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Pompéi : 79 graffitis inédits, dont des déclarations d'amour, révélés dans le couloir des théâtres

Par la rédaction de fornication.frPublié le Vérifié le Lecture : 9 min10 sources
Couverture illustrée : une amphore sur une carte (Italie), 2026
L'essentiel

Qu'a-t-on découvert sur les murs du couloir des théâtres de Pompéi en 2026 ?

Le 19 janvier 2026, le parc archéologique de Pompéi a présenté le projet Bruits de couloir, mené par la Sorbonne et l'Université du Québec à Montréal. Grâce à l'imagerie RTI, 79 graffitis inédits ont été repérés dans le couloir reliant les théâtres à la via Stabiana, à côté d'environ 200 déjà connus, dont plusieurs déclarations d'amour. [1] [2]

Sommaire
  1. Que s'est-il passé dans le couloir des théâtres de Pompéi ?
  2. Que dit exactement l'étude publiée en janvier 2026 ?
  3. Que racontent les graffitis amoureux du couloir ?
  4. Pourquoi ces inscriptions intéressent-elles l'histoire du couple ?
  5. Que disent les chercheurs et le parc archéologique ?
  6. Qu'est-ce que cela change et quelle est la suite ?
  7. Questions fréquentes
  8. Sources

Que s'est-il passé dans le couloir des théâtres de Pompéi ?

Le 19 janvier 2026, le parc archéologique de Pompéi a rendu publics les résultats du projet Bruits de couloir, consacré aux graffitis d'un passage situé entre le grand théâtre et le petit théâtre couvert [1] [2]. L'étude, parue le même jour dans l'E-Journal degli Scavi di Pompei, est signée par Louis Autin et Éloïse Letellier-Taillefer, de Sorbonne Université, et par Marie-Adeline Le Guennec, de l'Université du Québec à Montréal [1].

Le lieu n'a rien de secret. Ce couloir long d'environ 27 mètres et large de 3 mètres, situé dans la Regio VIII, débouche à l'est sur la via Stabiana ; ses murs ont été dégagés dès 1794 [1] [6]. Des millions de visiteurs l'ont traversé depuis [3]. Les chercheurs y ont pourtant repéré 79 inscriptions jamais publiées, 32 textes et 47 dessins, qui s'ajoutent à environ 200 graffitis déjà connus [1].

L'annonce a été largement relayée par la presse italienne et internationale, qui a surtout retenu les messages d'amour et les scènes de gladiateurs [3] [4] [5] [10]. Le magazine Archaeology, de l'Archaeological Institute of America, en a rendu compte dans les jours suivants [10]. Parmi les nouveautés figure le début d'une déclaration attribuée à une femme nommée Erato, dont le nom n'avait encore jamais été relevé à Pompéi [1] [6].

Repères chronologiques

  1. 1794Le couloir reliant la zone des théâtres à la via Stabiana est dégagé ; ses graffitis sont relevés dès les années 1810.
  2. 1856Raffaele Garrucci publie 35 graffitis, textes et dessins, de ce couloir.
  3. 1871Les inscriptions entrent dans le volume IV du Corpus Inscriptionum Latinarum, complété jusqu'en 2023.
  4. 2022Première campagne du projet Bruits de couloir : grille virtuelle, base de données des liens, relevé du mur à l'échelle 1:1.
  5. septembre 2025Campagne d'imagerie RTI sur les deux murs : environ 15 000 photographies en cinq nuits.
  6. 19 janvier 2026Publication dans l'E-Journal degli Scavi di Pompei et annonce du parc : 79 inscriptions inédites.
  7. 2026Mise en ligne annoncée d'une plateforme 3D de consultation des graffitis ; projet de couverture du couloir.

Le corpus du couloir des théâtres avant et après le projet Bruits de couloir

CatégorieDéjà connus avant 2022Inédits publiés en 2026
Textesenviron 96 (recensés dans le CIL)32
Dessinsenviron 101 (publiés dans divers travaux)47
Totalenviron 20079

Que dit exactement l'étude publiée en janvier 2026 ?

L'étude décrit d'abord une méthode. Lors d'une première campagne, en 2022, l'équipe a posé une grille virtuelle sur chaque mur pour situer chaque graffito. Elle a ensuite relevé dans une base de données les liens entre inscriptions : un même nom répété, une même main, une superposition ou un face-à-face [1]. Le mur entier a aussi été recopié à l'échelle 1:1, puis numérisé [1].

La seconde campagne, en septembre 2025, a reposé sur l'imagerie RTI (Reflectance Transformation Imaging). Cette technique photographie une surface sous de nombreux angles d'éclairage, ce qui fait ressortir des détails invisibles à l'œil nu [3]. Avec la société Mercurio Imaging, les chercheurs ont pris environ 15 000 images en cinq nuits, traitées ensuite avec des logiciels libres de photogrammétrie et de rendu [1] [6].

Les chiffres donnent la mesure du travail. L'équipe a enregistré près de 300 liens entre inscriptions et repéré 83 séquences de noms propres [1]. Les textes sont surtout en latin, avec un peu de grec et une composante en safaïtique, une écriture ancienne du nord de l'Arabie. Les dessins montrent des poissons, des quadrupèdes, des navires, des portraits, des labyrinthes et des gladiateurs [1].

Le cadre lui-même est daté. Le grand théâtre remonte à l'époque samnite, tandis que le petit théâtre couvert date, d'après ses inscriptions, des années 80-70 avant notre ère, quand Pompéi devient une colonie romaine [1]. Le projet a été financé par le Fonds de recherche du Québec, Sorbonne Université, l'Institut des sciences de l'Antiquité et l'École française de Rome. Il associe aussi une artiste, Javiera Hiault-Echeverria, dans une démarche de recherche-création [1].

Que racontent les graffitis amoureux du couloir ?

Les inscriptions amoureuses forment l'un des grands thèmes du corpus, à côté des insultes, des polémiques et de la vie publique [1]. La plus commentée des nouveautés tient en quelques lettres. Les auteurs proposent de lire « Erato amat », c'est-à-dire « Erato aime », comme le début d'une déclaration ; le nom de la personne aimée a disparu avec l'enduit [1] [6]. Une graphie archaïque relevée sur un fragment associé suggère une date relativement ancienne [1].

Selon la revue britannique The Past, Erato était probablement une esclave ou une affranchie [6]. Ce nom grec est connu ailleurs dans le monde antique, mais il apparaît ici pour la première fois à Pompéi [6].

D'autres messages étaient déjà connus et ont été réexaminés. L'un, cité par le parc, est un mot pressé adressé à une certaine Sava : son auteur lui dit au revoir et lui demande de l'aimer [2] [4]. Un autre, catalogué sous le numéro CIL IV 2457, est la déclaration de Methe, esclave d'une certaine Cominia, d'Atella, qui dit aimer Chrestus de tout son cœur [1] [2]. Elle souhaite que la Vénus de Pompéi leur soit favorable et qu'ils vivent toujours en harmonie [2] [4].

Le couloir garde aussi la trace de l'amour tarifé. Une inscription aujourd'hui perdue, CIL IV 2450, mentionne une prostituée nommée Tychè, dans un texte qui parodie sur un ton héroï-comique le langage juridique [1]. Les chercheurs la rapprochent d'une autre inscription, retirée du mur opposé [1].

Pourquoi ces inscriptions intéressent-elles l'histoire du couple ?

Ces graffitis donnent la parole à des gens que les textes littéraires ignorent. La déclaration de Methe en est un bon exemple. En droit romain, deux esclaves, ou un homme libre et une esclave, ne pouvaient pas contracter de mariage légal ; on appelait contubernales ceux qui vivaient pourtant ensemble comme mari et femme [7]. Le vœu de vivre toujours en harmonie exprime malgré tout l'idéal d'une union durable, placée sous la protection de la déesse de la cité [2].

Le mariage légitime, de son côté, reposait sur le consentement des époux. Le dictionnaire d'antiquités de William Smith le résume en une règle : ce n'est pas l'union charnelle qui fait le mariage, mais le consentement [9]. Les murs de Pompéi montrent l'autre versant de la vie affective : attachements d'esclaves, déclarations sans lendemain connu, relations payées.

Sur ce dernier point, le droit romain rangeait les prostituées parmi les personnes « infâmes », privées de nombreux droits, et un citoyen né libre ne pouvait pas les épouser [8]. La plupart étaient des esclaves ou d'anciennes esclaves [8]. Le site consacre un article au vocabulaire de la prostitution romaine et au lupanar de Pompéi, et un autre aux notions de stuprum et d'adultère en droit romain.

Les graffitis ne disent rien de l'issue de ces histoires. Ils montrent seulement qu'on écrivait son attachement, ou son dépit, sur un mur public, à la vue de tous. Pour l'historien du couple, c'est une source rare : des sentiments notés au jour le jour, par des personnes que la loi ne reconnaissait pas toujours comme des époux possibles.

Que disent les chercheurs et le parc archéologique ?

Pour les auteurs, le couloir n'était pas un simple passage. Ils y voient un espace public ordinaire, où l'on marchait, parlait, se reposait et se retrouvait, selon des usages qui variaient avec les heures [1]. The Past le décrit aussi comme un lieu de conversation et d'attente [6]. Les répétitions d'un même nom, comme celui d'un certain Miccio, inscrit quatre fois dans la même zone et moqué dans un graffito trivial, suggèrent des échanges entre usagers [1] [4].

Certaines interprétations restent prudentes. Le groupe des Tertiani, qui disent avoir « habité ici », pourrait correspondre à des soldats de la IIIe légion Gallica stationnés en Campanie en 69-70. C'est une hypothèse du chercheur Kyle Helms, que l'étude rapporte et rapproche des noms safaïtiques du couloir [1]. De même, la lecture « Erato amat » est présentée comme une proposition, non comme une certitude [1].

Le directeur du parc, Gabriel Zuchtriegel, met en avant l'outil : « La technologie est la clé qui nous ouvre de nouvelles salles du monde antique » [3]. Il rappelle que Pompéi compte plus de 10 000 inscriptions et que seule la technologie peut en garantir la préservation [2] [3].

Le ton des comptes rendus varie. L'agence ANSA a titré sur les insultes de gladiateurs et les histoires d'amour [5], quand l'étude traite à égalité les noms, les dessins et les messages du quotidien [1]. La lecture des textes amoureux est elle-même plus réservée dans la publication scientifique que dans certains articles de presse, qui parlent d'une « histoire d'amour » d'Erato là où les chercheurs ne lisent que deux mots [1] [5].

Qu'est-ce que cela change et quelle est la suite ?

La découverte change d'abord l'état du corpus. Ces graffitis sont étudiés depuis le XIXe siècle : Raffaele Garrucci en publiait 35 en 1856, puis le volume IV du Corpus Inscriptionum Latinarum les a intégrés à partir de 1871, avec des suppléments jusqu'en 2023 [1]. Le projet ajoute près de 80 pièces et, surtout, une lecture d'ensemble fondée sur les liens entre elles.

Pour l'histoire des sentiments, la méthode compte autant que les trouvailles. En reliant les inscriptions, l'équipe peut repérer un nom tracé à côté d'un autre, une même main revenue plusieurs fois ou une inscription gravée par-dessus une plus ancienne [1]. Un message d'amour cesse alors d'être une curiosité isolée : il redevient l'élément d'une conversation murale, dont on connaît l'emplacement, le voisinage et parfois l'ordre relatif. Le même soin s'applique aux dessins, comme ce duel de gladiateurs inédit que l'étude juge tracé de mémoire, après un spectacle vu en vrai [1]. Selon The Past, un dessin de gladiateur du couloir ne mesure qu'une dizaine de centimètres [6].

Elle souligne aussi l'urgence de la conservation. Des inscriptions ont été retirées aux XIXe et XXe siècles, et l'enduit se dégrade : l'étude documente des pertes sur une figure de gladiateur entre 1957 et 2022 [1]. Le parc prévoit une couverture du couloir pour protéger les enduits, dont le projet est en phase finale, et une future visite intégrant ces technologies [2] [3].

Une plateforme 3D réunissant photogrammétrie, données RTI et métadonnées épigraphiques est en cours de développement ; l'étude annonce qu'elle sera accessible en 2026 à l'adresse bdc-pompei.com [1] [6]. D'autres publications sont prévues, dont un volume intitulé L'altra Pompei et l'édition d'une vingtaine d'inscriptions supplémentaires [1]. Les messages d'Erato, de Methe ou de l'amoureux de Sava pourront alors être examinés en ligne, au plus près de leur tracé d'origine.

Questions fréquentes

Combien de graffitis inédits ont été découverts à Pompéi en 2026 ?

  1. Le projet Bruits de couloir a identifié 32 textes et 47 dessins jamais publiés dans le couloir des théâtres, en plus d'environ 200 graffitis déjà connus [1]. Les résultats ont été publiés le 19 janvier 2026.

Où se trouve le couloir des théâtres de Pompéi ?

Il relie le grand théâtre et le petit théâtre couvert, dans la Regio VIII, et débouche à l'est sur la via Stabiana [1]. Long d'environ 27 mètres pour 3 mètres de large, il a été dégagé en 1794 [6].

Qu'est-ce que la technique RTI utilisée à Pompéi ?

La RTI, pour Reflectance Transformation Imaging, consiste à photographier une surface sous de nombreux angles de lumière [3]. Associée à un modèle 3D, elle permet de faire varier virtuellement l'éclairage rasant et de révéler des incisions invisibles à l'œil nu [1]. Environ 15 000 images ont été prises à Pompéi en septembre 2025.

Que dit le graffiti d'Erato ?

On ne le connaît qu'en partie. Les chercheurs proposent de lire « Erato amat », « Erato aime », début d'une déclaration dont la suite, avec le nom de l'être aimé, a disparu [1] [6]. C'est la première attestation de ce nom à Pompéi.

Les esclaves pouvaient-ils se marier dans la Rome antique ?

Non, pas légalement. Deux esclaves, ou un homme libre et une esclave, ne pouvaient pas contracter de mariage légal ; on appelait contubernales ceux qui vivaient ensemble comme des époux [7]. Le graffito de Methe, esclave qui déclare son amour à Chrestus, montre les sentiments de personnes à qui le mariage légal était fermé [2].

Les graffitis de Pompéi parlent-ils de prostitution ?

Oui. Dans ce couloir, une inscription aujourd'hui perdue mentionne une prostituée nommée Tychè, sur le mode de la parodie [1]. Plus largement, les graffitis de Pompéi comptent parmi les sources principales sur la prostitution romaine [8].

Peut-on voir ces graffitis en visitant Pompéi ?

Oui, le couloir est accessible et des millions de visiteurs l'ont emprunté, mais beaucoup d'inscriptions sont presque invisibles à l'œil nu [3]. Le parc prépare une couverture du passage et une visite intégrant les nouvelles technologies [3]. Une plateforme en ligne doit aussi permettre de les consulter [1].

Sources

  1. pompeiisites.org — https://pompeiisites.org/wp-content/uploads/E-Journal_1_2026_Bruits-de-couloir-Shedding-New-Light-on-Ancient-Graffiti.pdf
  2. pompeiisites.org — https://pompeiisites.org/en/?p=67719
  3. finestresullarte.info — https://www.finestresullarte.info/fr/archeologie/pompei-grace-aux-nouvelles-technologies-des-inscriptions-anciennes-reapparaissent-dans-le-quartier-des-theatres
  4. agi.it — https://www.agi.it/cultura/news/2026-01-20/graffiti-pompei-scoperta-35169742/
  5. ansa.it — https://www.ansa.it/amp/english/news/2026/01/19/gladiator-insults-and-love-stories-told-in-pompeii-as-tech-brings-graffiti_21d3713e-6f81-4dcc-a02a-f68f2bb37893.html
  6. the-past.com — https://the-past.com/news/exploring-ancient-graffiti
  7. penelope.uchicago.edu — https://penelope.uchicago.edu/Thayer/E/Roman/Texts/secondary/SMIGRA*/Contubernales.html
  8. en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/Prostitution_in_ancient_Rome
  9. penelope.uchicago.edu — https://penelope.uchicago.edu/Thayer/E/Roman/Texts/secondary/SMIGRA*/Matrimonium.html
  10. archaeology.org — https://archaeology.org/news/2026/01/20/high-tech-tools-reveal-inscriptions-on-pompeii-wall/

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

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