibles, à 0,9 et 1,0. La moyenne de l'Union est de 1,6.

Pourquoi Eurostat n'a-t-il pas de données récentes sur les mariages en France ?

Eurostat ne disposait d'aucune donnée française sur les mariages pour 2024 [1]. Pour le divorce, la série s'arrête en 2016, après la réforme de 2017 qui confie une partie des divorces par consentement mutuel aux notaires [2][9]. L'Insee continue toutefois de publier ses propres chiffres, comme les 251 000 mariages estimés pour 2025 [8].

Quelle part des Français se dit chrétienne ?

Cela dépend de la source. Dans une enquête de 2018, Pew trouvait que 64 % des adultes français se déclaraient chrétiens [7]. Ses estimations démographiques publiées en 2025 situent la part des chrétiens à 46 % de la population en 2020, sous la barre de la moitié [12].

Sources

  1. ec.europa.eu — https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Marriage_and_divorce_statistics
  2. ec.europa.eu — https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/SEPDF/cache/6790.pdf
  3. ec.europa.eu — https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php?title=Fertility_statistics
  4. insee.fr — https://www.insee.fr/fr/statistiques/1906665
  5. insee.fr — https://www.insee.fr/fr/statistiques/8608134
  6. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/short-reads/2014/04/15/whats-morally-acceptable-it-depends-on-where-in-the-world-you-live/
  7. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/short-reads/2018/05/29/10-key-findings-about-religion-in-western-europe/
  8. insee.fr — https://www.insee.fr/fr/statistiques/8719824
  9. insee.fr — https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/4277624/TEF2020_033.pdf
  10. ec.europa.eu — https://ec.europa.eu/eurostat/api/dissemination/statistics/1.0/data/demo_nind?format=JSON&lang=EN&sinceTimePeriod=2022
  11. ec.europa.eu — https://ec.europa.eu/eurostat/api/dissemination/statistics/1.0/data/demo_find?format=JSON&lang=EN&indic_de=NMARPCT&geo=FR&sinceTimePeriod=2000
  12. pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/religion/2025/06/09/how-the-global-religious-landscape-changed-from-2010-to-2020/
  13. ined.fr — https://www.ined.fr/en/press/ined-latest-recent-demographic-trends-france-report-highlights-france-singular-position
  14. insee.fr — https://www.insee.fr/fr/statistiques/8902576
  15. insee.fr — https://www.insee.fr/fr/statistiques/9000195

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

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