Les jeunes Français et la religion : appartenance, pratique et transmission
Les jeunes Français sont-ils encore religieux ?
Une majorité de jeunes Français se déclarent sans religion : 52 % des 18-30 ans selon un sondage Verian de juin 2023. L'enquête Trajectoires et Origines de l'Insee et de l'Ined montre aussi un recul du catholicisme chez les 18-49 ans, de 43 % à 25 % entre 2008 et 2020, et une transmission plus forte chez les musulmans.
Quelle part des jeunes se déclare sans religion ?
Plus de la moitié. Dans l'enquête Trajectoires et Origines (TeO2), réalisée par l'Insee et l'Ined en 2019-2020 auprès d'environ 27 200 personnes, 51 % des 18-59 ans vivant en France métropolitaine déclarent n'avoir aucune religion [1]. Chez les 18-49 ans, la proportion est passée de 45 % en 2008-2009 à 53 % en 2019-2020 [1].
Un sondage plus récent, ciblé sur les 18-30 ans, aboutit à un chiffre comparable. Réalisé en ligne par l'institut Verian, ex-Kantar Public, du 14 au 16 juin 2023 auprès de 1 000 jeunes, il établit à 52 % la part de ceux qui se disent sans religion [2]. L'étude a été commandée par deux laboratoires de recherche, le LACES de l'université de Bordeaux et le GSRL, rattaché à l'EPHE et au CNRS [2][3].
Le recul de l'appartenance religieuse ne touche pas tous les groupes de la même façon. Chez les 18-49 ans sans ascendance migratoire, la part des « sans religion » est passée de 50 % à 62 % entre les deux enquêtes TeO [1]. Elle a augmenté de 3 points parmi les immigrés et n'a pas bougé, à 23 %, chez les descendants de deux parents immigrés [1].
Appartenance religieuse déclarée des 18-49 ans, France métropolitaine (Insee-Ined, TeO)
| Appartenance | 2008-2009 (TeO1) | 2019-2020 (TeO2) |
|---|---|---|
| Sans religion | 45 % | 53 % |
| Catholiques | 43 % | 25 % |
| Musulmans | 8 % | 11 % |
| Autres chrétiens | 2,5 % | 9 % |
| Juifs | 0,5 % | 0,5 % |
| Bouddhistes | 0,5 % | 0,5 % |
Quelles religions déclarent les jeunes adultes ?
Le catholicisme reste la première religion déclarée, mais sa part a fortement baissé. Chez les 18-49 ans, elle est passée de 43 % en 2008-2009 à 25 % en 2019-2020 [1]. Dans le même temps, la part des musulmans est passée de 8 % à 11 %, et celle des autres chrétiens, notamment évangéliques et orthodoxes, de 2,5 % à 9 % [1].
Sur l'ensemble des 18-59 ans, TeO2 compte 29 % de catholiques, 10 % de musulmans et 9 % d'autres chrétiens [1]. Chez les 18-30 ans interrogés par Verian en 2023, 18 % se disent catholiques, 22 % chrétiens toutes confessions confondues et 12 % musulmans [2][3]. Les autres religions représentent des parts faibles, de l'ordre de 1 % pour le bouddhisme dans l'enquête TeO2 [1].
À l'échelle de l'Europe de l'Ouest, le Pew Research Center relevait en 2018 que 64 % des adultes français se déclaraient chrétiens lorsqu'on leur proposait une liste de religions [4]. Les écarts entre enquêtes tiennent beaucoup à la formulation des questions et aux tranches d'âge interrogées.
La religion compte-t-elle dans leur vie ?
Pour une minorité. Dans le sondage Verian de 2023, 63 % des 18-30 ans jugent la religion peu ou pas importante dans leur vie personnelle, et 31 % la jugent importante [2][3]. Cette importance varie selon l'appartenance : 53 % des jeunes catholiques et 85 % des jeunes musulmans disent qu'elle compte [3].
La croyance ne recoupe pas exactement l'appartenance. Selon le même sondage, 43 % des 18-30 ans croient en Dieu, 42 % n'y croient pas et 12 % ne savent pas [2]. Les écarts d'âge sont nets chez les jeunes femmes : 37 % des 18-24 ans disent croire en Dieu, contre 48 % des 25-30 ans [2].
La pratique reste limitée. Hors mariages, enterrements et baptêmes, 39 % des 18-30 ans n'assistent jamais ou presque jamais à un service religieux ; environ un quart y va au moins une fois par mois, dont 17 % au moins une fois par semaine [2].
L'enquête TeO2 mesure la pratique sur l'ensemble des 18-59 ans. Fréquenter un lieu de culte au moins une fois par mois concerne 8 % des catholiques, 20 % des musulmans, environ 22 % des autres chrétiens et 34 % des juifs [1]. La prière au moins hebdomadaire concerne 15 % des catholiques et 58 % des musulmans [1].
L'âge joue différemment selon les religions. Chez les musulmans, 32 % des 18-27 ans citent la religion comme une dimension de leur identité, contre 23 % des 45-59 ans [1]. Les auteurs y voient un effet d'âge plutôt qu'un effet de génération : les musulmans qui avaient 17 à 23 ans en 2008-2009 étaient 40 % à la citer, contre 31 % onze ans plus tard, une fois âgés de 28 à 34 ans [1]. Chez les catholiques, la proportion reste stable, entre 6 % et 8 % selon les âges [1].
Comment la religion se transmet-elle d'une génération à l'autre ?
La transmission est plus forte dans les minorités religieuses que chez les catholiques. L'enquête TeO2 compare la religion des personnes interrogées à celle de leurs parents. Lorsque les parents sont musulmans, 91 % des enfants déclarent la même religion ; la proportion est de 84 % pour le judaïsme, 69 % pour les autres chrétiens et 67 % pour le catholicisme [1].
La sortie de la religion est donc plus fréquente dans les familles catholiques : 31 % des enfants de parents catholiques se disent sans religion [1]. Elle est majoritaire, à 57 %, lorsque les parents ont des religions différentes ou que l'un d'eux n'en a pas, alors que 94 % des enfants de parents sans religion le restent [1].
La socialisation pendant l'enfance éclaire ces écarts. Parmi les musulmans interrogés, 43 % disent que la religion comptait « beaucoup » dans leur famille quand ils étaient enfants, contre 14 % des catholiques [1]. Les chercheurs soulignent ainsi deux mouvements simultanés : une sécularisation de la majorité de la population et le maintien, voire le renforcement, de l'appartenance dans certaines minorités religieuses [1].
Pourquoi les chiffres varient-ils d'une enquête à l'autre ?
Parce que les enquêtes ne posent pas la même question aux mêmes personnes. TeO2 repose sur un large échantillon de 18-59 ans vivant en logement ordinaire, dans lequel les immigrés, les natifs d'outre-mer et leurs enfants sont volontairement surreprésentés pour pouvoir être étudiés en détail [1]. Verian a interrogé en ligne, sur trois jours, un panel de 1 000 jeunes de 18 à 30 ans constitué selon la méthode des quotas : genre et âge, catégorie sociale, région [2].
La formulation pèse aussi. Demander « avez-vous une religion ? » ou proposer une liste de confessions ne donne pas le même résultat : c'est avec une liste que Pew obtenait 64 % de chrétiens en France dans son étude publiée en 2018 [4]. Une partie des personnes qui se disent catholiques ne pratiquent pas et ne jugent pas la religion importante, ce que les auteurs de l'étude Verian décrivent comme une appartenance d'identité ou de tradition [3].
Enfin, les dates diffèrent. TeO2 décrit la situation de 2019-2020, Verian celle de juin 2023, et l'enquête internationale exploitée par Pew en 2026 a été menée au printemps 2024 [1][2][8]. Malgré ces écarts, toutes convergent vers le même constat : une majorité de jeunes adultes ne se rattache à aucune religion.
La France se distingue-t-elle en Europe ?
Elle suit la tendance européenne, avec un recul du christianisme parmi les plus marqués. Selon les estimations publiées par le Pew Research Center en juin 2025, la France et le Royaume-Uni ont perdu leur majorité chrétienne entre 2010 et 2020 [7]. Sur l'ensemble de l'Europe, la part des chrétiens est tombée à 67 % en 2020, soit 8 points de moins qu'en 2010, et celle des sans-religion a atteint 25 %, en hausse de 7 points [7]. Les musulmans représentaient environ 6 % de la population européenne, une part presque stable sur la décennie [7].
Une analyse de Pew parue en avril 2026 mesure les changements de religion au cours de la vie. En France, 60 % des adultes interrogés au printemps 2024 disent avoir été élevés dans le catholicisme, mais seuls 34 % se déclarent encore catholiques ; 26 % l'ont quitté et 2 % l'ont rejoint [8]. Cette perte nette de 24 points place la France au niveau du Chili, derrière l'Espagne, où elle atteint 32 points [8].
Le protestantisme, lui, connaît en France des départs et des arrivées de même ampleur [8]. Ces données portent sur l'ensemble des adultes, pas seulement sur les jeunes, mais elles éclairent le contexte dans lequel grandissent les générations actuelles.
Que sait-on du lien entre religion et vie affective ?
Peu de chose, à l'échelle nationale. Les premiers résultats de l'enquête CSF-2023 de l'Inserm et de l'ANRS, menée de novembre 2022 à décembre 2023 auprès de 31 518 personnes, ne présentent pas de chiffres selon l'appartenance ou la pratique religieuse [5]. Les enquêtes TeO, de leur côté, mesurent la religion, mais pas les comportements sexuels. Les méthodes de ces enquêtes sont présentées dans l'article sur les grandes enquêtes sur la sexualité en France.
Les données disponibles décrivent surtout un contexte. Les grandes religions présentes en France enseignent, avec des nuances selon les courants, que la sexualité a sa place dans le mariage, comme le détaille la page fornication et religions comparées. Or la grande majorité des jeunes adultes a son premier rapport bien avant de se marier : l'âge médian au premier rapport était de 18,2 ans chez les femmes et de 17,7 ans chez les hommes ayant eu 18 ans entre 2019 et 2023 [5]. Cet âge remonte légèrement depuis la fin des années 2010, après une longue baisse [5].
L'enquête de 2006 montrait déjà l'ampleur du changement entre générations. Seules 20 % des femmes de 20 à 24 ans avaient eu pour premier partenaire leur futur conjoint, contre 70 % des femmes de 60 à 69 ans [6].
Pour les jeunes qui accordent une grande importance à leur religion, ces normes peuvent peser davantage sur les choix de vie. Les statistiques publiques ne permettent toutefois pas de mesurer précisément cet effet.
Questions fréquentes
Quelle part des Français n'a pas de religion ?
Environ la moitié des adultes. Selon l'enquête TeO2 de l'Insee et de l'Ined, 51 % des 18-59 ans résidant en France métropolitaine déclaraient n'avoir aucune religion en 2019-2020 [1]. Chez les 18-30 ans interrogés par Verian en 2023, la proportion atteint 52 % [2]. Ces chiffres dépendent de la question posée et des âges couverts.
Les jeunes Français croient-ils en Dieu ?
Un peu moins de la moitié. Selon le sondage Verian de juin 2023, 43 % des 18-30 ans croient en Dieu, 42 % n'y croient pas et 12 % ne savent pas [2]. La croyance est un peu plus répandue que l'appartenance déclarée à une religion, qui concerne 38 % d'entre eux.
Combien de jeunes fréquentent un lieu de culte ?
Environ un quart des 18-30 ans assiste à un service religieux au moins une fois par mois, hors mariages, enterrements et baptêmes, selon Verian en 2023 [2]. À l'inverse, 39 % n'y vont jamais ou presque jamais. La fréquence varie beaucoup selon la religion déclarée [1].
Les jeunes musulmans sont-ils plus pratiquants que leurs aînés ?
Ils citent plus souvent la religion comme une composante de leur identité : 32 % des musulmans de 18 à 27 ans, contre 23 % chez les 45-59 ans, selon l'enquête TeO2 [1]. Les chercheurs y voient surtout un effet d'âge. La transmission de la religion des parents aux enfants atteint 91 % dans les familles musulmanes [1].
Le catholicisme recule-t-il en France ?
Oui. Chez les 18-49 ans, la part des personnes se déclarant catholiques est passée de 43 % en 2008-2009 à 25 % en 2019-2020, selon l'Insee et l'Ined [1]. Selon Pew, 60 % des adultes ont été élevés dans le catholicisme, mais 34 % seulement s'en réclament encore en 2024 [8].
La France est-elle encore un pays chrétien ?
Non, si l'on s'en tient aux déclarations. Selon les estimations du Pew Research Center publiées en 2025, la France a perdu sa majorité chrétienne entre 2010 et 2020 [7]. Le patrimoine, le calendrier et une partie des rites restent marqués par le christianisme, mais une majorité de jeunes adultes se déclare désormais sans religion [2].
Existe-t-il des statistiques sur la religion et la sexualité en France ?
Elles sont rares. Les premiers résultats de l'enquête CSF-2023 de l'Inserm ne détaillent pas les comportements selon la religion [5], et les enquêtes sur la religion ne portent pas sur la sexualité. Les travaux qualitatifs de sociologues apportent des éclairages, sans chiffrage national.
Sources
- insee.fr — https://www.insee.fr/fr/statistiques/6793308
- veriangroup.com — https://veriangroup.com/hubfs/FR/Rapport-des-jeunes-%C3%A0-la-la%C3%AFcit%C3%A9.pdf
- jean-jaures.org — https://www.jean-jaures.org/publication/ce-que-pensent-les-jeunes-francais-de-la-laicite/
- pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/short-reads/2018/05/29/10-key-findings-about-religion-in-western-europe/
- anrs.fr — https://anrs.fr/wp-content/uploads/2024/11/rapp-csf-web.pdf
- presse.inserm.fr — https://presse.inserm.fr/wp-content/uploads/2017/01/2007_03_13_CP_1erResultEnqueteCSF.pdf
- pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/religion/2025/06/09/religion-in-europe/
- pewresearch.org — https://www.pewresearch.org/short-reads/2026/04/23/catholicism-has-lost-people-to-religious-switching-in-many-countries-while-protestantism-has-gained-in-some/
Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.