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Citations célèbres sur la fornication et la morale, remises dans leur contexte

Par la rédaction de fornication.frVérifié le Lecture : 9 min14 sources
Illustration : un médaillon avec les masques du théâtre, devant la tour Eiffel, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Quelles sont les citations célèbres sur la fornication et la morale, et d'où viennent-elles ?

Les citations françaises les plus connues sur la morale sexuelle viennent de contextes précis : la réplique de Tartuffe à Dorine chez Molière (1669), la « couleur lascive » dénoncée par le procureur Pinard contre Madame Bovary (1857), les poèmes « d'inspiration probe » de l'arrêt réhabilitant Baudelaire (1949) ou la remarque d'un personnage de Julien Green (1950).

Sommaire
  1. Que disaient les dictionnaires classiques ?
  2. Quels versets bibliques sont les plus cités ?
  3. Que signifie la réplique de Tartuffe ?
  4. Que disent Voltaire et Diderot au siècle des Lumières ?
  5. Que se disait-il au procès de Madame Bovary ?
  6. Comment la justice a-t-elle réhabilité Baudelaire ?
  7. Que disent les écrivains et les institutions du XXe siècle ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Que disaient les dictionnaires classiques ?

Les dictionnaires classiques présentaient la fornication comme un terme de théologie, réservé aux discours religieux. La première édition du Dictionnaire de l'Académie française, publiée en 1694, la définit comme le péché de la chair entre deux personnes ni mariées ni liées par un vœu. Elle précise que le mot ne s'emploie guère que « dans le Dogmatique » [1]. Ces trois mots situent le terme : il appartient au vocabulaire de la théologie et de la prédication.

Deux siècles plus tard, le Littré le présente toujours comme un « terme dogmatique » [9]. Il lui reconnaît aussi un sens figuré tiré de la Bible : l'infidélité du peuple d'Israël qui délaisse son Dieu pour des dieux étrangers [9]. Parmi ses exemples figurent la Bible de Sacy, le prédicateur Massillon et Voltaire, qui emploie le mot avec une ironie évidente [9].

Cette remarque explique beaucoup d'emplois ultérieurs. Un écrivain qui place le mot dans la bouche d'un personnage signale aussitôt un registre religieux ou moralisateur. La citation de l'Académie sert donc de clé de lecture pour tous les autres textes de cette page.

Le Catéchisme de l'Église catholique, publié en 1992, prolonge ce vocabulaire. Au paragraphe 1866, il explique que les péchés capitaux sont ainsi nommés parce qu'ils sont « générateurs d'autres péchés » [8]. La luxure y figure sous le nom d'impureté [8].

Onze citations courtes et leur contexte

Citation (extrait)AuteurDateContexte
« dans le Dogmatique »Académie française1694Remarque sur l'usage du mot fornication, 1re édition du Dictionnaire
« Fuyez l'impudicité »Paul, 1re lettre aux Corinthiens 6,18Traduction Segond, 1910Exhortation aux chrétiens de Corinthe
« Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre »Évangile selon Jean 8,7Traduction Segond, 1910Réponse de Jésus à propos de la femme adultère
« Couvrez ce sein que je ne saurais voir »Molière, Tartuffe1669 (version jouée)Acte III, scène 2 : le faux dévot à la servante Dorine
« Passe pour la fornication ; mais l'inceste, mais l'adultère ! »Diderot, Supplément au voyage de BougainvilleÉcrit en 1772, publié en 1796Chapitre III : l'aumônier face à Orou
« la couleur lascive »Ernest Pinard1857Réquisitoire contre Madame Bovary
« il a fait un livre honnête »Maître Senard1857Plaidoirie pour Flaubert
« manifestement d'inspiration probe »Cour de cassation31 mai 1949Arrêt réhabilitant six poèmes des Fleurs du mal
« quelque chose de rude et de déplaisant »Julien Green, Moïra1950Un personnage juge les mots fornicateur et fornication
« générateurs d'autres péchés »Catéchisme de l'Église catholique1992Paragraphe 1866 sur les péchés capitaux
« Protéger sans censurer »CNC2023Titre d'un dossier sur la classification des films

Quels versets bibliques sont les plus cités ?

Les deux versets les plus cités sur la morale sexuelle sont l'appel de Paul à fuir l'impudicité et la phrase de Jésus sur la première pierre. Dans la première lettre aux Corinthiens (6,18), Paul écrit, dans la traduction de Louis Segond (1910) : « Fuyez l'impudicité » [11]. Il ajoute que ce péché, à la différence des autres, atteint le corps lui-même, et affirme quelques versets plus haut que le corps n'est pas fait pour l'impudicité mais pour le Seigneur [11].

Le mot choisi varie selon les traductions. La Bible de Sacy, citée par le Littré, emploie volontiers « fornication », par exemple pour le peuple qui se lie aux filles de Moab dans le livre des Nombres [9]. Segond lui préfère « impudicité », terme plus large ; ces choix de traduction sont détaillés dans notre article sur le mot grec porneia.

Les prédicateurs reprennent ces images bibliques. Dans un sermon de Carême sur l'enfant prodigue, Massillon fait parler le Seigneur, qui reproche à son peuple de s'être enivré d'un vin de fornication, c'est-à-dire d'idolâtrie [9]. Au début du XVIIIe siècle, un commentaire des livres de Josué, des Juges et de Ruth, paru sans nom d'auteur à Cologne en 1714 et attribué à Mme Guyon, assimile encore l'idolâtrie à la fornication et à la prostitution [6].

L'autre verset vient de l'Évangile selon Jean. Des scribes et des pharisiens amènent à Jésus une femme surprise en adultère, rappellent que la loi de Moïse ordonne de lapider de telles femmes et lui demandent son avis pour le mettre à l'épreuve [12]. Il répond : « Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre » (Jean 8,7), puis dit à la femme qu'il ne la condamne pas et l'invite à ne plus pécher [12].

Sortie de son contexte, la formule de Jean est devenue une expression courante, « jeter la première pierre », qui sert à reprocher à quelqu'un de condamner les fautes d'autrui. Comme la réplique de Tartuffe, elle vise moins la faute elle-même que l'assurance de ceux qui la dénoncent.

Que signifie la réplique de Tartuffe ?

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir » est la réplique de Tartuffe à la servante Dorine, à l'acte III, scène 2 de la comédie de Molière [2]. Le faux dévot lui tend un mouchoir pour qu'elle cache son décolleté. Quelques instants plus tard, il fait la cour à Elmire, l'épouse de son hôte.

Sortie de son contexte, la phrase est souvent prise pour une simple formule de pudeur. Dans la pièce, elle montre l'inverse : une pudeur affichée qui trahit un intérêt réel. C'est pourquoi on l'emploie aujourd'hui pour moquer une indignation morale de façade.

La pièce elle-même a payé cette audace. Trois actes sont joués aux fêtes de Versailles en 1664 ; une représentation sous le titre L'Imposteur, en août 1667, est aussitôt suspendue par le premier président Lamoignon, tandis qu'un mandement de l'archevêque de Paris, daté du 11 août, brandit la menace de l'excommunication [10]. Le siège était alors occupé par Hardouin de Péréfixe, archevêque de Paris de 1662 à 1671 [14]. Autorisée par le roi, la comédie revient sur scène le 5 février 1669 et connaît 44 représentations consécutives [10]. Notre article sur Tartuffe et l'hypocrisie morale retrace cette querelle. La même cour s'accommodait des liaisons affichées du roi, comme le montre notre article sur les maîtresses des rois de France.

Que disent Voltaire et Diderot au siècle des Lumières ?

Voltaire et Diderot reprennent le vocabulaire des théologiens pour en discuter la logique. Dans son Dictionnaire philosophique, Voltaire consacre un article au mot lui-même et y relève que les traducteurs de la Bible ont rendu par ce terme les infidélités religieuses du peuple juif [9]. Il montre ainsi qu'un même mot désigne, selon les cas, une faute charnelle ou un abandon de Dieu.

Diderot va plus loin dans le Supplément au voyage de Bougainville, écrit en 1772 et publié en 1796 [13]. Au chapitre III, un aumônier européen interroge Orou, un Tahitien, sur les interdits de son île. Lorsque Orou répond qu'un parent ou un homme marié n'en est pas empêché, l'aumônier s'écrie : « Passe pour la fornication ; mais l'inceste, mais l'adultère ! » [13]

La phrase établit une hiérarchie des fautes : aux yeux de l'aumônier, la fornication serait encore tolérable comparée aux deux autres. Orou refuse pourtant d'accepter ces mots sans définition et propose de juger les actions d'après leur effet sur le bien général et l'utilité de chacun [13]. Le dialogue retourne la citation contre celui qui la prononce : c'est le vocabulaire moral européen qui doit se justifier.

Que se disait-il au procès de Madame Bovary ?

Au procès de 1857, l'accusation reprochait à Flaubert la sensualité de son roman, et la défense défendait son intention morale. En janvier, l'avocat impérial Ernest Pinard requiert contre le romancier. Sa formule la plus célèbre l'accuse d'avoir adopté « la couleur lascive » avant, pendant et après les chutes de son héroïne [3]. Pour lui, la fin tragique d'Emma ne rachète pas la séduction des scènes qui la précèdent.

L'avocat de Flaubert, Maître Senard, lui répond que son client affirme devant le tribunal « qu'il a fait un livre honnête » [4]. La défense soutient que le roman montre l'adultère comme une source de honte et de souffrance. Le 7 février 1857, Flaubert est acquitté, avec un blâme pour le réalisme de l'œuvre ; le détail de l'audience figure dans notre article sur le procès de Madame Bovary.

Ces deux citations résument un débat qui traverse toute l'histoire de la censure. L'accusation juge une œuvre sur l'effet supposé de ses détails, la défense sur son intention et son dénouement. On retrouve cette opposition dans la plupart des procès littéraires.

Comment la justice a-t-elle réhabilité Baudelaire ?

La justice a réhabilité Baudelaire par un arrêt de la Cour de cassation du 31 mai 1949, qui annule sa condamnation de 1857. Condamné le 20 août 1857 pour Les Fleurs du mal, le poète avait dû retrancher six poèmes de son recueil. Près d'un siècle plus tard, la chambre criminelle juge que ces poèmes sont « manifestement d'inspiration probe » [5].

L'arrêt explique que l'appréciation de 1857 était arbitraire, parce qu'elle ne retenait que la lecture réaliste des textes et négligeait leur sens symbolique [5]. Il décharge la mémoire de Baudelaire et de ses éditeurs de la condamnation [5].

Mise en regard du réquisitoire de Pinard, cette citation montre comment la justice elle-même a révisé son vocabulaire moral. En 1857, on parlait de lascivité ; en 1949, de probité. Les mêmes poèmes ont reçu deux qualifications opposées.

Que disent les écrivains et les institutions du XXe siècle ?

Au XXe siècle, les écrivains citent le mot pour caractériser un milieu ou un personnage, et les institutions abandonnent le langage du péché. Dès 1900, Pierre Louÿs observe dans un essai sur la liberté amoureuse qu'en province la fornication passe toujours pour un péché mortel, y compris chez les anticléricaux [6]. Le mot lui sert de révélateur social plus que de jugement.

Dans Moïra, roman publié en 1950, Julien Green fait dire à un personnage que les mots « fornicateur » et « fornication » ont « quelque chose de rude et de déplaisant » [6]. Écrivain catholique, Green connaît parfaitement le sens théologique du mot. Sa remarque porte sur la langue, et non sur la morale.

La citation illustre le statut du terme au XXe siècle : exact sur le plan doctrinal, mais brutal dans la conversation. En 1972, Hervé Bazin l'emploie encore, dans Cri de la chouette, à propos d'une génération qui croit en avoir fini avec les tabous [6]. Les romanciers l'emploient pour caractériser un personnage, rarement pour décrire une scène.

Du côté des institutions, le vocabulaire a changé. Le Centre national du cinéma intitule l'un de ses dossiers sur la classification des films « Protéger sans censurer » [7]. La formule traduit le passage d'une logique de jugement moral des œuvres à une logique de protection des mineurs.

Questions fréquentes

Qui a dit « Couvrez ce sein que je ne saurais voir » ?

C'est Tartuffe, le personnage de Molière, qui s'adresse à la servante Dorine à l'acte III, scène 2 de la comédie [2]. La pièce a été jouée dans sa version définitive le 5 février 1669, après près de cinq ans d'interdiction [10].

Qui parlait de « couleur lascive » ?

C'est Ernest Pinard, avocat impérial, dans son réquisitoire contre Madame Bovary en janvier 1857 [3]. Il reprochait à Flaubert de donner une couleur lascive aux scènes d'adultère de son roman. Flaubert a été acquitté le 7 février 1857.

Peut-on citer librement ces textes ?

Les textes de Molière, de Diderot, de Pinard, de Senard et les arrêts de justice anciens sont dans le domaine public ou ne relèvent pas du droit d'auteur. Les œuvres récentes, comme les romans de Julien Green, restent protégées : on ne peut en citer que de courts extraits, en indiquant la source. Cette page s'en tient à des citations très brèves.

Pourquoi replacer une citation dans son contexte ?

Une citation isolée peut dire le contraire de ce qu'elle signifiait. La réplique de Tartuffe, prise au pied de la lettre, passerait pour un éloge de la pudeur, alors qu'elle dénonce l'hypocrisie. Indiquer l'auteur, la date et la situation permet de comprendre qui parle et dans quel but.

D'où vient l'expression « jeter la première pierre » ?

Elle vient de l'Évangile selon Jean (8,7). Face à une femme surprise en adultère que la loi de Moïse condamnait à la lapidation, Jésus invite celui qui est sans péché à lui jeter la première pierre [12]. L'expression sert aujourd'hui à reprocher à quelqu'un de juger les fautes des autres.

Que dit la Bible sur la fornication en une phrase ?

La phrase la plus citée est « Fuyez l'impudicité », en 1 Corinthiens 6,18 dans la traduction Segond [11]. D'anciennes traductions, comme celle de Sacy, emploient plus souvent le mot « fornication » [9]. Paul y présente cette faute comme un péché qui atteint le corps lui-même [11].

Quelle citation de Diderot parle de fornication ?

Dans le Supplément au voyage de Bougainville, écrit en 1772, l'aumônier s'exclame : « Passe pour la fornication ; mais l'inceste, mais l'adultère ! » [13] La phrase répond à Orou, un Tahitien qui ne reconnaît pas les interdits européens. Diderot s'en sert pour interroger la hiérarchie des fautes établie par la morale chrétienne.

Qui a dit « il a fait un livre honnête » ?

C'est Maître Senard, avocat de Flaubert, dans sa plaidoirie de 1857 pour Madame Bovary [4]. Il répondait au réquisitoire d'Ernest Pinard en soutenant que le roman montrait l'adultère comme une source de souffrance. Flaubert a été acquitté le 7 février 1857.

Sources

  1. dictionnaire-academie.fr — https://dictionnaire-academie.fr/article/A1F0163
  2. lalanguefrancaise.com — https://www.lalanguefrancaise.com/citations/tartuffe
  3. napoleon.org — https://www.napoleon.org/fr/salle_lecture/articles/files/procesflaubert_requisitoire_1857.asp
  4. napoleon.org — https://www.napoleon.org/fr/salle_lecture/articles/files/PlaidoirieSenard_procesflaubert1857.asp
  5. livreshebdo.fr — https://www.livreshebdo.fr/article/mai-1949-baudelaire-libere-12
  6. fr.wiktionary.org — https://fr.wiktionary.org/wiki/fornication
  7. cnc.fr — https://www.cnc.fr/cinema/actualites/proteger-sans-censurer--la-classification-des-oeuvres-cinematographiques_1924881
  8. vatican.va — https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P67.HTM
  9. dicocitations.com — https://www.dicocitations.com/definition_littre/10795/Fornication.php
  10. fr.wikisource.org — https://fr.wikisource.org/wiki/Tartuffe_ou_l%E2%80%99Imposteur/%C3%89dition_Louandre,_1910/Notice
  11. biblegateway.com — https://www.biblegateway.com/passage/?search=1+Corinthiens+6%3A9-18&version=LSG
  12. biblegateway.com — https://www.biblegateway.com/passage/?search=Jean+8%3A3-11&version=LSG
  13. fr.wikisource.org — https://fr.wikisource.org/wiki/Suppl%C3%A9ment_au_voyage_de_Bougainville
  14. amisdeportroyal.org — https://www.amisdeportroyal.org/societe/wp-content/uploads/2014/12/No62-_FR.pdf

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

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