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Concupiscence : définition, origine et sens religieux du mot

Par la rédaction de fornication.frVérifié le Lecture : 9 min15 sources
Illustration : un médaillon avec un dictionnaire, devant Notre-Dame de Paris, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Que veut dire concupiscence ?

La concupiscence est, au sens courant, l'attrait pour les plaisirs des sens et les biens terrestres. Le mot vient du latin chrétien concupiscentia, de concupiscere, « désirer ardemment ». En théologie catholique, c'est l'inclination au mal héritée du péché originel : le concile de Trente, en 1546, la dit présente chez les baptisés, sans être un péché en elle-même.

Sommaire
  1. Que veut dire concupiscence ?
  2. D'où vient le mot concupiscence ?
  3. Que dit la Bible de la concupiscence ?
  4. Comment saint Augustin et le concile de Trente l'ont-ils définie ?
  5. Quelle différence entre concupiscence, luxure et désir ?
  6. Que sont les trois concupiscences de Pascal ?
  7. Comment emploie-t-on le mot aujourd'hui ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Que veut dire concupiscence ?

La concupiscence est un désir intense, tourné vers les plaisirs des sens ou vers les biens que l'on convoite. La 9e édition du Dictionnaire de l'Académie française distingue deux sens [1]. En théologie, c'est la tentation de prendre ou de dominer ce qui s'offre à la vue ; dans l'usage général, c'est l'inclination aux plaisirs des sens [1].

Le Larousse, qui marque le mot comme littéraire, le définit comme un attrait naturel vers les biens matériels et terrestres, en particulier vers les plaisirs sensuels [13]. Les deux dictionnaires s'accordent donc sur un point : le mot ne se limite pas à la sexualité, même si c'est le sens qu'on lui prête le plus souvent.

L'Académie relève aussi un emploi affaibli, sans connotation morale : un enfant peut regarder avec concupiscence les gâteaux d'une vitrine [1]. L'adjectif concupiscent qualifie ce qui traduit un tel sentiment, comme dans l'exemple académique des regards concupiscents jetés sur une femme [2].

Le mot est ancien dans les dictionnaires. En 1718, la deuxième édition de l'Académie le définissait comme l'« inclination de la nature corrompue » qui porte au mal et aux plaisirs illicites [12]. Ses exemples rattachaient explicitement la concupiscence au péché originel et rappelaient que le mariage avait été institué en partie pour y remédier [12].

Du désir latin au péché originel : la chaîne du mot concupiscence

  1. Latin cupere, « désirer » (d'où aussi cupiditas, la cupidité)
  2. Latin concupiscere, « désirer ardemment, convoiter », forme inchoative de concupere
  3. Latin chrétien concupiscentia (Tertullien, Jérôme) ; la Vulgate traduit ainsi le grec epithymia (1 Jean 2,16)
  4. Saint Augustin, Du mariage et de la concupiscence (419-420) : le désir déréglé, conséquence du péché originel
  5. Ancien français concupiscence (XIIIe siècle) ; adjectif concupiscent (XVIe siècle)
  6. Concile de Trente, 17 juin 1546 : la concupiscence demeure chez les baptisés mais n'est pas proprement un péché
  7. Catéchisme de l'Église catholique (1992), § 2515 : un mouvement de l'appétit sensible contraire à la raison

D'où vient le mot concupiscence ?

Concupiscence est emprunté au XIIIe siècle du latin ecclésiastique concupiscentia, dérivé du verbe classique concupiscere, « désirer ardemment, convoiter » [1]. L'adjectif concupiscent n'arrive qu'au XVIe siècle, tiré du participe présent concupiscens [2].

Etymonline analyse concupiscere comme une forme inchoative de concupere, « être très désireux de », où le préfixe com- aurait une valeur intensive, ce qu'il présente comme une hypothèse [3]. Le radical est cupere, « désirer », celui du latin cupiditas, d'où vient cupidité [3]. Concupiscence et cupidité sont donc des cousins, l'un spécialisé dans le désir des sens, l'autre dans le désir de posséder.

Le nom concupiscentia appartient au latin tardif. Les dictionnaires de Lewis et Short et de Gaffiot le relèvent chez Tertullien, au début du IIIe siècle, et chez saint Jérôme ; le dictionnaire de Georges note son emploi au pluriel dans le latin d'Église [4]. La Vulgate l'emploie pour traduire le grec epithymia, le désir [3].

L'anglais emprunte concupiscence au milieu du XIVe siècle, par l'ancien français, avec le sens de désir ardent ou illicite [3]. Le mot a ainsi suivi le même chemin que fornication : un terme de clercs, passé du latin chrétien aux langues d'Europe par la traduction des textes sacrés.

Que dit la Bible de la concupiscence ?

Le passage de référence est la première épître de Jean (2,16), qui distingue trois désirs venus du monde et non de Dieu. La Vulgate les nomme concupiscentia carnis, concupiscentia oculorum et superbia vitae [5]. Le grec emploie epithymia pour les deux premiers, et la traduction de Louis Segond parle de « la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l'orgueil de la vie » [5].

Les traductions françaises hésitent donc entre deux mots. Celles de Martin (1744) et de Segond (1910) retiennent convoitise [5]. Le Catéchisme de l'Église catholique cite lui aussi le verset avec ce mot, mais en tire trois espèces de concupiscence (§ 2514) [6] : convoitise traduit le texte, concupiscence nomme la notion théologique.

Le même Catéchisme rattache la notion à saint Paul, pour qui la chair s'oppose à l'esprit, et cite l'Épître aux Galates (5,16-17) [6]. Il précise que la tradition catholique distingue deux commandements : le neuvième interdit la concupiscence charnelle, le dixième la convoitise du bien d'autrui (§ 2514) [6]. Les expressions françaises nées de ce vocabulaire de la chair sont étudiées dans notre article sur l'œuvre de chair et le péché de chair.

Comment saint Augustin et le concile de Trente l'ont-ils définie ?

Saint Augustin a lié la concupiscence au péché originel, et le concile de Trente a précisé en 1546 qu'elle n'est pas un péché au sens propre. Augustin consacre au sujet deux livres, Du mariage et de la concupiscence, écrits en 419 et 420 et adressés au comte Valère [8]. Il y répond aux pélagiens, qui l'accusaient de condamner le mariage en défendant la doctrine du péché originel [8].

Sa position tient en deux affirmations. Le mariage est bon ; la concupiscence charnelle est un mal, dont la chasteté conjugale fait bon usage en vue de la procréation [8]. Augustin y voit la loi des membres qui combat la loi de l'esprit, selon une formule de Paul [8].

Le concile de Trente reprend la question le 17 juin 1546, lors de sa cinquième session, dans le décret sur le péché originel [7]. Le texte affirme que la concupiscence demeure chez les baptisés, comme un foyer qui incline au péché, mais qu'elle ne peut nuire à ceux qui n'y consentent pas [7]. Elle leur est laissée, dit le texte, pour leur exercice, c'est-à-dire pour le combat spirituel [7]. L'apôtre l'appelle parfois péché, poursuit le concile, mais l'Église ne l'a jamais comprise comme un péché véritable chez ceux qui sont nés de nouveau : elle vient du péché et y incline [7].

Cette précision répond à la Réforme. La Confession d'Augsbourg, texte fondateur du luthéranisme présenté en 1530, enseigne que l'homme naît sans crainte de Dieu, sans confiance en Dieu et avec la concupiscence, et que ce vice d'origine est vraiment un péché [9]. Catholiques et luthériens s'accordaient sur l'existence de la concupiscence, pas sur son statut.

L'enseignement catholique actuel suit Trente. Le Catéchisme de 1992 (§ 2515) en situe l'origine dans la désobéissance du premier péché, en renvoyant au récit de la Genèse (3,11) ; il dit qu'elle trouble les facultés morales et incline au péché sans en être un, et cite le concile [6]. Le paragraphe suivant décrit la lutte entre la chair et l'esprit comme un héritage du péché et une part du combat spirituel quotidien (§ 2516) [6]. Le Compendium de 2005 explique que la nature humaine, blessée par le péché originel, est inclinée au péché, et que « cette inclination s'appelle concupiscence » [10].

Quelle différence entre concupiscence, luxure et désir ?

Le désir est un mot neutre, la concupiscence une inclination jugée désordonnée, et la luxure un péché. Le Catéchisme rappelle qu'étymologiquement, concupiscence peut désigner toute forme véhémente de désir humain [6]. La théologie lui donne un sens plus étroit : un mouvement de l'appétit sensible qui contrarie l'œuvre de la raison (§ 2515) [6].

La concupiscence n'est donc pas la luxure. Elle est une tendance, présente chez tous selon la doctrine catholique, alors que la luxure est un péché capital, que le Catéchisme définit comme « un désir désordonné ou une jouissance déréglée du plaisir vénérien » (§ 2351) [15]. Les nuances entre ces termes voisins sont détaillées dans notre article sur la différence entre fornication, adultère, luxure et débauche.

La concupiscence est aussi plus large que le désir sexuel. Jean distingue la concupiscence de la chair de celle des yeux, et l'Académie définit le sens théologique comme la tentation de prendre ou de dominer [5][1]. Dans la langue religieuse, la chair est pourtant le corps considéré comme le siège de la concupiscence, ce qui explique le glissement du mot vers la sexualité [14].

Que sont les trois concupiscences de Pascal ?

Les trois concupiscences de Pascal sont la concupiscence de la chair, celle des yeux et l'orgueil, qu'il nomme en latin libido sentiendi, libido sciendi et libido dominandi. Dans un fragment des Pensées, il affirme que tout ce qui est au monde relève de l'une de ces trois formes, en reprenant le verset de Jean [11]. Une édition numérisée des Pensées, imprimée en 1777, donne ce fragment avec les trois expressions latines [11].

Les trois termes latins traduisent trois passions : le désir de sentir, c'est-à-dire les plaisirs des sens, le désir de savoir, ou curiosité, et le désir de dominer [11]. La 9e édition de l'Académie s'en fait l'écho dans son exemple « les trois concupiscences de la chair, du savoir, du pouvoir » [1].

Cette lecture élargit la notion au-delà de la sexualité. Pour Pascal, la soif de connaissance ou de pouvoir relève du même dérèglement que le désir charnel [11]. La définition théologique de l'Académie, qui parle de prendre et de dominer plutôt que de plaisir, va dans le même sens [1].

Comment emploie-t-on le mot aujourd'hui ?

Aujourd'hui, concupiscence appartient surtout à la langue littéraire, et le Larousse le marque comme tel [13]. Hors des textes religieux, les exemples des dictionnaires l'associent volontiers au regard, qu'il s'agisse de désir sensuel ou de simple envie [1][2].

L'exemple choisi par l'Académie est biblique : les vieillards regardaient Suzanne avec concupiscence [1]. L'épisode de Suzanne, épiée par deux vieillards, associe le mot à un désir qui s'impose à autrui. L'adjectif concupiscent garde la même couleur dans l'exemple des regards concupiscents [2].

Le sens affaibli permet en revanche des emplois plaisants. Regarder un gâteau avec concupiscence, selon l'exemple de l'Académie, c'est seulement en avoir très envie [1]. Le mot retrouve alors son sens latin le plus large, celui d'un désir ardent, sans rapport avec le péché.

Les théologiens, eux, continuent d'employer le terme dans son sens technique. Le Catéchisme de l'Église catholique y consacre l'article sur le neuvième commandement, dont la doctrine générale sur la sexualité est présentée dans notre article sur le Catéchisme de l'Église catholique et la fornication [6].

Questions fréquentes

La concupiscence est-elle un péché ?

Non, selon l'Église catholique. Le concile de Trente a déclaré en 1546 qu'elle demeure chez les baptisés et incline au péché, mais n'est pas un péché au sens propre ; le Catéchisme de 1992 reprend cette position. La Confession d'Augsbourg (1530), à l'inverse, la tient pour un véritable péché.

Quelle est l'étymologie de concupiscence ?

Le mot vient du latin ecclésiastique concupiscentia, dérivé de concupiscere, « désirer ardemment, convoiter ». Ce verbe est formé sur cupere, « désirer », comme cupidité. Le français l'emprunte au XIIIe siècle.

Quelles sont les trois concupiscences ?

Ce sont la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l'orgueil de la vie, d'après la première épître de Jean (2,16). Pascal les traduit en latin par libido sentiendi, libido sciendi et libido dominandi : le désir de sentir, de savoir et de dominer.

Concupiscence et convoitise, est-ce la même chose ?

Presque. Les deux mots traduisent le latin concupiscentia et le grec epithymia : la traduction de Louis Segond parle de convoitise de la chair dans la première épître de Jean. Concupiscence est réservé au langage théologique et littéraire, convoitise s'emploie plus couramment pour le désir de posséder.

Que signifie un regard concupiscent ?

C'est un regard qui exprime un désir intense, le plus souvent sensuel. L'Académie française donne l'exemple de regards concupiscents jetés sur une femme. L'adjectif est attesté en français depuis le XVIe siècle.

Quelle différence entre concupiscence et luxure ?

La concupiscence est une inclination, que la doctrine catholique juge présente chez tous les humains depuis le péché originel. La luxure est un péché capital, défini par le Catéchisme comme un désir désordonné ou une jouissance déréglée du plaisir vénérien. On peut donc éprouver de la concupiscence sans commettre de péché, si l'on n'y consent pas.

Que disent les protestants de la concupiscence ?

La Confession d'Augsbourg, présentée en 1530, affirme que l'homme naît avec la concupiscence et que ce vice d'origine est vraiment un péché. Le concile de Trente a répondu en 1546 que l'Église ne la considère pas comme un péché au sens propre chez les baptisés. Le désaccord portait sur le statut de la concupiscence, non sur son existence.

Sources

  1. dictionnaire-academie.fr — https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9C3431
  2. dictionnaire-academie.fr — https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9C3432
  3. etymonline.com — https://www.etymonline.com/word/concupiscence
  4. lsj.gr — https://lsj.gr/wiki/concupiscentia
  5. biblehub.com — https://biblehub.com/multi/1_john/2-16.htm
  6. vatican.va — https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P8K.HTM
  7. history.hanover.edu — https://history.hanover.edu/texts/trent/ct05.html
  8. newadvent.org — https://www.newadvent.org/fathers/1507.htm
  9. bookofconcord.org — https://bookofconcord.org/augsburg-confession/article-ii/
  10. vatican.va — https://www.vatican.va/archive/compendium_ccc/documents/archive_2005_compendium-ccc_fr.html
  11. bph.sourcelibrary.org — https://bph.sourcelibrary.org/book/pascal-s-thoughts-pensees-pascal/page/697cd3c90d509040d6ca410a
  12. dictionnaire-academie.fr — https://dictionnaire-academie.fr/article/A2C1429
  13. larousse.fr — https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/concupiscence
  14. dictionnaire-academie.fr — https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9C1492
  15. vatican.va — https://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P80.HTM

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

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