Aphrodite à Oxford : l'Ashmolean raconte comment la déesse du désir a été inventée

Que montre l'exposition Aphrodite de l'Ashmolean Museum d'Oxford ouverte en octobre 2026 ?
Le 8 octobre 2026, l'Ashmolean Museum d'Oxford a ouvert l'exposition Aphrodite: The Making of a Goddess, visible jusqu'au 11 avril 2027. Plus de 200 objets, des sanctuaires de Chypre à une robe portée par Beyoncé, montrent comment la déesse grecque de l'amour et du désir, devenue Vénus à Rome, a façonné l'image du nu féminin. [1] [2]
Sommaire
- Que présente l'exposition Aphrodite ouverte à Oxford le 8 octobre 2026 ?
- Quelles œuvres majeures sont exposées ?
- Qui est Aphrodite dans les mythes grecs ?
- Pourquoi Aphrodite est-elle la déesse de l'adultère divin ?
- Comment le nu d'Aphrodite a-t-il été reçu, de Cnide à la Renaissance ?
- Quels regards l'exposition propose-t-elle sur le désir ?
- Comment voir l'exposition et quelle est la suite ?
- Questions fréquentes
- Sources
Que présente l'exposition Aphrodite ouverte à Oxford le 8 octobre 2026 ?
L'exposition Aphrodite: The Making of a Goddess (« Aphrodite, la fabrique d'une déesse ») est présentée du 8 octobre 2026 au 11 avril 2027 dans les galeries John Sainsbury de l'Ashmolean Museum, le musée d'art et d'archéologie de l'université d'Oxford [1] [2]. Elle réunit plus de 200 objets, sculptures, bronzes, pierres gravées et terres cuites venus de Chypre, de Grèce et d'Italie, qui couvrent une période allant d'environ 1400 avant notre ère au XXIe siècle [2] [6]. Le musée y présente Aphrodite comme la déesse grecque de l'amour, de la beauté et du désir [2].
Le parcours suit un fil chronologique en six temps [1]. Il part des origines de la déesse à Chypre et en Méditerranée orientale, passe par les mythes et les auteurs antiques qui les ont transmis, d'Homère et Hésiode à Euripide, Ovide et Virgile, puis par son culte dans les sanctuaires chypriotes [1]. Viennent ensuite la Vénus romaine et le nu féminin, la redécouverte des statues antiques à la Renaissance, et enfin les visions modernes et contemporaines de la déesse [1].
L'idée directrice tient dans le titre : Aphrodite n'est pas montrée comme une figure éternelle, mais comme une construction culturelle, façonnée par des siècles d'échanges et de regards [3]. Le dossier de presse insiste sur la manière dont la beauté féminine et la féminité ont été représentées, et sur la façon dont ces idées ont changé avec le temps [1].
Repères chronologiques
- vers 1200 av. J.-C.Figurine en alliage cuivreux conservée à l'Ashmolean, plus ancienne image de la déesse présentée dans l'exposition.
- milieu du IVe siècle av. J.-C.La cité de Cnide acquiert l'Aphrodite nue de Praxitèle ; Cos avait préféré la version drapée, selon Pline l'Ancien.
- IIIe siècle av. J.-C.À Rome, Aphrodite est officiellement identifiée à Vénus, avec l'arrivée du culte de Vénus Érycine.
- vers 160 apr. J.-C.Vénus du type capitolin, aujourd'hui au Louvre, prêtée à l'exposition.
- 476L'original de Praxitèle, transporté à Constantinople, disparaît, détruit volontairement ou dans l'incendie du palais de Lausos.
- vers 1490Sandro Botticelli peint la Vénus aujourd'hui conservée à la Gemäldegalerie de Berlin.
- 1711Premier moulage en bronze grandeur nature de la Vénus de Médicis, commandé pour le palais de Blenheim.
- 8 octobre 2026Ouverture de l'exposition Aphrodite: The Making of a Goddess à Oxford, jusqu'au 11 avril 2027.
Six œuvres phares de l'exposition et ce qu'elles disent du désir
| Œuvre | Date | Prêteur | Ce qu'elle montre |
|---|---|---|---|
| Figurine d'Aphrodite en alliage cuivreux | vers 1200 av. J.-C. | Ashmolean Museum | Les origines chypriotes d'une déesse toute-puissante |
| Aphrodite accroupie, marbre romain d'après un original hellénistique | IIe siècle apr. J.-C. | Royal Collection | La déesse surprise au bain, motif né après Praxitèle |
| Vénus du type capitolin | vers 160 apr. J.-C. | Musée du Louvre | Le geste pudique qui cache et désigne à la fois |
| Vénus, Sandro Botticelli | vers 1490 | Gemäldegalerie, Berlin | La redécouverte du nu antique à la Renaissance |
| Vénus aux chiffons, Michelangelo Pistoletto | 1967, 1974 | Non précisé | Une Vénus classique face aux rebuts de la société de consommation |
| Robe Loewe de Jonathan Anderson | 2023 | Non précisé | Portée par Beyoncé lors de la tournée Renaissance |
Quelles œuvres majeures sont exposées ?
L'exposition s'appuie sur des prêts de grandes collections européennes et chypriotes, à côté des pièces de l'Ashmolean [1]. La plus ancienne image de la déesse présentée est une figurine en alliage cuivreux du musée, datée d'environ 1200 avant notre ère [1]. Un sanctuaire d'Aphrodite a été reconstitué à partir de prêts venus de Chypre et de collections internationales [1].
Pour l'Antiquité romaine, le Louvre a prêté une Vénus du type dit capitolin, datée d'environ 160 de notre ère, ainsi qu'une mosaïque de Tunisie, datée de 200 à 250, qui montre la déesse naviguant sur une barque [1]. La Royal Collection britannique a confié une Aphrodite accroupie, marbre romain du IIe siècle copié d'un original hellénistique [1]. On y voit aussi le premier moulage en bronze grandeur nature de la Vénus de Médicis, commandé en 1711 pour le palais de Blenheim [1].
La Renaissance est représentée par la Vénus peinte vers 1490 par Sandro Botticelli, prêtée par la Gemäldegalerie de Berlin [1] [3]. Le XXe siècle passe par une Vénus bleue d'Yves Klein, relecture de la Vénus de Médicis selon le musée, et par la Vénus aux chiffons de Michelangelo Pistoletto, versions de 1967 et 1974 [1] [3]. Le parcours se termine sur une robe de la maison Loewe dessinée par Jonathan Anderson et portée par Beyoncé lors de sa tournée Renaissance, en 2023 [1].
Qui est Aphrodite dans les mythes grecs ?
Aphrodite est, dans la religion grecque, la déesse de l'amour, de la beauté et du désir, mais aussi une divinité liée à la mer, à la séduction, au mariage, à la guerre et au pouvoir [2] [3]. Les poètes antiques donnent deux récits de sa naissance. Dans la Théogonie d'Hésiode, elle surgit de l'écume de la mer après la mutilation d'Ouranos par son fils Cronos, ce que le poète relie au nom de la déesse [4]. Dans l'Iliade d'Homère, elle est simplement la fille de Zeus et de Dioné [4].
Son lien avec Chypre est central dans l'exposition. La tradition la fait naître près de Paphos, d'où son surnom de « Cyprienne », et son sanctuaire d'Aphrodite Paphia y a attiré des pèlerins pendant des siècles [4]. Le musée rappelle qu'elle y était vénérée comme une déesse toute-puissante il y a plus de 3 000 ans [2]. Son culte s'est formé dans un monde d'échanges entre la Grèce, Chypre, le Levant, l'Égypte et l'Asie Mineure [3].
Ses mythes parlent surtout d'amours, souvent hors de tout lien conjugal. Un hymne homérique raconte comment Zeus la fait tomber amoureuse d'Anchise, un berger mortel, dont elle a Énée [4]. Elle aime aussi Adonis, tué par un sanglier, et Zeus décide qu'il passera une partie de l'année auprès d'elle et une autre auprès de Perséphone [4]. Le jugement de Pâris, où elle l'emporte sur Héra et Athéna, conduit à la guerre de Troie [1] [4].
Pourquoi Aphrodite est-elle la déesse de l'adultère divin ?
Aphrodite est la protagoniste du plus célèbre adultère de la mythologie grecque, raconté au chant VIII de l'Odyssée [4]. Le chanteur aveugle Démodocos y décrit la déesse comme l'épouse d'Héphaïstos, le dieu forgeron, qui la trompe avec Arès, le dieu de la guerre [4]. Hélios, le Soleil, voit les amants et prévient le mari, qui fabrique un filet presque invisible pour les prendre au piège [4].
La scène tourne à la comédie. Les dieux accourent et rient des deux amants pris au piège ; Apollon, Hermès et Poséidon prennent plutôt le parti d'Arès, et Poséidon propose de payer une compensation à Héphaïstos pour obtenir sa libération [4]. Aphrodite part ensuite pour son temple de Chypre [4]. Le récit ne condamne pas la déesse au sens moral : il met en scène l'humiliation d'un mari et la réparation d'une offense entre dieux.
Les sources antiques ne s'accordent d'ailleurs pas toutes sur ce mariage. Dans l'Iliade, Aphrodite est la compagne non mariée d'Arès, et l'épouse d'Héphaïstos s'appelle Charis ; dans la Théogonie, c'est Aglaé [4]. Ces variantes rappellent que la mythologie grecque n'avait pas de version officielle.
Cette ambiguïté a nourri la morale ancienne. Dans le Banquet de Platon, le personnage de Pausanias distingue deux Aphrodite : une Aphrodite céleste, Ourania, et une Aphrodite « populaire », Pandémos [4]. Les néoplatoniciens puis des auteurs chrétiens ont repris cette opposition pour séparer l'amour spirituel de l'amour charnel [4]. On retrouve là la frontière que la théologie chrétienne tracera entre l'amour et la luxure.
Comment le nu d'Aphrodite a-t-il été reçu, de Cnide à la Renaissance ?
Le nu d'Aphrodite a d'abord été une audace : l'Aphrodite de Cnide, sculptée par Praxitèle au IVe siècle avant notre ère, est l'une des premières représentations grandeur nature du corps féminin nu dans l'art grec [5]. Jusque-là, la sculpture grecque montrait surtout des jeunes hommes nus, tandis que les statues de jeunes femmes restaient vêtues [5]. La statue originale est perdue, mais on la connaît par des copies romaines, dont la Vénus Colonna du Vatican [5].
Pline l'Ancien raconte que Praxitèle avait réalisé deux statues, l'une drapée, l'autre nue. Les habitants de Cos choisirent la première, ceux de Cnide achetèrent la seconde vers le milieu du IVe siècle avant notre ère [5]. Ce double choix illustre déjà la tension entre décence et audace qui accompagnera tout le nu féminin. D'après Athénée, le sculpteur aurait pris pour modèle la courtisane Phryné, mais d'autres auteurs antiques citent un autre nom [5].
La statue fixe un modèle durable : la déesse au bain, à la fois pudique et offerte au regard [3]. D'une main, elle laisse tomber son vêtement ; de l'autre, elle cache son bas-ventre [5]. Ce geste, dit de la Vénus pudique, se retrouve dans la Vénus de Médicis et dans la Vénus capitoline, deux types présents dans l'exposition [1] [5]. Les artistes ont ensuite multiplié les variantes : déesse accroupie, se coiffant, ajustant son drapé ou sortant des flots [3].
L'original a connu une fin obscure. Transporté à Constantinople au IVe siècle de notre ère, il fut détruit, soit volontairement, soit dans l'incendie du palais de Lausos en 476 [5]. À Rome, la déesse avait pris le nom de Vénus : selon Tite-Live, l'identification devient officielle au IIIe siècle avant notre ère, et Jules César puis Auguste font de Vénus Genetrix la mère de leur famille et du peuple romain [3] [4]. Le même Auguste a pourtant fait voter une loi sévère contre l'adultère, que présente notre article sur le stuprum et l'adultère en droit romain.
À la Renaissance, Botticelli, puis Titien, et plus tard Canova et Ingres puisent dans cette iconographie [3]. Le nu mythologique devient alors l'un des rares cadres où le corps féminin peut être montré sans scandale. Au XIXe siècle encore, une Vénus de Salon était admise là où une femme contemporaine choquait, comme le montre notre article sur le péché de chair en peinture.
Quels regards l'exposition propose-t-elle sur le désir ?
L'exposition pose d'abord une question de regard : qui regarde, et qui est regardé [3] ? L'article consacré à l'exposition par Artprice souligne que le parcours interroge la mise en scène du désir plutôt que de célébrer seulement de belles images [3]. Les attributs de la déesse, colombes, coquillages, miroirs, fleurs, bijoux, armes et figures d'Éros, sont replacés dans leurs contextes de fabrication et d'usage [3].
Les commissaires mettent en avant l'origine orientale de la déesse. L'exposition est dirigée par Anja Ulbrich, conservatrice des antiquités chypriotes de l'Ashmolean, avec Peter A. Thompson, Liam McNamara et Jennifer Sliwka, directrice de la galerie de peinture du Kunsthistorisches Museum de Vienne [1]. Elle bénéficie du soutien de la Fondation A. G. Leventis, du Haut-Commissariat de la République de Chypre au Royaume-Uni et du département des Antiquités de Chypre [1]. Ce partenariat donne à l'événement une dimension patrimoniale : Chypre y défend sa place dans l'histoire d'une figure souvent présentée comme simplement grecque.
Le directeur du musée, Xa Sturgis, remercie les nombreuses institutions qui ont prêté des œuvres et présente le parcours comme une perspective nouvelle sur la déesse [1]. La présence d'œuvres de Pistoletto, de Klein et d'une robe de scène de Beyoncé montre que l'image d'Aphrodite reste un langage vivant, repris par la mode et la culture populaire [1].
Plusieurs lectures restent possibles devant les mêmes œuvres. Les uns y verront l'histoire d'un idéal de beauté ; d'autres, celle d'un corps féminin longtemps exposé par des artistes masculins ; d'autres encore, celle d'une divinité dont le culte avait un sens religieux avant d'être un sujet d'art. L'exposition ne tranche pas : elle donne les pièces du dossier.
Comment voir l'exposition et quelle est la suite ?
L'exposition est ouverte jusqu'au 11 avril 2027, de 10 heures à 17 heures, à l'Ashmolean Museum, Beaumont Street, à Oxford [1] [2] [6]. Selon l'Art Fund, le musée reste ouvert jusqu'à 20 heures le dernier vendredi du mois [6]. La réservation est demandée, et le prix varie de 0 à 18 livres selon les tarifs [2]. Les indications de tarif diffèrent d'une source officielle à l'autre : mieux vaut les vérifier avant la visite [1] [2].
Un catalogue illustré accompagne l'exposition, vendu 25 livres au musée et en ligne [1]. Les prêts étant temporaires, ce rassemblement ne durera que le temps de l'exposition. Pour le public français, le voyage permet de voir réunies la Vénus de Botticelli et plusieurs variantes antiques du geste pudique hérité de Praxitèle.
Au-delà de l'événement, l'exposition rappelle une constante de l'histoire culturelle : la manière dont une société représente la déesse du désir dit beaucoup de ce qu'elle tolère, de ce qu'elle cache et de ce qu'elle condamne dans la vie amoureuse.
Questions fréquentes
Jusqu'à quand dure l'exposition Aphrodite à Oxford ?
L'exposition Aphrodite: The Making of a Goddess dure jusqu'au 11 avril 2027. Elle a ouvert le 8 octobre 2026 à l'Ashmolean Museum d'Oxford. Elle est ouverte de 10 heures à 17 heures.
Combien coûte l'entrée de l'exposition Aphrodite ?
Le prix varie de 0 à 18 livres sterling selon les tarifs, d'après la page de l'université d'Oxford. La réservation est demandée. Les pages du musée ne donnent pas toutes les mêmes indications, il vaut donc mieux vérifier avant de venir.
Qui a conçu l'exposition Aphrodite de l'Ashmolean ?
L'exposition est dirigée par Anja Ulbrich, conservatrice des antiquités chypriotes de l'Ashmolean. Elle travaille avec Peter A. Thompson, Liam McNamara et Jennifer Sliwka, du Kunsthistorisches Museum de Vienne. La Fondation A. G. Leventis est le principal soutien.
Pourquoi Aphrodite est-elle liée à Chypre ?
Parce que la tradition antique la fait naître près de Paphos, sur l'île, d'où son surnom de « Cyprienne ». Son sanctuaire de Paphos a été un lieu de pèlerinage pendant des siècles. Elle y était vénérée comme une déesse toute-puissante il y a plus de 3 000 ans.
Qu'est-ce que l'Aphrodite de Cnide ?
C'est une statue de Praxitèle, du IVe siècle avant notre ère, l'une des premières représentations grandeur nature d'un corps féminin nu dans l'art grec. La cité de Cnide l'a achetée après que Cos eut préféré une version drapée. L'original est perdu, mais de nombreuses copies romaines subsistent.
Que raconte l'Odyssée sur Aphrodite et Arès ?
Au chant VIII de l'Odyssée, Aphrodite, épouse d'Héphaïstos, le trompe avec Arès. Prévenu par le Soleil, le mari les prend au piège dans un filet invisible, et les dieux viennent se moquer d'eux. Poséidon obtient ensuite la libération d'Arès contre une compensation.
Quelle est la différence entre Aphrodite et Vénus ?
Aphrodite est la déesse grecque, Vénus son équivalent romain. Selon Tite-Live, les deux sont officiellement identifiées au IIIe siècle avant notre ère. À Rome, Vénus devient aussi Vénus Genetrix, mère du peuple romain et de la famille de Jules César.
Qu'est-ce qu'une Vénus pudique ?
C'est une statue où la déesse nue cache d'une main une partie de son corps. Ce geste vient de l'Aphrodite de Cnide de Praxitèle. La Vénus de Médicis et la Vénus capitoline en sont deux exemples célèbres.
Sources
- ashmolean.org — https://www.ashmolean.org/node/4964666
- ox.ac.uk — https://www.ox.ac.uk/node/8794739
- news.artprice.com — https://news.artprice.com/en/16409/aphrodite-exhibition-at-the-ashmolean-museum-the-story-of-a-millennia-old-icon
- en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/Aphrodite
- en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/Aphrodite_of_Knidos
- artfund.org — https://www.artfund.org/explore/exhibitions/2026/10/08/aphrodite-the-making-of-a-goddess
Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.


