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Goncourt 2025 : La Maison vide, ou la honte d'une femme tondue transmise sur trois générations

Par la rédaction de fornication.frPublié le Vérifié le Lecture : 10 min9 sources
Couverture illustrée : une couronne de laurier sur une carte (France), 2025
L'essentiel

De quoi parle La Maison vide, le roman de Laurent Mauvignier qui a reçu le prix Goncourt 2025 ?

Le 4 novembre 2025, l'académie Goncourt a couronné au premier tour, par six voix, La Maison vide de Laurent Mauvignier (Minuit). Ce roman d'environ 750 pages remonte trois générations d'une famille de Touraine : un mariage imposé, un héros de Verdun et une grand-mère tondue à la Libération, dont le visage a été découpé des photos. [1] [2]

Sommaire
  1. Que s'est-il passé le 4 novembre 2025 ?
  2. De quoi parle La Maison vide ?
  3. Pourquoi la tonte de Marguerite est-elle au cœur du roman ?
  4. Que sait-on des femmes tondues à la Libération ?
  5. Que disent l'auteur, la critique et les autres jurys ?
  6. Qu'est-ce que ce prix a changé pour le livre ?
  7. Pourquoi ce roman intéresse-t-il l'histoire des mœurs ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Que s'est-il passé le 4 novembre 2025 ?

Le mardi 4 novembre 2025, au restaurant Drouant à Paris, l'académie Goncourt a attribué son prix annuel à Laurent Mauvignier pour La Maison vide, publié aux Éditions de Minuit [1]. L'écrivain, âgé de 58 ans, l'a emporté dès le premier tour de scrutin, avec six voix [1] [9]. La romancière belge Caroline Lamarche, finaliste avec Le Bel Obscur, en a obtenu quatre [1] [9].

La dernière sélection comptait aussi Emmanuel Carrère, pour Kolkhoze, et Nathacha Appanah, pour La Nuit au cœur [1]. La veille, le lundi 3 novembre, le jury Femina avait déjà distingué le roman de Nathacha Appanah, lors d'une proclamation au musée Carnavalet [6]. La Maison vide figurait elle aussi parmi les cinq derniers finalistes du Femina [6].

Le prix est remis par la Société littéraire des Goncourt, une institution prévue par le testament d'Edmond de Goncourt et officiellement fondée en 1902 [8]. Le roman couronné était paru le 28 août 2025, au début de la rentrée littéraire, en un volume de 752 pages [2]. Le jury a donc couronné un livre long, construit comme une enquête familiale.

Repères chronologiques

  1. 1902Fondation officielle de la Société littéraire des Goncourt, prévue par le testament d'Edmond de Goncourt.
  2. 1943-1946Environ 20 000 femmes sont tondues en France pour « collaboration horizontale », selon l'historien Fabrice Virgili.
  3. 28 août 2025Parution de La Maison vide aux Éditions de Minuit (752 pages).
  4. 3 novembre 2025Le prix Femina va à Nathacha Appanah ; La Maison vide figurait parmi les cinq finalistes.
  5. 4 novembre 2025Chez Drouant, Laurent Mauvignier reçoit le Goncourt au premier tour, par six voix contre quatre à Caroline Lamarche.
  6. 14 décembre 2025Dans un grand entretien au Grand Continent, l'auteur revient sur la tonte de sa grand-mère et la part d'invention du roman.
  7. 16-22 février 2026Plus de trois mois après le prix, le roman figure encore au 19e rang des meilleures ventes NielsenIQ / Livres Hebdo.

De quoi parle La Maison vide ?

La Maison vide est une saga familiale : un narrateur très proche de l'auteur reconstitue l'histoire de sa lignée paternelle sur trois générations [1][4]. Le point de départ est daté. En 1976, le père du narrateur rouvre une maison de campagne de Touraine qu'il a héritée de sa mère et qui était restée fermée une vingtaine d'années [1][2].

À l'intérieur, il trouve un piano, une commode au marbre ébréché, une Légion d'honneur et des photographies de famille sur lesquelles le visage de la grand-mère, Marguerite, a été découpé [1]. De cette absence part toute l'enquête. Le narrateur remonte jusqu'à la fin du XIXe siècle, en traversant les deux guerres mondiales [1][2].

La première figure est Marie-Ernestine, l'arrière-grand-mère. Jeune pianiste douée, elle voit son père autoritaire briser son espoir d'étudier au Conservatoire de Paris [1]. Le site culturel Unidivers la décrit comme une femme soumise à un mariage forcé, qui se replie ensuite sur elle-même [2]. Son mari, Jules, est tué en héros à Verdun en 1916 [1].

Vient ensuite leur fille, Marguerite, présentée par Unidivers comme rebelle, amante, puis humiliée [2]. À la Libération, elle a la tête rasée en raison de liens supposés avec l'occupant allemand [1]. Le roman se referme sur une autre fracture familiale : le suicide du père du narrateur, en 1983 [1][2].

Le bourg du roman s'appelle La Bassée. C'est une ville inventée, inspirée de Descartes, la petite ville de Touraine où Mauvignier a grandi [3][4]. L'auteur explique avoir préféré un nom fictif pour ne pas imposer son regard à un lieu réel, d'autant que plusieurs hameaux portent déjà ce nom, et qu'une commune plus grande, près de Lille, s'appelle aussi La Bassée [3].

Pourquoi la tonte de Marguerite est-elle au cœur du roman ?

La tonte de Marguerite est au cœur du livre parce qu'elle explique l'image qui l'ouvre : un visage découpé aux ciseaux sur les photos de famille [3]. Dans son entretien au Grand Continent, publié le 14 décembre 2025, Mauvignier relie l'héroïsme de Jules au déshonneur de sa fille [3]. Il fait de l'enfant né de Marguerite l'héritier de cette humiliation [3].

La honte passe ainsi d'une génération à l'autre, sans être dite. L'écrivain raconte que la scène vient d'un récit de famille : sa mère lui a appris, quand il était enfant, que son père avait vu à sept ans sa propre mère tondue pendant l'épuration [3]. Mauvignier précise qu'il n'a jamais vu cette image et qu'elle n'existe pour lui que dans la mémoire et l'imagination [3].

Les critiques soulignent que le roman refuse de juger le personnage. Unidivers voit en Marguerite un bouc émissaire, une femme coupable d'avance, sur qui une époque a reporté sa honte collective [2]. L'Éclaireur de la Fnac relève de son côté que le narrateur peint sans l'excuser une femme qui « deviendra collabo », et sans chercher non plus à attendrir le lecteur [4].

Le motif exact de la tonte reste en partie flou, et ce flou est assumé. Les recensions parlent de liens avec l'occupant, d'une amante, d'une collaboratrice : le roman laisse ces lectures coexister [1][2][4]. Mauvignier revendique d'ailleurs de travailler à partir d'hypothèses et de possibilités romanesques, plutôt que de faits établis [3].

Que sait-on des femmes tondues à la Libération ?

Les tontes de la Libération sont un fait historique de grande ampleur : selon les travaux de l'historien Fabrice Virgili, environ 20 000 femmes ont eu la tête rasée en France entre 1943 et 1946 [5]. Son livre La France « virile », publié en anglais sous le titre Shorn Women, a été recensé en 2003 par Richard Parish, professeur de français à l'université d'Oxford [5].

Ce compte rendu indique que ces femmes étaient punies pour « collaboration horizontale », autrement dit pour des relations intimes, réelles ou supposées, avec des Allemands [5]. Les victimes étaient surtout des femmes jeunes et célibataires, et très peu d'hommes ont subi le même châtiment [5]. La recension relève aussi une coïncidence de calendrier : les Françaises obtiennent le droit de vote en 1944, au moment où ces tontes se multiplient [5].

La tonte est une punition publique qui vise le corps et la réputation. Elle sanctionne autant une conduite sexuelle jugée indigne qu'un choix politique, ce qui la rattache à l'histoire de la morale des mœurs. C'est ce double registre que le roman exploite, à l'échelle d'une seule famille.

La Maison vide ne raconte pas l'épuration en général. Il montre comment une condamnation morale, prononcée en public contre une femme, se prolonge ensuite dans le silence d'une maison, jusqu'à effacer un visage des albums [1][3]. Le livre donne ainsi une forme romanesque à une mémoire que beaucoup de familles ont tue.

Que disent l'auteur, la critique et les autres jurys ?

L'auteur assume le mélange du vécu et de l'invention. Une grande partie de la matière du livre vient de récits entendus dans l'enfance, qu'il garde comme de vrais souvenirs [3]. Il résume sa position d'une formule : « Tout est donc vrai — et peu importe ce qui a été vécu ou pas » [3].

Il précise que son arrière-grand-mère réelle s'appelait Marie-Ernestine Proust, un nom courant en Touraine, qui rejoint celui du romancier [3]. Il cite Proust et René Boylesve, dont une épigraphe ouvre le livre, parmi ses références, mais aussi Balzac, Flaubert, Maupassant, Zola, Claude Simon, Duras ou Faulkner [3]. Il ne présente pas le suicide de son père, survenu quand il avait seize ans, comme le déclencheur unique du roman, mais comme l'une des questions qui le traversent [3].

La critique a été largement favorable. L'Éclaireur de la Fnac salue la densité du livre, son travail sur le temps, sa retenue, et le rapproche de Balzac pour sa forme de saga [4]. Ses réserves restent légères : la longueur du livre et des personnages dont les réactions ne sont pas toujours compréhensibles [4]. La même critique insiste sur la place des mémoires féminines et sur les rapports de force entre hommes et femmes [4].

Unidivers lit le roman comme une enquête sur des femmes empêchées : une pianiste privée de musique, une fille rebelle punie, une lignée marquée par le non-dit [2]. Les deux recensions s'accordent sur un point : le roman n'accuse ni n'absout, il cherche à comprendre comment une lignée se construit autour de ce qui ne se dit pas [2][4].

Le jury Femina, composé de douze femmes, a fait un autre choix, sur un thème voisin. Il a couronné au second tour La Nuit au cœur de Nathacha Appanah (Gallimard), un roman qui suit trois femmes prises dans une spirale de violences masculines [6]. Ce livre s'était déjà vendu à près de 31 000 exemplaires, selon NielsenIQ BookData, au moment du prix [6].

Qu'est-ce que ce prix a changé pour le livre ?

Le prix a maintenu La Maison vide parmi les meilleures ventes bien après son attribution. Dans la semaine du 16 au 22 février 2026, soit plus de trois mois après le vote, le roman figurait encore au 19e rang du classement NielsenIQ Book Data / Livres Hebdo [7]. Pour un livre de plus de 750 pages, ce maintien dans le classement traduit une lecture qui a duré au-delà de l'effet d'annonce.

Le Goncourt a aussi donné une audience nationale à un sujet que le roman traite à hauteur de famille. La tonte, le mariage contraint et le silence des maisons sont devenus des thèmes de discussion autour d'un roman, et non plus seulement d'ouvrages d'historiens. L'entretien de décembre 2025 montre que l'auteur a été longuement interrogé sur ce point, et sur la frontière entre souvenir et fiction [3].

Le prix n'a pas tranché, en revanche, les questions que le roman laisse ouvertes. On ne sait pas, et le livre ne veut pas dire, ce que Marguerite a réellement fait [3]. Cette incertitude fait partie du propos : elle oblige le lecteur à regarder la sanction elle-même, plutôt que la faute supposée.

Pourquoi ce roman intéresse-t-il l'histoire des mœurs ?

La Maison vide intéresse l'histoire des mœurs parce qu'il montre, sur un siècle, comment la vie intime des femmes a été jugée par la famille et par la communauté. Le mariage de Marie-Ernestine est décidé pour elle [2]. La conduite de Marguerite est punie en public, puis effacée des images [1][3].

Le roman s'inscrit dans une longue tradition française où la littérature fait entrer la morale conjugale et sexuelle dans le récit. Mauvignier revendique Flaubert parmi ses modèles [3] ; or c'est précisément Madame Bovary qui avait valu à Flaubert d'être poursuivi pour outrage à la morale, comme le rappelle notre article sur le procès de Madame Bovary en 1857. Plus largement, notre dossier sur les écrivains français et le mot fornication montre comment le vocabulaire moral a circulé dans les romans.

La différence tient au regard. Le roman du XIXe siècle pouvait se voir reprocher de peindre l'adultère ; le roman de 2025 interroge plutôt la violence de la réprobation elle-même [2][4]. Le Goncourt 2025 et le Femina 2025 ont ainsi distingué, à un jour d'intervalle, deux livres centrés sur le sort réservé aux femmes [1][6].

Questions fréquentes

Qui a reçu le prix Goncourt 2025 ?

Laurent Mauvignier a reçu le prix Goncourt 2025 pour La Maison vide, publié aux Éditions de Minuit. Il l'a emporté au premier tour, avec six voix contre quatre à la Belge Caroline Lamarche. Emmanuel Carrère et Nathacha Appanah étaient aussi finalistes.

Quand le prix Goncourt 2025 a-t-il été décerné ?

Le prix Goncourt 2025 a été décerné le mardi 4 novembre 2025, au restaurant Drouant à Paris. Le prix Femina avait été proclamé la veille, le 3 novembre, au musée Carnavalet.

De quoi parle La Maison vide ?

La Maison vide raconte l'histoire d'une famille de Touraine sur trois générations, à partir d'une maison rouverte en 1976. On y croise une pianiste mariée contre son gré, son mari tué à Verdun en 1916 et leur fille Marguerite, tondue à la Libération. Le livre se termine sur le suicide du père du narrateur en 1983.

Pourquoi Marguerite est-elle tondue dans La Maison vide ?

Marguerite est tondue à la Libération en raison de liens supposés avec l'occupant allemand. Le roman laisse volontairement flou ce qu'elle a réellement fait. Les critiques la décrivent comme une amante, une collaboratrice ou un bouc émissaire, selon les lectures.

La Maison vide est-elle une histoire vraie ?

En partie. Laurent Mauvignier s'appuie sur des récits familiaux entendus dans l'enfance, notamment celui de sa grand-mère tondue, et son arrière-grand-mère s'appelait réellement Marie-Ernestine Proust. Il présente toutefois son livre comme une fiction faite d'hypothèses, et le bourg de La Bassée est inventé.

Combien de femmes ont été tondues à la Libération ?

Environ 20 000 femmes ont été tondues en France entre 1943 et 1946, selon les travaux de l'historien Fabrice Virgili. Elles étaient punies pour « collaboration horizontale », c'est-à-dire pour des relations réelles ou supposées avec des Allemands. Il s'agissait surtout de femmes jeunes et célibataires.

Qui a reçu le prix Femina 2025 ?

Nathacha Appanah a reçu le prix Femina 2025 pour La Nuit au cœur, publié chez Gallimard. Le roman suit trois femmes confrontées à une spirale de violences masculines. Le jury, composé de douze femmes, l'a choisi au second tour.

Combien de pages compte La Maison vide ?

La Maison vide compte 752 pages. Le roman est paru le 28 août 2025 aux Éditions de Minuit. En février 2026, il figurait encore dans les vingt meilleures ventes de livres en France.

Sources

  1. sortiraparis.com — https://www.sortiraparis.com/actualites/a-paris/articles/336260-prix-goncourt-2025-remporte-par-laurent-mauvignier-pour-la-maison-vide
  2. unidivers.fr — https://unidivers.fr/laurent-mauvignier-maison-vide/
  3. legrandcontinent.eu — https://legrandcontinent.eu/fr/2025/12/14/les-libertes-de-laurent-mauvignier-grand-entretien-avec-le-prix-goncourt-2025/
  4. leclaireur.fnac.com — https://leclaireur.fnac.com/article/cp69051-la-maison-vide-que-vaut-le-livre-de-laurent-mauvignier-prix-goncourt-2025/
  5. timeshighereducation.com — https://www.timeshighereducation.com/node/85369
  6. sortiraparis.com — https://www.sortiraparis.com/en/news/in-paris/articles/304273-prix-femina-literary-prize-award-announcement
  7. livreshebdo.fr — https://www.livreshebdo.fr/article/les-meilleures-ventes-de-livres-du-16-au-22-fevrier-2026-gisele-pelicot-en-tete
  8. academiegoncourt.com — https://www.academiegoncourt.com/
  9. livreshebdo.fr — https://www.livreshebdo.fr/article/le-prix-goncourt-2025-pour-laurent-mauvignier

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

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