Éducation à la sexualité : l'État condamné pour ne pas avoir appliqué la loi de 2001

Pourquoi l'État a-t-il été condamné pour l'éducation à la sexualité à l'école ?
Le 2 décembre 2025, le tribunal administratif de Paris a jugé que l'État avait commis une carence fautive en n'organisant pas de façon systématique, depuis 2001, les trois séances annuelles d'éducation à la sexualité prévues par la loi. Saisi par le Planning familial, Sidaction et SOS Homophobie, il leur a accordé un euro symbolique chacune.
Sommaire
- Qu'a jugé le tribunal administratif de Paris le 2 décembre 2025 ?
- Que prévoit la loi de 2001 sur l'éducation à la sexualité ?
- Que contient le programme EVARS entré en vigueur à la rentrée 2025 ?
- Que disent les associations, le ministère et les opposants ?
- Comment se passe la première année d'application ?
- Qu'est-ce que ce jugement change, et qu'attendre ensuite ?
- Questions fréquentes
- Sources
Qu'a jugé le tribunal administratif de Paris le 2 décembre 2025 ?
Le tribunal a reconnu une faute de l'État, sans lui imposer de nouvelles mesures. Le jugement n° 2304595, lu le 2 décembre 2025 après une audience tenue le 18 novembre, répond à une requête déposée par trois associations : le Planning familial, Sidaction et SOS Homophobie [1]. Elles avaient saisi la juridiction en mars 2023 [2].
Les associations demandaient trois choses. Elles réclamaient un euro symbolique chacune en réparation de leur préjudice, une injonction obligeant le ministre de l'éducation nationale à organiser au moins trois séances annuelles par groupe d'âge homogène sur tout le territoire, et 2 000 euros chacune au titre des frais de justice [1].
Sur le fond, le tribunal constate que l'éducation à la sexualité n'a pas été assurée de façon systématique dans les écoles, collèges et lycées depuis l'entrée en vigueur de la loi [1]. Il écarte l'argument du ministère selon lequel ces contenus étaient intégrés à d'autres enseignements, faute de preuve de leur mise en œuvre effective [1]. Il juge aussi que les circulaires de 2003, 2018 et 2022 ne suffisaient pas à remplir l'obligation légale et n'avaient pas été prises dans un délai raisonnable [1].
La sensibilité du sujet, sa complexité pédagogique et la nécessité de coordonner l'école avec des partenaires extérieurs n'exonèrent pas l'État, estime le tribunal : ce sont des contraintes d'organisation du service, sans effet sur une obligation fixée par la loi [1]. Il retient donc la carence fautive de l'État à prendre, dans un délai raisonnable, les mesures nécessaires [1].
Chaque association obtient la réparation d'un préjudice moral propre. Pour le Planning familial, c'est son objet même, l'éducation à la sexualité, qui est atteint ; pour Sidaction, le lien entre éducation sexuelle et prévention du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles ; pour SOS Homophobie, la lutte contre les discriminations [1]. Le tribunal accorde un euro à chacune, ainsi que 500 euros au titre des frais de justice, bien moins que les 2 000 euros demandés [1].
L'injonction, en revanche, est rejetée. Le tribunal relève que le programme d'éducation à la sexualité a été fixé par un arrêté du 3 février 2025, publié au Journal officiel du 5 février, et précisé par une circulaire du 4 février [1]. Les associations n'établissent pas, selon lui, que la carence persiste à la date du jugement [1].
Repères chronologiques
- 4 juillet 2001La loi impose au moins trois séances annuelles d'éducation à la sexualité par groupe d'âge homogène (article L. 312-16 du code de l'éducation).
- Juillet 2021Un rapport de l'Inspection générale estime que moins de 15 % des élèves bénéficient des trois séances annuelles ; il est rendu public en septembre 2022.
- Mars 2023Le Planning familial, Sidaction et SOS Homophobie saisissent le tribunal administratif de Paris.
- 3 et 4 février 2025Arrêté fixant le programme d'éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité (EVARS), puis circulaire d'application.
- 27 juin 2025Le Conseil d'État rejette les recours d'associations et de particuliers contre le programme et sa circulaire.
- Septembre 2025Le programme devient obligatoire dans les écoles, collèges et lycées publics et privés sous contrat.
- 2 décembre 2025Le tribunal administratif de Paris reconnaît la carence fautive de l'État et accorde un euro symbolique à chaque association.
- 28 juillet 2026Le ministère confirme que les associations agréées peuvent intervenir à l'école primaire, aux côtés des personnels.
Que prévoit la loi de 2001 sur l'éducation à la sexualité ?
La loi oblige l'école à organiser au moins trois séances d'éducation à la sexualité par an. Cette règle figure à l'article L. 312-16 du code de l'éducation, en vigueur depuis le 7 juillet 2001 [1]. Elle a été introduite par l'article 22 de la loi n° 2001-588 du 4 juillet 2001 relative à l'interruption volontaire de grossesse et à la contraception [11]. Ce texte prévoit une information adaptée à l'âge des élèves, en complément du rôle des parents [4]. Depuis le 10 février 2010, l'article L. 121-1 range aussi l'éducation à la sexualité parmi les missions des écoles, collèges et lycées [1].
Pendant plus de vingt ans, l'obligation est restée largement théorique. Une circulaire du 17 février 2003 en avait précisé les modalités [6]. En juillet 2021, un rapport de l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche concluait que moins de 15 % des élèves bénéficiaient des trois séances annuelles ; ce rapport n'a été rendu public qu'en septembre 2022 [6].
Le ministère a ensuite renforcé ses rappels. En réponse à une question du sénateur Michel Canévet, publiée le 18 mai 2023, il citait une circulaire du 30 septembre 2022 réaffirmant l'obligation, la création d'équipes académiques de pilotage et des séminaires de formation [6]. Une enquête Ifop publiée en 2023 indiquait encore que 17 % des 15-24 ans n'avaient jamais assisté à une seule séance pendant leur scolarité [2]. L'histoire de ces débats est retracée dans l'article sur les débats publics sur le couple et la sexualité.
Que contient le programme EVARS entré en vigueur à la rentrée 2025 ?
Le programme EVARS est le premier programme national fixant le contenu de ces séances, de la maternelle au lycée. Le Conseil supérieur de l'éducation l'a examiné le 30 janvier 2025, et le ministère l'a présenté comme largement adopté [5]. Il s'applique depuis la rentrée de septembre 2025 dans les établissements publics et privés sous contrat [5].
Son intitulé varie selon l'âge. À l'école maternelle et élémentaire, il s'agit d'une éducation à la vie affective et relationnelle, dite EVAR ; au collège et au lycée s'y ajoute l'éducation à la sexualité, d'où le sigle EVARS [5]. Le Conseil d'État décrit trois axes déclinés à chaque niveau, dans les champs biologique, psycho-émotionnel, juridique et social [4].
Les objectifs affichés sont le respect de soi et d'autrui, l'égalité entre les femmes et les hommes, la prévention des violences, notamment sexistes et sexuelles, et la lutte contre les discriminations [5]. Le texte prévoit une éducation au principe du consentement et, dans le second degré, une information sur la santé sexuelle, avec le numéro vert national consacré à la sexualité, à la contraception et à l'IVG [5]. La notion juridique de consentement est détaillée dans l'article sur la loi de 2025 sur le consentement.
Le ministère a prévu un dispositif de formation : un séminaire national en mars 2025, un parcours en ligne sur la plateforme Magistère et, pour l'année 2025-2026, deux journées de formation en présentiel, soit douze heures, proposées aux volontaires dans chaque académie [5].
Le programme a résisté à une contestation juridique avant même d'entrer en vigueur. Le 27 juin 2025, le Conseil d'État a rejeté les recours d'associations et de particuliers qui demandaient l'annulation de l'arrêté et de la circulaire [4]. Il a jugé que les notions enseignées reposent sur l'état de la science ou du droit, doivent être présentées de manière neutre et objective, sans inciter les élèves à adopter un comportement donné, et ne font pas l'objet d'une évaluation [4]. Il a conclu au respect de la neutralité du service public, de la liberté de conscience des élèves et de leurs parents, et du droit des parents d'éduquer leurs enfants selon leurs convictions [4].
Que disent les associations, le ministère et les opposants ?
Les associations requérantes y voient une avancée, mais jugent la question des moyens non réglée. Pour Sarah Durocher, présidente du Planning familial, le jugement constitue une étape qui laisse des zones d'ombre [3]. Elle demande que l'Éducation nationale rende compte de la mise en place du programme, faute de chiffres disponibles, doute que tous les personnels soient formés et regrette l'absence de budget pour les associations [3]. « C'est à l'Éducation nationale de mettre en place ces cours », résume-t-elle [3].
Le ministère, devant le tribunal, avait fait valoir que ces contenus étaient déjà intégrés à d'autres enseignements et que le sujet exigeait une préparation délicate, avec des partenaires extérieurs [1]. Ces arguments n'ont pas été retenus pour écarter la faute, mais l'existence du programme de 2025 a suffi à écarter l'injonction [1].
D'autres voix critiquent le programme lui-même. Lors d'une question posée en séance le 12 mars 2025, la sénatrice Sylviane Noël (Les Républicains, Haute-Savoie) estimait qu'il portait atteinte à la neutralité scolaire [7]. Elle contestait le travail sur les stéréotypes de genre dès la maternelle et la distinction entre sexe et genre en classe de cinquième, jugeait irréaliste une formation de deux jours et demandait que les parents soient mieux informés et associés [7]. La ministre de l'éducation nationale, Élisabeth Borne, lui avait répondu que les contenus étaient progressifs, que les familles seraient informées, notamment lors des réunions de rentrée, et que l'éducation au respect et au consentement aide les enfants à se protéger [7].
Le recours rejeté par le Conseil d'État en juin 2025 reposait sur des arguments proches : neutralité du service public, liberté de conscience et droit des parents d'éduquer leurs enfants selon leurs convictions [4]. À l'inverse, des députés favorables au programme s'inquiètent de son application inégale. Le député Bastien Lachaud (La France insoumise, Seine-Saint-Denis) a ainsi interrogé le ministère, le 30 septembre 2025, sur des établissements privés sous contrat qui n'appliqueraient pas le programme ou feraient intervenir des associations non agréées [10]. La place des convictions religieuses dans l'école publique est abordée dans l'article sur la laïcité et les morales religieuses.
Comment se passe la première année d'application ?
Les réponses ministérielles consultées ne fournissent aucun chiffre national sur les séances réellement organisées. Plusieurs questions écrites de députés décrivent cependant les difficultés de la première année.
La députée Anne Stambach-Terrenoir (La France insoumise, Haute-Garonne) a signalé, dans une question publiée le 28 avril 2026, une confusion sur le rôle des associations à l'école primaire [8]. Selon elle, une foire aux questions du site Éduscol indiquait d'abord que seuls les personnels devaient animer les séances, avant une correction en octobre 2025 autorisant les associations à titre exceptionnel ; en Haute-Garonne, le Planning familial n'aurait pas été autorisé à intervenir en 2025-2026 [8].
Le ministère lui a répondu le 28 juillet 2026. Il rappelle l'obligation d'au moins trois séances par niveau et par an, confiées d'abord aux enseignants avec les personnels sociaux et de santé [8]. Il précise que les associations agréées, dont le Planning familial, peuvent intervenir à l'école primaire aux côtés des personnels, sur le fondement de l'article D. 551-6 du code de l'éducation, et que la foire aux questions a été mise à jour [8]. Les interventions extérieures sont recensées par une enquête de fin d'année auprès des établissements, mais la réponse ne donne aucun chiffre [8].
Une autre question, publiée le 21 juillet 2026 par la députée Mathilde Feld (La France insoumise, Gironde), relève un manque de formation des enseignants, l'absence de plage horaire dédiée et des séances parfois mal accueillies par les familles [9]. Elle demande la publication d'un bilan annuel de l'enseignement ; aucune réponse n'y avait été apportée à la date de vérification [9].
Qu'est-ce que ce jugement change, et qu'attendre ensuite ?
Sur le plan juridique, le jugement reconnaît qu'une obligation fixée par la loi ne peut rester sans application pendant plus de deux décennies sans engager la responsabilité de l'État [1]. Sa portée pratique reste limitée : le tribunal n'impose aucune mesure supplémentaire, puisqu'il estime que la persistance de la carence n'est plus établie depuis l'adoption du programme de 2025 [1][2].
La décision déplace donc le débat vers la mise en œuvre. Les associations demandent des moyens et des chiffres [3], des parlementaires réclament un bilan annuel [9], tandis que d'autres élus contestent toujours certains contenus ou leur adaptation à l'âge des élèves [7]. Le cadre juridique du programme, lui, a été validé par le Conseil d'État [4].
La rentrée 2026 ouvre la deuxième année d'application. Le ministère indique que plusieurs académies, dont celle de Toulouse, ont préparé des interventions de partenaires pour cette rentrée [8]. Le jugement de décembre 2025 pouvait faire l'objet d'un appel ; au 23 octobre 2026, aucune des sources consultées ne fait état d'un recours devant la cour administrative d'appel de Paris.
Questions fréquentes
L'éducation à la sexualité est-elle obligatoire à l'école en France ?
Oui. Depuis la loi du 4 juillet 2001, l'article L. 312-16 du code de l'éducation impose au moins trois séances annuelles d'information et d'éducation à la sexualité par groupe d'âge homogène [1]. Depuis septembre 2025, leur contenu est fixé par le programme EVARS, obligatoire dans le public et le privé sous contrat [5].
Pourquoi l'État a-t-il été condamné en décembre 2025 ?
Parce que les séances prévues par la loi depuis 2001 n'ont pas été organisées de façon systématique. Le tribunal administratif de Paris a jugé, le 2 décembre 2025, que l'État n'avait pas pris dans un délai raisonnable les mesures nécessaires, ce qui constitue une carence fautive [1].
Combien l'État doit-il verser aux associations ?
Un euro symbolique à chacune des trois associations requérantes, le Planning familial, Sidaction et SOS Homophobie, en réparation de leur préjudice moral [1]. Le tribunal y ajoute 500 euros chacune au titre des frais de justice, alors qu'elles en demandaient 2 000 [1].
Qu'est-ce que le programme EVARS ?
C'est le programme national d'éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité, fixé par un arrêté du 3 février 2025 [1]. Il prévoit une éducation à la vie affective et relationnelle à l'école primaire, complétée par une éducation à la sexualité au collège et au lycée [5]. Il aborde notamment le consentement, l'égalité et la prévention des violences.
Le Conseil d'État a-t-il validé le programme EVARS ?
Oui. Le 27 juin 2025, il a rejeté les recours d'associations et de particuliers contre l'arrêté et la circulaire [4]. Il a jugé que le programme respecte la neutralité du service public, la liberté de conscience et le droit des parents d'éduquer leurs enfants selon leurs convictions [4].
Les parents sont-ils informés des séances d'EVARS ?
Oui. Selon le Conseil d'État, les parents doivent être informés chaque année des objectifs du programme et peuvent demander des informations ou un entretien, comme le prévoit l'article D. 114-1 du code de l'éducation [4]. Le ministère a aussi évoqué une information lors des réunions de rentrée [7].
Des associations peuvent-elles intervenir à l'école primaire ?
Oui, aux côtés des personnels. Dans une réponse publiée le 28 juillet 2026, le ministère a précisé que les associations agréées, dont le Planning familial, peuvent intervenir à l'école primaire sur le fondement de l'article D. 551-6 du code de l'éducation [8]. Les enseignants restent les premiers responsables des séances [8].
Sources
- paris.tribunal-administratif.fr — https://paris.tribunal-administratif.fr/Media/mediatheque-ta-paris/documents/2025/decembre/2304595
- leclubdesjuristes.com — https://www.leclubdesjuristes.com/en-bref/letat-reconnu-coupable-de-carence-fautive-pour-avoir-manque-a-ses-obligations-en-matiere-deducation-a-la-vie-affective-relationnelle-et-sexuelle-a-lecole-13212/
- politis.fr — https://www.politis.fr/articles/2025/12/education-a-la-sexualite-entretien-sarah-durocher-letat-condamne-pour-24-ans-de-manquements/
- conseil-etat.fr — https://conseil-etat.fr/actualites/le-programme-scolaire-d-education-a-la-vie-affective-et-relationnelle-et-a-la-sexualite-est-conforme-a-la-loi
- education.gouv.fr — https://www.education.gouv.fr/education-la-vie-affective-relationnelle-et-la-sexualite-le-programme-de-l-education-nationale-est-462573
- senat.fr — https://www.senat.fr/questions/base/2023/qSEQ230205081.html
- senat.fr — https://www.senat.fr/questions/base/2025/qSEQ25030242G.html
- assemblee-nationale.fr — https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE14671
- questions.assemblee-nationale.fr — https://questions.assemblee-nationale.fr/q17/17-17105QE.htm
- assemblee-nationale.fr — https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/questions/QANR5L17QE9921.pdf
- affairesjuridiques.aphp.fr — https://affairesjuridiques.aphp.fr/textes/loi-n-2001-588-du-4-juillet-2001-relative-a-linterruption-volontaire-de-grossesse-et-a-la-contraception/?pdf=609677
Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.


