Afghanistan : l'ONU recense des flagellations publiques pour « relations illicites » en 2026

Les talibans punissent-ils les relations hors mariage par le fouet en 2026 ?
Oui. D'après les trois rapports trimestriels de la Mission d'assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA), au moins 477 personnes, dont au moins 70 femmes, ont été flagellées sur décision de justice entre janvier et septembre 2026, notamment pour « relations illicites ». Le dernier a été publié le 15 octobre 2026 ; un décret taliban de janvier 2026 encadre ces châtiments.
Sommaire
- Que révèlent les rapports de l'ONU publiés en 2026 ?
- Que contient le décret taliban sur les règles pénales des tribunaux ?
- Sur quels fondements les talibans punissent-ils les relations hors mariage ?
- Que disent l'ONU, les ONG et les autorités de fait ?
- Qu'est-ce que cela change pour les Afghanes et les Afghans ?
- Et ensuite ?
- Questions fréquentes
- Sources
Que révèlent les rapports de l'ONU publiés en 2026 ?
La MANUA publie chaque trimestre une mise à jour sur la situation des droits humains en Afghanistan, qui recense notamment les châtiments corporels infligés par les tribunaux des autorités de fait. La dernière, consacrée à la période de juillet à septembre 2026, a été publiée le 15 octobre 2026 [1][2]. Elle documente 28 personnes flagellées sur décision de justice, 22 hommes et 6 femmes [1].
Le rapport cite un exemple daté. Le 4 août 2026, dans le district de Jaghuri, province de Ghazni, un tribunal de première instance a fait infliger de 36 à 39 coups de fouet à quatre hommes et une femme, condamnés pour vol et pour relations extraconjugales [1]. La peine a été exécutée devant des responsables, des juges et des habitants, et les observateurs ont été empêchés de photographier ou de filmer [1].
Les deux rapports précédents donnaient des chiffres plus élevés. De janvier à mars 2026, la MANUA a recensé au moins 312 personnes flagellées, dont 269 hommes, 39 femmes et quatre garçons [3][4]. Le 5 février, dans le district de Bagram, province de Parwan, cinq hommes et trois femmes ont reçu 39 coups de fouet chacun dans l'enceinte d'un lycée, après avoir été condamnés pour « relations illicites » à des peines de un à quatre ans de prison [3]. D'avril à juin, au moins 137 personnes ont été flagellées, 112 hommes et 25 femmes [5][6]. Le 14 juin, dans la province de Balkh, une femme a ainsi été condamnée à un an de prison et à vingt coups de fouet pour une « relation illicite » [5].
Additionnés, ces trois rapports font état d'au moins 477 personnes flagellées en neuf mois, dont au moins 70 femmes. La baisse des chiffres documentés doit être lue avec prudence : depuis le 22 avril 2026, la Cour suprême de fait n'annonce plus les châtiments corporels sur son site ni sur les réseaux sociaux, alors que la MANUA a vérifié que des tribunaux en avaient appliqué après cette date [5]. La mission y voit une rupture avec la pratique antérieure, où les peines étaient annoncées en ligne et souvent exécutées dans des stades devant une foule nombreuse [5].
Flagellations judiciaires documentées par la MANUA en 2026
| Période | Personnes flagellées | Exemple daté lié à des relations hors mariage | Rapport publié le |
|---|---|---|---|
| Janvier-mars 2026 | Au moins 312 : 269 hommes, 39 femmes, 4 garçons | 5 février, Parwan (district de Bagram) : 5 hommes et 3 femmes, 39 coups chacun, pour « relations illicites » | 12 mai 2026 |
| Avril-juin 2026 | Au moins 137 : 112 hommes, 25 femmes | 14 juin, Balkh (district de Dehdadi) : une femme, 20 coups et un an de prison, pour « relation illicite » | 28 juillet 2026 |
| Juillet-septembre 2026 | 28 : 22 hommes, 6 femmes | 4 août, Ghazni (district de Jaghuri) : 4 hommes et 1 femme, 36 à 39 coups, pour vol et relations extraconjugales | 15 octobre 2026 |
| Rappel : année 2025 | Au moins 1 110 flagellations annoncées par la Cour suprême de fait, dont au moins 170 femmes | Non détaillé par la source | Déclaration d'experts de l'ONU, 13 août 2026 |
Que contient le décret taliban sur les règles pénales des tribunaux ?
Le décret n° 12 sur les règles pénales des tribunaux encadre les peines discrétionnaires prononcées par les juridictions talibanes [3]. Selon la MANUA, il a été transmis à tous les tribunaux par une circulaire du 7 janvier 2026 [3]. L'organisation afghane de défense des droits humains Rawadari, qui en a publié une traduction anglaise, le date du 4 janvier 2026 et indique qu'il a été signé par le chef des talibans, Hibatullah Akhundzada [8]. Le texte compte trois parties, dix chapitres et 119 articles [8].
Plusieurs dispositions touchent directement au mariage et à la famille. L'article 34 punit de trois mois d'emprisonnement l'épouse qui séjourne à plusieurs reprises chez son père ou chez des proches sans l'autorisation de son mari ni justification fondée sur la charia, ainsi que les proches qui refusent de la « remettre » à son mari après une décision du juge [3]. L'article 32 ne réprime que les coups graves du mari causant fracture, plaie ou ecchymose, punis de quinze jours d'emprisonnement [3]. Selon Rawadari, l'article 4 permet en outre au mari d'exécuter lui-même une peine discrétionnaire [8].
Le décret généralise aussi le fouet. Il prévoit par exemple 39 coups et un an de prison pour une insulte à l'imam, vingt coups et six mois pour une insulte aux dirigeants, et 39 coups et cinq ans pour l'hébergement de « corrupteurs » [3]. L'article 9 distingue les catégories de personnes : les religieux et les notables encourent des avertissements ou des convocations, les personnes des classes moyennes et inférieures le fouet et la prison [3]. Rawadari relève enfin que le texte fait de l'aveu et du témoignage les principaux modes de preuve, sans fixer de peines minimales ou maximales [8].
Sur quels fondements les talibans punissent-ils les relations hors mariage ?
Les tribunaux talibans appliquent leur lecture du droit musulman hanafite, que le décret de janvier 2026 érige en référence exclusive. Human Rights Watch note qu'il définit les musulmans comme les seuls adeptes de cette école juridique et qualifie les autres courants, dont les chiites, d'hérétiques [9].
Dans la doctrine classique, la zina, relation sexuelle hors mariage, relève des peines fixes dites hadd, qui supposent des preuves très exigeantes, comme l'aveu ou quatre témoins, détaillées dans notre article sur les conditions de preuve de la zina. Le décret prévoit que, lorsqu'aucune peine fixe n'est applicable, une peine discrétionnaire, dite ta'zir, s'applique [8]. Les peines relevées par l'ONU en 2026, de 20 à 39 coups, sont inférieures aux cent coups de fouet mentionnés par la sourate An-Nour ; les rapports ne précisent pas sur quel fondement exact elles ont été prononcées.
La répression s'inscrit dans un ensemble plus large. La loi sur la promotion de la vertu et la prévention du vice, adoptée en août 2024, restreint les déplacements, la tenue, la parole, le travail et la présence publique des femmes [12][7]. De juillet à septembre 2026, la MANUA a recensé au moins 443 arrestations et détentions arbitraires liées à cette loi, surtout pour le voile, la barbe, l'absence à la prière collective ou la musique [1]. Un programme officiel destiné aux prédicateurs, publié au Journal officiel n° 1495, affirme que le mari est « le dirigeant de l'épouse » [1].
Que disent l'ONU, les ONG et les autorités de fait ?
Pour les experts indépendants de l'ONU, ces pratiques violent le droit international. Dans une déclaration commune du 13 août 2026, marquant cinq ans de pouvoir taliban, ils se disent profondément alarmés par le recours persistant aux châtiments corporels et à la peine capitale, contraire au droit à la vie et à l'interdiction de la torture [7]. Ils indiquent qu'en 2025 plus de personnes ont été flagellées publiquement que pendant toutes les années précédentes réunies : la Cour suprême de fait a annoncé au moins 1 110 flagellations, dont au moins 170 visant des femmes [7].
Les mêmes experts, parmi lesquels le rapporteur spécial sur l'Afghanistan, Richard Bennett, et le groupe de travail sur la discrimination à l'égard des femmes et des filles, estiment que la plupart des dispositions des décrets de 2026 sur les règles pénales des tribunaux et sur la séparation des époux contreviennent gravement aux traités ratifiés par l'Afghanistan [7]. Human Rights Watch souligne que le décret ne reconnaît comme violence conjugale que les coups « excessifs », privant les autres victimes de recours [9]. Rawadari le juge contraire aux standards du procès équitable [8].
Les autorités de fait défendent leur politique au nom de la charia. Leur porte-parole, Zabihullah Mujahid, a déclaré à la BBC le 30 janvier 2026 que le but des peines était la dissuasion et non la seule rétribution [3]. Le ministère de la Justice a affirmé le 28 janvier que s'opposer aux lois de l'Émirat islamique revenait à s'opposer à la charia [3]. Sur l'article 9, un porte-parole a assuré que le texte visait à tenir compte des antécédents et de la récidive, non à diviser la société en classes [3]. Selon les chiffres des tribunaux talibans annoncés le 1er janvier 2026, des peines discrétionnaires ont été appliquées à 1 118 personnes en 2025 [3].
Qu'est-ce que cela change pour les Afghanes et les Afghans ?
Le décret de janvier 2026 inscrit ces sanctions dans un texte transmis à l'ensemble des tribunaux [3]. Pour les femmes, s'ajoutent aux poursuites pour relations hors mariage des sanctions liées à la vie conjugale : séjourner à plusieurs reprises hors du domicile sans l'accord du mari peut valoir la prison, à la femme comme aux proches qui l'hébergent [3]. Les violences conjugales ne sont punies qu'en cas de fracture, de plaie ou d'ecchymose, d'une peine de quinze jours d'emprisonnement [3].
La fin des annonces publiques rend aussi le suivi plus difficile. Selon des observateurs cités par la MANUA, seuls des agents des tribunaux assistaient, dans certains cas, à l'exécution des peines [5]. Depuis le 22 avril 2026, la mission ne peut plus s'appuyer sur les communiqués de la Cour suprême de fait pour recenser ces châtiments [5].
La question touche aussi l'Europe. Le 13 octobre 2026, Human Rights Watch a appelé la France à ne pas renvoyer d'Afghans sous le régime taliban [10]. Le 22 octobre, des experts de l'ONU ont mis en garde les États de l'Union européenne contre les renvois vers l'Afghanistan [11]. Pour situer l'Afghanistan parmi les pays qui pénalisent les relations hors mariage, voir notre carte mondiale.
Et ensuite ?
Le suivi international se poursuit sur plusieurs fronts. Le Conseil des droits de l'homme a créé le 6 octobre 2025 un mécanisme indépendant chargé d'enquêter sur les violations passées et actuelles commises par toutes les parties [9]. Human Rights Watch a demandé le 18 septembre 2026 le renouvellement du mandat du rapporteur spécial sur l'Afghanistan lors de la 63e session du Conseil [10].
Sur le terrain, la MANUA publie ses relevés chaque trimestre ; le prochain devrait couvrir la période d'octobre à décembre 2026. Reste à savoir si la discrétion nouvelle autour des flagellations traduit une baisse réelle de leur nombre ou seulement un changement de méthode. Les rapports publiés en 2026 ne permettent pas de trancher.
Questions fréquentes
Les relations hors mariage sont-elles punies en Afghanistan ?
Oui. Les tribunaux des autorités talibanes condamnent des hommes et des femmes pour « relations illicites » ou extraconjugales, à des peines de prison et de fouet. La MANUA en a documenté plusieurs exemples en 2026, dans les provinces de Parwan, de Balkh et de Ghazni.
Combien de personnes ont été flagellées en Afghanistan en 2026 ?
Au moins 477 personnes entre janvier et septembre 2026, selon les trois rapports trimestriels de la MANUA, dont au moins 70 femmes. Le chiffre trimestriel est passé d'au moins 312 au premier trimestre à 28 au troisième. La Cour suprême de fait n'annonçant plus ces peines depuis le 22 avril 2026, la baisse doit être interprétée avec prudence.
Qu'est-ce que le décret taliban sur les règles pénales des tribunaux ?
C'est le décret n° 12, diffusé aux tribunaux en janvier 2026, qui encadre les peines discrétionnaires. Il compte 119 articles et prévoit notamment des peines de fouet, une distinction entre catégories sociales et des sanctions liées à la vie conjugale. Des experts de l'ONU jugent la plupart de ses dispositions contraires aux traités ratifiés par l'Afghanistan.
Une femme peut-elle être punie pour avoir quitté le domicile conjugal en Afghanistan ?
Oui. L'article 34 du décret de janvier 2026 punit de trois mois d'emprisonnement l'épouse qui séjourne à plusieurs reprises chez ses proches sans l'autorisation de son mari. Les proches qui refusent de la renvoyer chez son mari après une décision du juge encourent la même peine.
Pourquoi les flagellations ne sont-elles plus annoncées publiquement ?
Les sources consultées n'en donnent pas la raison. La MANUA constate seulement que la Cour suprême de fait a cessé de les annoncer le 22 avril 2026, tout en vérifiant que des peines ont encore été exécutées ensuite. Elle y voit une rupture avec la pratique des exécutions de peine devant de larges foules.
Combien d'exécutions publiques les talibans ont-ils menées ?
Au moins douze depuis août 2021, toutes pour meurtre, selon la MANUA et les experts de l'ONU. La Cour suprême de fait indique elle-même avoir appliqué la loi du talion, ou qisas, dans douze affaires. En 2025, six personnes ont été exécutées à ce titre dans quatre provinces.
Sources
- unama.unmissions.org — https://unama.unmissions.org/sites/default/files/2026-10/english_-_update_on_human_rights_in_afghanistan_-_july-september_2026_.pdf
- unama.unmissions.org — https://unama.unmissions.org/en/news/update-on-the-human-rights-situation-in-afghanistan-july-to-september-2026
- unama.unmissions.org — https://unama.unmissions.org/sites/default/files/2026-05/English%20-%20UNAMA%20HRS%20Update%20on%20human%20rights%20in%20Afghanistan%20Jan-Mar%202026.pdf
- unama.unmissions.org — https://unama.unmissions.org/en/news/latest-un-update-on-the-human-rights-situation-in-afghanistan-covering-january-to-march
- unama.unmissions.org — https://unama.unmissions.org/sites/default/files/2026-07/ENGLISH%20-%20Update%20on%20human%20rights%20in%20Afghanistan%20-%20April-June%202026.pdf
- unama.unmissions.org — https://unama.unmissions.org/en/news/update-on-the-human-rights-situation-in-afghanistan-april-to-june-2026
- ohchr.org — https://www.ohchr.org/en/statements-and-speeches/2026/08/afghanistan-after-five-years-taliban-rule-un-experts-warn-against
- rawadari.org — https://rawadari.org/wp-content/uploads/2026/01/Criminal-Code-of-Taliban-English.pdf
- hrw.org — https://www.hrw.org/news/2026/08/03/afghanistan-taliban-assault-on-rights-deepens-5-years-on
- hrw.org — https://www.hrw.org/asia/afghanistan
- ohchr.org — https://www.ohchr.org/en/countries/afghanistan
- hrw.org — https://www.hrw.org/feature/2026/08/03/afghanistan-5-years-under-taliban-rule/a-human-rights-crisis-a-humanitarian
Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.


