Culture

Les Liaisons dangereuses : libertinage, morale affichée et scandale

Par la rédaction de fornication.frVérifié le Lecture : 9 min12 sources
Illustration : un médaillon avec un livre ouvert, devant Notre-Dame de Paris, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

De quoi parlent Les Liaisons dangereuses de Laclos et pourquoi ont-elles fait scandale ?

Les Liaisons dangereuses est un roman épistolaire de Pierre Choderlos de Laclos, publié en 1782. La marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont, deux libertins, y manipulent une jeune fille et une femme mariée réputée vertueuse. Présenté comme une leçon de morale, le livre fit scandale et fut poursuivi en 1824.

Sommaire
  1. Que racontent Les Liaisons dangereuses ?
  2. Comment le roman est-il publié et reçu en 1782 ?
  3. Leçon de morale ou éloge du libertinage ?
  4. Pourquoi le livre est-il poursuivi sous la Restauration ?
  5. Comment le cinéma a-t-il adapté le roman ?
  6. Pourquoi le roman reste-t-il un classique ?
  7. Questions fréquentes
  8. Sources

Que racontent Les Liaisons dangereuses ?

Les Liaisons dangereuses racontent, en 175 lettres, les entreprises de séduction de deux aristocrates libertins et leur chute. Le roman s'ouvre sur un projet de vengeance : la marquise de Merteuil, veuve et ancienne maîtresse du vicomte de Valmont, veut ridiculiser le comte de Gercourt, qui l'a jadis quittée et doit épouser Cécile Volanges, une jeune fille de 15 ans tout juste sortie du couvent [1][4]. Elle demande à Valmont de corrompre la future mariée avant les noces.

Valmont a d'abord un autre objectif. Chez sa tante, Mme de Rosemonde, il entreprend de séduire la présidente de Tourvel, une femme mariée connue pour sa piété et sa fidélité [1][4]. Pendant ce temps, Cécile s'éprend du jeune chevalier Danceny, que Merteuil encourage pour mieux servir son plan. Les deux libertins se racontent tout par lettres, et leur correspondance forme le cœur du livre. L'alliance se défait ensuite : selon l'Encyclopædia Universalis, Merteuil, après avoir déjoué un autre séducteur, Prévan, séduit à son tour Danceny, et les deux anciens complices deviennent ennemis [1].

Le dénouement punit presque tous les personnages. Valmont meurt en duel contre Danceny, à qui il a remis avant de mourir les lettres compromettantes de Merteuil [4]. Rendues publiques, elles ruinent la réputation de la marquise, qui perd ensuite un procès, sa fortune et sa beauté, défigurée par la petite vérole, avant de partir, dit-on, pour la Hollande [4]. Mme de Tourvel meurt au couvent, Cécile y retourne et Danceny part pour Malte [3][4].

Laclos n'indique jamais l'année : les lettres sont datées « 17** » [4]. Ce procédé, comme les noms prétendument changés, entretient la fiction d'une correspondance réelle.

Repères chronologiques

  1. 1782Publication chez Durand Neveu, sous une adresse d'Amsterdam ; une vingtaine d'éditions suivent.
  2. 1824Sous la Restauration, la police engage des poursuites contre le livre.
  3. 9 septembre 1959Visa d'exploitation du film de Roger Vadim, sorti sous le titre Les Liaisons dangereuses 1960.
  4. 1988Dangerous Liaisons de Stephen Frears, sur un scénario de Christopher Hampton : trois Oscars en 1989.
  5. 1989Miloš Forman tourne Valmont, autre adaptation du roman.

Les personnages principaux et leur sort

PersonnageRôle dans l'intrigueSort à la fin du roman
Marquise de MerteuilVeuve libertine, organise la vengeance contre GercourtPerd sa réputation, un procès et sa beauté (petite vérole), puis quitte la France
Vicomte de ValmontSéducteur, complice puis rival de MerteuilTué en duel par Danceny
Présidente de TourvelFemme mariée réputée pour sa vertu, cible de ValmontSe retire au couvent et y meurt
Cécile VolangesJeune fille de 15 ans promise à GercourtRetourne au couvent
Chevalier DancenyJeune homme épris de CécilePart pour Malte

Comment le roman est-il publié et reçu en 1782 ?

Le roman paraît en 1782 en quatre parties, chez le libraire parisien Durand Neveu [2][5]. L'Encyclopædia Britannica le compte parmi les premiers exemples de roman psychologique [10]. La page de titre porte une adresse d'Amsterdam, alors que le livre se vend à Paris chez Durand Neveu [5]. Le sous-titre annonce des « lettres recueillies dans une société et publiées pour l'instruction de quelques autres » [1].

Son auteur n'est pas un homme de lettres de profession. Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803) est officier d'artillerie ; ses affectations en garnison lui ont fait côtoyer le libertinage aristocratique, sans qu'il le pratique lui-même selon l'Encyclopædia Universalis, que signe le spécialiste du XVIIIe siècle Michel Delon [1].

Le succès est immédiat et ressemble à un succès de scandale [1]. Selon la librairie ancienne Camille Sourget, une vingtaine d'éditions sont publiées dans la foulée, dont seules les deux premières appartiennent à l'édition originale [5]. Le livre vaut à son auteur une réputation sulfureuse dans les salons et fait craindre pour sa carrière militaire [5].

La critique s'en empare aussitôt. La Correspondance littéraire de Grimm, qui en rend compte en 1782, retient surtout le châtiment final : Valmont est tué par l'ami qu'il a trahi, et Merteuil perd sa beauté et même un œil après la petite vérole [4]. Le dénouement moral est donc lu, dès la parution, comme la clé du livre.

Leçon de morale ou éloge du libertinage ?

Laclos présente son livre comme une leçon de morale, mais il entoure cette leçon d'une ironie qui la rend ambiguë. Le volume s'ouvre sur deux textes contradictoires. Dans l'« Avertissement de l'éditeur », un prétendu libraire affirme ne pas garantir l'authenticité du recueil [4]. Il ajoute, avec une ironie appuyée, que de telles mœurs seraient invraisemblables « dans ce siècle de philosophie », où les Lumières auraient rendu tout le monde vertueux [4].

Vient ensuite la « Préface du rédacteur », qui défend l'utilité morale de l'ouvrage. Le rédacteur estime que c'est « rendre un service aux mœurs » que de dévoiler les moyens employés par les gens sans principes pour corrompre les autres [4]. Il prend soin de préciser qu'il est loin de conseiller cette lecture à la jeunesse [4]. Il rapporte pourtant le propos d'une mère qui jugeait utile de donner ce livre à sa fille le jour de son mariage [4].

La préface vise aussi les familles. Elle avertit qu'une mère est au moins imprudente si elle laisse une autre femme gagner la confiance de sa fille [4]. Le roman illustre ce danger : Mme de Volanges confie involontairement Cécile à Merteuil, qu'elle croit une amie sûre.

L'épigraphe complète ce dispositif. Laclos l'emprunte à la préface de Julie ou la Nouvelle Héloïse de Rousseau : « J'ai vu les mœurs de mon temps, et j'ai publié ces lettres » [1]. L'Encyclopædia Universalis y lit une critique de la noblesse de cour, dont la morale religieuse ne serait plus qu'un conformisme [1].

Le doute demeure sur l'intention réelle. Le roman peut être lu comme une peinture complaisante de la séduction, qui ferait du lecteur le complice des libertins, ou comme leur condamnation, puisque presque tous finissent punis [1]. L'Encyclopædia Universalis parle d'ailleurs d'un « chef-d'œuvre énigmatique » [1]. Cette ambiguïté explique que le livre ait été à la fois admiré, recommandé et poursuivi. Elle prolonge un débat plus ancien : un siècle plus tôt, le Dom Juan de Molière avait déjà été accusé de faire entendre trop longtemps le libertin avant de le punir.

Pourquoi le livre est-il poursuivi sous la Restauration ?

Le livre est poursuivi en 1824 parce que la Restauration réprime alors les écrits jugés contraires aux bonnes mœurs. Une loi de 1819 punit l'outrage à la morale publique et religieuse ou aux bonnes mœurs, et elle sert de base à une série de procédures contre des livres anciens [6]. Selon Livres Hebdo, la police se met « soudainement » à poursuivre Les Liaisons dangereuses en 1824, plus de quarante ans après leur parution [6].

Le roman n'est pas un cas isolé. Les Chansons de Béranger et La Guerre des dieux de Parny connaissent une première interdiction en 1821 [6]. En 1822, c'est le tour des Amours du chevalier de Faublas de Louvet de Couvray, pourtant réédité régulièrement depuis 1787 [6]. D'autres titres sont visés en 1826 [6].

Les sources disponibles ne précisent pas toutes la date et la juridiction du jugement. Une notice de libraire indique seulement qu'au XIXe siècle, le livre fut interdit par les tribunaux après une nouvelle vague d'indignation [5].

Ces poursuites s'inscrivent dans une longue histoire, retracée dans notre article sur la censure des œuvres jugées immorales. Trente ans plus tard, c'est encore au nom de la morale publique que Flaubert sera jugé lors du procès de Madame Bovary en 1857.

Comment le cinéma a-t-il adapté le roman ?

Le cinéma a adapté le roman à plusieurs reprises, d'abord en France, puis dans le monde anglophone. Roger Vadim transpose l'intrigue dans la France de la fin des années 1950, avec Gérard Philipe, Jeanne Moreau et Annette Stroyberg [11]. Le film obtient son visa d'exploitation le 9 septembre 1959 et dure 108 minutes [7][8].

Il sort sous le titre Les Liaisons dangereuses 1960, que retient encore la fiche du British Film Institute [11]. La date ajoutée au titre signale une transposition contemporaine, loin du XVIIIe siècle de Laclos. La fiche actuelle du CNC classe le film « tous publics » [8], signe de l'évolution décrite dans notre article sur la classification des films en France.

Les adaptations anglophones des années 1980 ont un tout autre destin. Le film de Stephen Frears, Dangerous Liaisons (1988), écrit par Christopher Hampton, reçoit sept nominations aux Oscars et en remporte trois en 1989 : meilleur scénario adapté pour Hampton, meilleurs décors et meilleurs costumes [9]. Glenn Close et Michelle Pfeiffer sont nommées pour leurs rôles [9], et John Malkovich y incarne Valmont [10].

Miloš Forman propose un an plus tard sa propre version, Valmont (1989), avec Colin Firth, Annette Bening et Meg Tilly [12]. Selon l'Encyclopædia Britannica, ce film a souffert de la comparaison avec celui de Frears, sorti l'année précédente [12].

Pourquoi le roman reste-t-il un classique ?

Le roman reste un classique parce que sa forme et son ambiguïté continuent de nourrir des lectures opposées. Laclos reprend la forme épistolaire de Richardson et de Rousseau, mais il en fait un outil de stratégie : chaque lettre est une manœuvre, et le lecteur voit les mêmes faits racontés par la victime et par le manipulateur [1]. L'Encyclopædia Universalis présente le livre comme l'antithèse exacte de La Nouvelle Héloïse [1].

Les lectures se sont succédé, de la critique de la noblesse de cour relevée par l'Encyclopædia Universalis [1] à l'analyse des passions que souligne la Britannica, qui voit dans le livre l'un des premiers romans psychologiques [10]. D'autres lecteurs insistent sur la marquise de Merteuil, figure d'une femme qui retourne contre la société les codes de la réputation.

Le livre éclaire aussi la place de la sexualité hors mariage dans la morale du XVIIIe siècle. Ce qui perd les personnages n'est pas tant la faute elle-même que sa publicité : Merteuil tombe le jour où ses lettres circulent. Cette tension entre conduite privée et réputation publique rapproche le roman d'autres œuvres où la fornication est nommée par les écrivains français comme une affaire de société autant que de conscience.

Le nombre des adaptations confirme cette vitalité : Vadim, Frears et Forman ont réinventé l'intrigue en trente ans [8][9][12]. Chaque époque y retrouve sa propre question sur le pouvoir, le désir et le mensonge.

Questions fréquentes

Qui a écrit Les Liaisons dangereuses ?

Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803), officier d'artillerie, a écrit Les Liaisons dangereuses [1]. Il le publie en 1782 chez le libraire parisien Durand Neveu, sous une adresse d'Amsterdam [5].

Combien de lettres compte Les Liaisons dangereuses ?

Le roman compte 175 lettres [3][4]. Elles sont précédées d'un « Avertissement de l'éditeur » et d'une « Préface du rédacteur », et accompagnées de notes du prétendu rédacteur [4]. Les lettres sont datées sans l'année, sous la forme « 17** ».

Les Liaisons dangereuses est-elle une histoire vraie ?

Non, c'est une fiction, même si le livre se présente comme une correspondance authentique dont les noms auraient été changés [4]. L'« Avertissement de l'éditeur » feint d'ailleurs de douter de cette authenticité [4]. Ce jeu entre vrai et faux fait partie du dispositif du roman.

Comment finit la marquise de Merteuil ?

Elle perd tout : sa réputation après la publication de ses lettres, un procès qui la ruine et sa beauté, défigurée par la petite vérole [4]. Elle quitte ensuite Paris et partirait, selon la rumeur rapportée par le roman, pour la Hollande [4].

Les Liaisons dangereuses ont-elles été interdites ?

Oui, au XIXe siècle. En 1824, sous la Restauration, la police engage des poursuites contre le roman en vertu de la législation sur l'outrage aux bonnes mœurs [6]. Le livre fut ensuite interdit par les tribunaux, sans que les sources consultées précisent la date du jugement [5].

Quand le film de Roger Vadim est-il sorti ?

En 1959 : il obtient son visa d'exploitation le 9 septembre 1959 [8]. Il sort sous le titre Les Liaisons dangereuses 1960, avec Gérard Philipe et Jeanne Moreau [11]. Le CNC le classe aujourd'hui « tous publics » [8].

Le film de Stephen Frears a-t-il reçu des Oscars ?

Oui, trois. Dangerous Liaisons a remporté en 1989 les Oscars du meilleur scénario adapté (Christopher Hampton), des meilleurs décors et des meilleurs costumes, sur sept nominations [9].

Sources

  1. universalis.fr — https://www.universalis.fr/encyclopedie/les-liaisons-dangereuses/
  2. en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/Les_Liaisons_dangereuses
  3. fr.wikipedia.org — https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Liaisons_dangereuses
  4. gutenberg.org — https://www.gutenberg.org/cache/epub/52006/pg52006-images.html
  5. camillesourget.com — https://www.camillesourget.com/?p=2067
  6. livreshebdo.fr — https://www.livreshebdo.fr/article/la-litterature-la-morale-et-la-loi-22
  7. en.wikipedia.org — https://en.wikipedia.org/wiki/Les_Liaisons_dangereuses_(film)
  8. cnc.fr — https://www.cnc.fr/professionnels/visas-et-classification?visa=21575
  9. oscars.org — https://www.oscars.org/oscars/ceremonies/1989
  10. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Dangerous-Liaisons-novel-by-Laclos
  11. bfi.org.uk — https://www.bfi.org.uk/film/c06582db-9e0f-556d-9ca1-6c20c067de63/les-liaisons-dangereuses-1960
  12. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Valmont-film-by-Forman

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

À lire aussi