Renoir et l'amour : au musée d'Orsay, les couples heureux d'un peintre qui vivait hors des normes

Que montrait l'exposition Renoir et l'amour au musée d'Orsay en 2026 ?
Du 17 mars au 19 juillet 2026, le musée d'Orsay a présenté « Renoir et l'amour. La modernité heureuse (1865-1885) », une cinquantaine de tableaux de couples, de bals et de canotiers. Coorganisée avec la National Gallery de Londres et le Museum of Fine Arts de Boston, l'exposition replaçait ces scènes dans la morale bourgeoise de leur temps. [1] [2]
Sommaire
- Qu'a présenté le musée d'Orsay du 17 mars au 19 juillet 2026 ?
- Comment l'exposition était-elle construite ?
- Quelle vision de l'amour Renoir peignait-il ?
- Que dit la vie privée de Renoir des mœurs de son temps ?
- Que disent les admirateurs et les critiques de Renoir ?
- Qu'est-ce que cette exposition a changé dans le regard sur Renoir ?
- Et ensuite ?
- Questions fréquentes
- Sources
Qu'a présenté le musée d'Orsay du 17 mars au 19 juillet 2026 ?
Le musée d'Orsay a réuni, du 17 mars au 19 juillet 2026, environ cinquante peintures d'Auguste Renoir consacrées aux vingt premières années de sa carrière, de 1865 à 1885 [1][3]. L'exposition s'intitulait « Renoir et l'amour. La modernité heureuse (1865-1885) » [1]. C'était, selon le musée, la première fois qu'était rassemblé un tel ensemble de scènes de la vie moderne, ces grandes compositions à plusieurs personnages qui se distinguent des portraits et des paysages [1].
Le commissariat associait les trois institutions partenaires. Paul Perrin, conservateur en chef et directeur de la conservation et des collections du musée d'Orsay, travaillait avec Christopher Riopelle et Chiara di Stefano, de la National Gallery de Londres, et Katie Hanson, du Museum of Fine Arts de Boston [1]. Le musée rappelait que la dernière rétrospective Renoir à Paris remontait à 1985 [1][3].
L'exposition coïncidait avec un anniversaire. Le Bal du moulin de la Galette, peint en 1876 et conservé à Orsay, fêtait ses 150 ans [1][3]. Le Déjeuner des canotiers (1880-1881), prêté à titre exceptionnel par la Phillips Collection de Washington, en était l'autre pièce majeure [1][3].
Une seconde exposition, consacrée à Renoir dessinateur, se tenait en parallèle au musée du 17 mars au 5 juillet 2026 ; elle venait de la Morgan Library & Museum de New York [4]. Les deux accrochages se complétaient, l'un par la peinture, l'autre par le dessin.
Repères chronologiques
- Vers 1865-1866Lise Tréhot devient le modèle principal et la compagne de Renoir, une liaison jugée illégitime hors mariage.
- Vers 1872Fin de la liaison ; les deux enfants nés de cette relation ne sont pas reconnus.
- 1876Renoir loue une maison à Montmartre et peint le Bal du moulin de la Galette.
- 1880Rencontre avec Aline Charigot, couturière, près de son domicile de la rue Saint-Georges.
- 1882Renoir commence ses grands tableaux de couples de danseurs.
- 1885Naissance de Pierre, fils de Renoir et d'Aline Charigot, cinq ans avant leur mariage.
- 1890Renoir, 49 ans, épouse Aline Charigot.
- 17 mars-19 juillet 2026Le musée d'Orsay présente Renoir et l'amour, avant Londres puis Boston.
Les huit sections de l'exposition Renoir et l'amour
| Section | Ce qu'elle montrait |
|---|---|
| Introduction | La place de Renoir dans l'impressionnisme et l'amour comme art du lien |
| Scènes de la vie de bohème | Les débuts réalistes et la liaison avec Lise Tréhot |
| Fêtes galantes | Les figures dans le paysage, Montmartre et le Bal du moulin de la Galette |
| Rencontres en ville | Les espaces publics parisiens et l'atelier de la rue Saint-Georges |
| Une partie de campagne | Chatou, le restaurant Fournaise, le canotage et Le Déjeuner des canotiers |
| Femmes et enfants, frères et sœurs | Portraits d'enfants, de familles, figure de la mère et de l'enfant |
| Danseurs | Les couples de danseurs commencés en 1882 |
| Emportés par la foule | Les années de crise, l'éloignement de l'impressionnisme et Les Parapluies |
Comment l'exposition était-elle construite ?
L'exposition suivait un parcours en huit sections, du thème du lien amoureux aux années de crise du milieu des années 1880 [2]. L'introduction présentait l'amour comme un art du lien, clé de lecture de toute la période [2]. Les sections suivantes passaient de la vie de bohème aux fêtes galantes de Montmartre, des rencontres en ville aux parties de campagne, puis aux familles, aux danseurs et à la foule [2].
Les œuvres venaient de grandes collections internationales. On y voyait notamment La Grenouillère (1869) du Nationalmuseum de Stockholm, La Promenade (1870) du J. Paul Getty Museum de Los Angeles et Danse à Bougival (1883) du Museum of Fine Arts de Boston [1][3]. Le musée d'Orsay exposait aussi La Balançoire (1876) et le portrait d'Alphonsine Fournaise (1879), tirés de ses propres collections [1][3].
Les scènes de loisir occupaient une large place. Les Canotiers (1875), prêtés par l'Art Institute de Chicago, La Yole (1875) de la National Gallery et Une loge à l'Opéra (1880) du Clark Art Institute complétaient l'ensemble [3][4]. La section consacrée à Chatou et au restaurant Fournaise rapprochait Le Déjeuner des canotiers des Noces de Cana de Véronèse, l'une de ses références [2].
Le parcours se terminait sur Les Parapluies, de la National Gallery, que le musée présente comme le dernier grand sujet urbain du peintre [1][2]. Cette section évoquait les années de crise, le voyage en Italie de 1881-1882 et l'éloignement de l'impressionnisme [2].
Quelle vision de l'amour Renoir peignait-il ?
Renoir peignait un amour heureux, fait de liens entre les personnes plutôt que d'intrigues : c'est la thèse centrale de l'exposition [1]. Le musée s'intéressait à sa préférence pour les jeunes couples et à l'attention qu'il porte aux conversations, aux repas et aux danses [1][3]. Seuls des sujets heureux sont retenus, d'où le surnom de « peintre du bonheur » qui lui est attaché [3].
Les commissaires refusaient pour autant de lire cette peinture comme sentimentale. Selon le musée, Renoir évite l'émotion appuyée, le récit romanesque et la mise en scène érotique [1]. Il écarte aussi toute anecdote sentimentale ou grivoise, et son ami Rivière parlait de camaraderie pour décrire l'esprit de ces tableaux [1][2].
L'exposition rattachait cette vision au XVIIIe siècle. Renoir reprend l'esprit des fêtes galantes de Watteau, Boucher et Fragonard, mais dans le décor du Paris moderne [1][3][4]. Les danses de couple fermé, comme la valse ou la polka, lui permettent de peindre la proximité des corps des danseurs [2].
Le musée opposait enfin Renoir à d'autres peintres de son temps. Manet, Degas et les écrivains naturalistes insistaient, selon Orsay, sur le caractère vénal et marchand des relations entre hommes et femmes [2]. Renoir, lui, célébrerait la liberté et l'égalité dans les échanges amoureux [2].
Le musée replace ces œuvres dans la société de la fin du Second Empire et du début de la IIIe République [1]. Ce Paris est marqué par les normes du mariage bourgeois, la morale religieuse, une prostitution très répandue et de fortes inégalités de sexe et de classe [1]. Les scènes de Renoir y répondraient en promouvant, selon Orsay, « une forme de liberté de mœurs et d'égalité entre les sexes » [1]. L'Olympia de Manet, qui avait fait scandale en 1865, montre l'autre versant de cette époque, comme l'explique notre article sur le péché de chair en peinture.
Que dit la vie privée de Renoir des mœurs de son temps ?
La vie privée de Renoir, telle que l'exposition la présentait, montre un peintre qui a longtemps vécu hors du mariage bourgeois. Pauvre dans ses débuts, il adopte une vie de bohème et rejette les normes sociales de la bourgeoisie [2]. Le musée parle de relations alors jugées illégitimes [1].
Vers 1865-1866, Lise Tréhot devient son modèle principal et sa compagne [2]. Leur liaison était « considérée comme illégitime », parce qu'elle se déroulait hors mariage, selon le parcours de l'exposition [2]. Elle prend fin vers 1872, et Renoir et Lise ne reconnaissent pas les deux enfants nés de cette relation [2].
Ce point renvoie au droit de l'époque. Le Code civil de 1804 réservait l'essentiel des droits aux enfants nés dans le mariage et interdisait la recherche de paternité, comme le rappelle notre article sur le Code civil et les mœurs au XIXe siècle. Un enfant né hors mariage dépendait donc largement de la volonté de ses parents de le reconnaître.
Aline Charigot entre ensuite dans sa vie. Née à Essoyes, dans l'Aube, elle travaillait comme couturière à Paris quand elle a rencontré Renoir en 1880, près de son domicile de la rue Saint-Georges ; d'autres sources datent la rencontre de 1879 [5]. Elle a posé pour plusieurs tableaux, dont Le Déjeuner des canotiers [5].
Selon le musée, Aline a inspiré les danseuses de ses tableaux de couples, et elle apparaît aussi allaitant leur fils Pierre [2]. Pierre naît en 1885, et Renoir ne se rend à Essoyes que quelques mois après sa naissance [2][5]. Le peintre épouse Aline en 1890, à 49 ans, soit cinq ans après la naissance de leur premier enfant [2][5].
Le couple a ensuite deux autres fils : Jean, né en 1894, futur cinéaste, et Claude, né en 1901, futur céramiste [5]. Jean Renoir adaptera Madame Bovary au cinéma en 1934, un roman jugé immoral lors de son procès, comme le rappelle notre article sur le procès de Madame Bovary. Aline meurt à Nice en 1915 [5]. Le musée cite une confidence du peintre à son fils, selon laquelle sa mère dansait la valse à merveille [2].
Que disent les admirateurs et les critiques de Renoir ?
Renoir reste un peintre discuté, et l'exposition prenait position dans ce débat. Le magazine britannique Apollo rappelait, quatre jours avant l'ouverture, que Renoir est parfois malmené par la critique [4]. On lui reproche des compositions quelconques, une touche négligée, des couleurs trop saturées et un regard sentimental [4].
Les commissaires défendaient une autre lecture. Selon Apollo, l'exposition voulait montrer que sa représentation des relations entre les sexes est plus moderne qu'on ne le dit souvent [4]. Le même article jugeait le talent de dessinateur de Renoir sous-estimé, ce que l'exposition parallèle cherchait à corriger [4].
Le musée d'Orsay assumait de son côté la lecture par l'amour. Il présentait les grandes scènes de couples et de convivialité comme une réponse à la solitude croissante de la vie urbaine [1]. Il rejetait l'idée d'une œuvre sentimentale, au profit d'une peinture des liens et de la camaraderie [1][2].
Les deux approches ne s'excluent pas entièrement. L'exposition ne niait pas que Renoir ne retient que des sujets heureux [1]. Elle présentait ce choix comme un parti pris, lié à une idée de liberté et d'égalité dans les échanges amoureux [1][2].
Qu'est-ce que cette exposition a changé dans le regard sur Renoir ?
L'exposition a d'abord rendu à Paris un grand ensemble Renoir, absent depuis la rétrospective de 1985 [1][3]. Elle a surtout proposé une clé de lecture nouvelle : l'amour comme force qui organise les relations humaines et le regard du peintre [1][3].
Cette lecture rapproche l'histoire de l'art de l'histoire des mœurs. Le parcours reliait des tableaux célèbres à des faits de vie privée : une liaison hors mariage, des enfants non reconnus, un fils né avant le mariage [2][5]. Ces éléments éclairaient le contraste entre la liberté peinte sur les toiles et les normes conjugales de l'époque [1][2].
Elle a aussi recentré l'attention sur les années 1865-1885, que le musée présente comme celles de la pleine affirmation de l'artiste [3]. La section finale, consacrée aux années de crise et aux Parapluies, montrait un peintre qui s'éloigne de l'impressionnisme au moment même où il fonde une famille [2].
Et ensuite ?
L'exposition a fermé ses portes à Paris le 19 juillet 2026 [1]. Elle est présentée à la National Gallery de Londres sous le titre Renoir and Love, du 3 octobre 2026 au 31 janvier 2027, puis au Museum of Fine Arts de Boston, du 20 février au 13 juin 2027 [4] [6]. Selon la National Gallery, le Bal du moulin de la Galette y est montré pour la première fois au Royaume-Uni [6].
L'exposition Renoir dessinateur, de son côté, venait de la Morgan Library & Museum de New York et s'est achevée à Orsay le 5 juillet 2026 [4]. La page de l'exposition reste consultable sur le site du musée, qui indique désormais qu'elle est terminée [1].
Pour l'histoire des représentations, l'exposition laisse une question ouverte : comment un peintre qui a longtemps vécu en marge des normes conjugales de son temps est-il devenu le peintre du bonheur ? Le parcours d'Orsay y répondait par la peinture des liens ; ses critiques, par le soupçon de sentimentalisme [1][4].
Questions fréquentes
Quand a eu lieu l'exposition Renoir et l'amour ?
L'exposition Renoir et l'amour a eu lieu au musée d'Orsay, à Paris, du 17 mars au 19 juillet 2026. Son titre complet était « Renoir et l'amour. La modernité heureuse (1865-1885) ». Une exposition consacrée à Renoir dessinateur s'est tenue en parallèle jusqu'au 5 juillet.
Combien d'œuvres l'exposition Renoir et l'amour présentait-elle ?
L'exposition présentait environ cinquante peintures. Elles couvraient les années 1865 à 1885, les vingt premières années de la carrière de Renoir. Parmi elles figuraient le Bal du moulin de la Galette et Le Déjeuner des canotiers.
Qui a organisé l'exposition Renoir et l'amour ?
Le musée d'Orsay a organisé l'exposition avec la National Gallery de Londres et le Museum of Fine Arts de Boston. Le commissariat réunissait Paul Perrin, Christopher Riopelle, Chiara di Stefano et Katie Hanson. La dernière rétrospective Renoir à Paris remontait à 1985.
Qui était Aline Charigot ?
Aline Charigot était une couturière née à Essoyes, dans l'Aube, devenue la compagne puis l'épouse de Renoir. Elle l'a rencontré vers 1880 et a posé pour Le Déjeuner des canotiers. Ils se sont mariés en 1890 et ont eu trois fils, Pierre, Jean et Claude.
Renoir a-t-il eu des enfants hors mariage ?
Oui. Selon le musée d'Orsay, Renoir et Lise Tréhot ont eu deux enfants qu'ils n'ont pas reconnus. Son fils Pierre, né en 1885 de sa relation avec Aline Charigot, est venu au monde cinq ans avant leur mariage, célébré en 1890.
Pourquoi parle-t-on de « modernité heureuse » ?
L'expression désigne la thèse de l'exposition : Renoir peint la vie moderne de Paris sous l'angle des liens heureux entre les personnes. Le musée y voit une forme de liberté des mœurs et d'égalité entre les sexes. Les critiques de Renoir y voient plutôt un regard sentimental.
Où l'exposition est-elle présentée après Paris ?
Après Paris, l'exposition est présentée à la National Gallery de Londres du 3 octobre 2026 au 31 janvier 2027, selon le communiqué du musée londonien. Elle sera ensuite au Museum of Fine Arts de Boston du 20 février au 13 juin 2027. Le titre anglais est Renoir and Love.
Sources
- musee-orsay.fr — https://www.musee-orsay.fr/fr/programme/agenda/expositions/renoir-et-lamour
- musee-orsay.fr — https://www.musee-orsay.fr/fr/programme/agenda/expositions/presentation/renoir-et-lamour
- finestresullarte.info — https://www.finestresullarte.info/fr/expositions/le-musee-d-orsay-reunit-pour-la-premiere-fois-les-oeuvres-les-plus-celebres-de-renoir-des-vingt-premieres-annees-de-sa-carriere
- apollo-magazine.com — https://apollo-magazine.com/?p=1040087
- fr.wikipedia.org — https://fr.wikipedia.org/wiki/Aline_Charigot
- nationalgallery.org.uk — https://www.nationalgallery.org.uk/about-us/press-and-media/press-releases/national-gallery-announces-major-renoir-exhibition-for-2026-renoir-and-love
Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.


