Les maîtresses des rois de France : la favorite, une institution de cour

Qui étaient les maîtresses officielles des rois de France ?
Les maîtresses des rois de France sont des femmes de cour publiquement reconnues comme favorites, d'Agnès Sorel, auprès de Charles VII à partir de 1444, à Madame du Barry, dernière favorite de Louis XV. Logées, titrées et souvent mères d'enfants légitimés, elles occupaient une position semi-officielle, sans jamais avoir le statut de reine.
Sommaire
- Qu'est-ce qu'une favorite royale ?
- Qui furent les favorites de la Renaissance ?
- Quelle place Louis XIV a-t-il donnée à ses maîtresses ?
- Que devenaient les enfants nés de ces liaisons ?
- Les favorites avaient-elles un pouvoir politique ?
- Comment l'Église et l'opinion jugeaient-elles ces liaisons ?
- Questions fréquentes
- Sources
Qu'est-ce qu'une favorite royale ?
Une favorite royale est une maîtresse du roi dont la liaison est connue de tous et qui reçoit, à ce titre, un rang, des biens et une place à la cour. L'Encyclopædia Britannica parle d'une position « semi-officielle » et en attribue la première occupation à Agnès Sorel, auprès de Charles VII [1]. On parle aussi de « maîtresse en titre » ou de « maîtresse déclarée ».
Cette position ne se confond jamais avec celle de la reine. Le mariage royal est une affaire d'État : Louis XIV épouse l'infante Marie-Thérèse d'Autriche le 9 juin 1660 en application du traité des Pyrénées, qui met fin à la guerre franco-espagnole [4]. La favorite, elle, doit sa place au seul choix du roi, et peut la perdre de la même façon.
Le rang de favorite obéit à des codes. Pour devenir maîtresse officielle, Jeanne Bécu, future Madame du Barry, devait avoir un mari noble : elle est mariée pour la forme à Guillaume du Barry avant d'être présentée à la cour en avril 1769 [7]. Madame de Pompadour, née Jeanne-Antoinette Poisson, avait reçu le domaine de Pompadour et le titre de marquise en juillet 1745, avant sa présentation officielle en septembre [6].
Ces liaisons relèvent d'une morale que le Moyen Âge avait déjà codifiée, celle qui distingue fornication et adultère, rappelée dans notre article sur l'Église et la chair au Moyen Âge. Pour l'Église, la plupart de ces relations étaient des adultères, puisque le roi était marié, et souvent la favorite aussi [3] [5] [7].
Sept favorites royales et leurs repères
| Favorite | Roi | Période de la faveur | Repère vérifié |
|---|---|---|---|
| Agnès Sorel (v. 1422-1450) | Charles VII | 1444-1450 | Première maîtresse reconnue publiquement par un roi de France |
| Diane de Poitiers (1499-1566) | Henri II | des années 1530 à 1559 | Cède Chenonceau à Catherine de Médicis après la mort du roi |
| Gabrielle d'Estrées (1573-1599) | Henri IV | vers 1591-1599 | Trois enfants légitimés, dont César de Vendôme (1595) |
| Louise de La Vallière | Louis XIV | 1661-1674 à la cour | Deux enfants survivants légitimés |
| Madame de Montespan (1641-1707) | Louis XIV | à partir de 1667 | Six enfants légitimés, dont le duc du Maine et le comte de Toulouse |
| Madame de Pompadour (1721-1764) | Louis XV | 1745 à la fin de sa vie | Soutient la manufacture de Sèvres (1756) |
| Madame du Barry (1743-1793) | Louis XV | 1769-1774 | Guillotinée le 8 décembre 1793 |
Qui furent les favorites de la Renaissance ?
Les trois grandes favorites de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance sont Agnès Sorel, Diane de Poitiers et Gabrielle d'Estrées. Agnès Sorel, née vers 1422, est la maîtresse de Charles VII de 1444 à sa mort, le 9 février 1450 [1]. Le roi lui donne le domaine de Beauté-sur-Marne, d'où son surnom de « Dame de Beauté », ainsi que des châteaux et des terres [1]. Cette reconnaissance publique, la première par un roi de France, fait scandale et suscite jalousies et intrigues [1].
Diane de Poitiers, née le 3 septembre 1499, est veuve de Louis de Brézé depuis 1531 lorsque le futur Henri II, d'une vingtaine d'années plus jeune, s'éprend d'elle [2]. Pendant le règne, elle tient sa cour comme une reine « en tout sauf le nom », tandis que Catherine de Médicis reste dans une relative obscurité [2]. À la mort du roi, en 1559, Catherine l'oblige à rendre les bijoux de la Couronne et à échanger Chenonceau contre Chaumont ; Diane se retire à Anet, où elle meurt le 22 avril 1566 [2].
Gabrielle d'Estrées devient probablement la maîtresse d'Henri IV en 1591, pendant le siège de Chartres [3]. Le roi la reconnaît publiquement en décembre 1592 et la fait successivement marquise de Monceaux (1595), duchesse de Beaufort (1597) et duchesse d'Étampes (1598) [3]. Il envisage sérieusement de l'épouser, malgré l'opposition du Saint-Siège et de Sully, mais elle meurt subitement à Paris le 10 avril 1599 [3].
Quelle place Louis XIV a-t-il donnée à ses maîtresses ?
Louis XIV a fait de ses maîtresses des figures de la cour, logées, dotées et entourées, mais il les a successivement écartées. Selon le château de Versailles, Louise de La Vallière, présente à la cour de 1661 à 1674, est sa première maîtresse officielle [4]. Elle lui donne quatre enfants, dont deux survivent et sont légitimés : Marie-Anne de Bourbon, dite Mademoiselle de Blois, et Louis, comte de Vermandois [4].
Madame de Montespan lui succède. Née en 1641, elle arrive à la cour en 1660 comme fille d'honneur de la reine et épouse en 1663 le marquis de Montespan [5]. Elle devient la maîtresse du roi en 1667, pendant la campagne de Flandre, et les fêtes du Grand Divertissement royal de 1668 sont officieusement données en son honneur [4] [5]. Le roi lui offre le château de Clagny [4].
La faveur reste fragile. Madame de Montespan est supplantée par Mademoiselle de Fontanges, dont la liaison avec le roi est brève [4]. Elle se retire en 1691 au couvent Saint-Joseph, rue Saint-Dominique, qu'elle avait fondé, et meurt en 1707 [5].
La gouvernante de ses enfants, devenue Madame de Maintenon en 1675, suit un autre destin [4]. Après la mort de la reine, Louis XIV l'épouse secrètement dans la nuit du 9 au 10 octobre 1683, en présence de Louvois et de Bontemps [4]. Ce mariage, jamais rendu public, n'en fait pas une reine, mais il la place hors de la catégorie des favorites.
Que devenaient les enfants nés de ces liaisons ?
Les enfants nés de ces liaisons étaient souvent légitimés par le roi, ce qui leur donnait un nom, un rang et parfois des titres considérables. Les trois enfants de Gabrielle d'Estrées sont tous légitimés, à commencer par César, futur duc de Vendôme, en 1595 [3]. Selon Flavie Leroux, autrice de L'Autre Famille royale (2022), c'est avec Henri IV que les légitimés commencent à exister politiquement [8].
Louis XIV va plus loin. Madame de Montespan lui donne plusieurs enfants, dont six sont légitimés, parmi lesquels le duc du Maine et le comte de Toulouse ; ce dernier, né le 6 juin 1678, est légitimé en 1681 [5]. En 1714, un édit fait de ces deux fils des princes du sang, capables de succéder au trône ; selon le compte rendu de l'ouvrage de Flavie Leroux, cette décision bouleverse la loi fondamentale de succession [8].
Le retour de balancier est rapide. Au début de la Régence, l'affaire des légitimés fait perdre au duc du Maine et au comte de Toulouse leur capacité à succéder et leur rang de princes du sang [8]. Sous Louis XV, les enfants adultérins du roi ne bénéficient plus d'une légitimation pleine [8]. Flavie Leroux voit dans cet épisode une « faillite de l'absolutisme » : le roi a disposé de sa succession comme un particulier, sans profit pour la Couronne [8].
Cette pratique tranche avec le sort réservé aux enfants nés hors mariage dans le reste de la société. Notre article sur les filles-mères montre ce que signifiait une naissance illégitime loin de la cour.
Les favorites avaient-elles un pouvoir politique ?
Les favorites avaient surtout un pouvoir d'influence, très variable selon les personnes, et souvent surestimé par la légende. Une tradition attribuait à Agnès Sorel le mérite d'avoir poussé Charles VII à reprendre la guerre ; les recherches ont montré qu'il ne l'avait rencontrée qu'une dizaine d'années après la date supposée [1].
Diane de Poitiers, malgré son rang de reine de fait, semble s'être surtout occupée de ses revenus et de l'établissement de sa famille et de ses protégés [2]. Son influence est plus nette dans les arts : protectrice de poètes comme Ronsard, elle fait bâtir le château d'Anet par Philibert Delorme, avec des sculptures de Jean Goujon [2].
Le rôle de Madame de Pompadour est mieux attesté, surtout dans le domaine culturel. Elle fait nommer son frère, le marquis de Marigny, directeur général des Bâtiments du roi, encourage en 1751 la publication des deux premiers volumes de l'Encyclopédie et, en 1756, la création de la manufacture de porcelaine de Sèvres [6]. À partir des années 1750, elle cesse d'être la maîtresse du roi pour devenir sa confidente, et elle meurt à Versailles en 1764, à 42 ans [6].
Madame du Barry, remarquée par Louis XV en 1768, alors que la place était vacante depuis la mort de la Pompadour, rejoint la faction qui obtient la chute du duc de Choiseul en décembre 1770 [7]. Elle soutient en 1771 les réformes judiciaires de son ami le chancelier Maupeou, mais la Britannica estime son influence politique limitée ; c'est surtout son impopularité qui nuit au prestige de la Couronne [7].
Comment l'Église et l'opinion jugeaient-elles ces liaisons ?
L'Église condamnait ces liaisons comme des adultères et cherchait à y mettre fin, tandis que l'opinion se montrait souvent hostile aux favorites [1] [7]. Le Saint-Siège s'oppose ainsi au projet d'Henri IV d'épouser Gabrielle d'Estrées [3]. Selon la Catholic Encyclopedia de 1910, le jésuite François d'Aix de La Chaise, confesseur de Louis XIV à partir de 1675, use de toute son influence pour mettre fin à la liaison avec Madame de Montespan, avec l'appui de Madame de Maintenon [9].
Les rumeurs d'empoisonnement accompagnent plusieurs favorites. La mort d'Agnès Sorel, survenue peu après la naissance de son quatrième enfant, est attribuée par la Britannica à une dysenterie ; des chroniqueurs bourguignons accusèrent pourtant le dauphin, futur Louis XI, de l'avoir fait empoisonner [1].
L'affaire des Poisons, sous Louis XIV, illustre la prudence nécessaire. Le nom de Madame de Montespan y est prononcé en 1680, mais Jean-Marie Constant, auteur de la notice de l'Encyclopædia Universalis, souligne que l'histoire reste muette sur un éventuel recours à la sorcellerie pour reconquérir le roi, les preuves ayant été détruites sur ordre royal [5]. Il s'agit donc d'un soupçon, non d'un fait établi.
La fin de la dernière favorite résume le basculement de l'opinion. À la mort de Louis XV, en mai 1774, Louis XVI éloigne Madame du Barry dans un couvent ; condamnée comme contre-révolutionnaire par le Tribunal révolutionnaire, elle est guillotinée le 8 décembre 1793 [7].
Questions fréquentes
Qui fut la première maîtresse officielle d'un roi de France ?
Agnès Sorel, maîtresse de Charles VII de 1444 à 1450. L'Encyclopædia Britannica la présente comme la première femme à occuper cette position semi-officielle, et sa reconnaissance publique comme la première par un roi de France [1].
Combien d'enfants Louis XIV a-t-il eus avec Madame de Montespan ?
Six enfants légitimés, dont le duc du Maine et le comte de Toulouse [5]. Le château de Versailles compte six enfants [4], l'Encyclopædia Universalis huit naissances dont six enfants légitimés [5].
Madame de Maintenon était-elle la maîtresse de Louis XIV ?
Non, elle devint son épouse. Ancienne gouvernante des enfants de Madame de Montespan, elle épouse secrètement le roi dans la nuit du 9 au 10 octobre 1683, après la mort de la reine Marie-Thérèse [4]. Ce mariage ne fut jamais rendu public.
Madame de Pompadour a-t-elle gouverné la France ?
Non, mais elle a exercé une réelle influence, surtout culturelle. Elle a placé son frère à la direction des Bâtiments du roi, soutenu l'Encyclopédie en 1751 et la manufacture de Sèvres en 1756 [6]. Elle reste la confidente de Louis XV jusqu'à sa mort en 1764.
Qui fut la dernière favorite de Louis XV ?
Madame du Barry, présentée à la cour en avril 1769 ; la Britannica la décrit comme la dernière des maîtresses du roi [7]. Éloignée dans un couvent par Louis XVI en 1774, elle est guillotinée le 8 décembre 1793.
Les enfants des favorites pouvaient-ils devenir rois ?
Non, en principe. Un édit de 1714 a bien rendu le duc du Maine et le comte de Toulouse aptes à succéder, mais ils perdent cette capacité dès le début de la Régence [8].
Madame de Montespan était-elle coupable dans l'affaire des Poisons ?
Rien ne l'établit. Son nom est cité en 1680, mais les preuves éventuelles ont été détruites sur ordre de Louis XIV et l'histoire reste muette sur ce point, selon Jean-Marie Constant dans l'Encyclopædia Universalis [5].
Sources
- britannica.com — https://www.britannica.com/biography/Agnes-Sorel
- britannica.com — https://www.britannica.com/print/article/161560
- britannica.com — https://www.britannica.com/print/article/193655
- en.chateauversailles.fr — https://en.chateauversailles.fr/discover/history/key-dates/louis-xiv-and-his-women
- universalis.fr — https://www.universalis.fr/encyclopedie/montespan-francoise-athenais-de-rochechouart-de-mortemart-marquise-de/
- chateauversailles.fr — https://www.chateauversailles.fr/decouvrir/histoire/grands-personnages/madame-pompadour
- britannica.com — https://www.britannica.com/biography/Jeanne-Becu-comtesse-du-Barry
- livreshebdo.fr — https://www.livreshebdo.fr/article/flavie-leroux-lautre-famille-royale-la-faillite-de-labsolutisme-passescomposes-les-batards
- newadvent.org — https://www.newadvent.org/cathen/08732b.htm
Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.


