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Prison Saint-Lazare : une exposition sur les femmes enfermées au nom des mœurs

Par la rédaction de fornication.frPublié le Vérifié le Lecture : 10 min8 sources
Illustration : un médaillon avec des barreaux de prison et l'année 2026, devant le Sacré-Cœur de Montmartre, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Que montre l'exposition sur la prison Saint-Lazare à Paris en 2026 ?

Depuis le 17 septembre 2026 et jusqu'au 13 décembre, l'exposition « Prisonnières », à la médiathèque Françoise Sagan (Paris 10e), retrace les dernières années de la prison Saint-Lazare (1919-1932). Seule prison de femmes de Paris, elle enfermait des prévenues, des condamnées, des prostituées en infraction au règlement et des femmes atteintes de syphilis. [1] [2]

Sommaire
  1. Que montre l'exposition « Prisonnières » ouverte le 17 septembre 2026 ?
  2. Qui était enfermé à Saint-Lazare entre 1919 et 1932 ?
  3. Comment la police des mœurs envoyait-elle des femmes à Saint-Lazare ?
  4. Pourquoi les années 1920 ont-elles scellé le sort de la prison ?
  5. Quels regards porte-t-on sur cette histoire ?
  6. Que reste-t-il de Saint-Lazare, et quelle est la suite ?
  7. Questions fréquentes
  8. Sources

Que montre l'exposition « Prisonnières » ouverte le 17 septembre 2026 ?

L'exposition « Prisonnières - Les dernières années de la prison Saint-Lazare (1919-1932) » est un parcours gratuit, ouvert du jeudi 17 septembre au dimanche 13 décembre 2026 dans le 10e arrondissement de Paris [1]. Il commence en plein air, sur le square Alban Satragne, où des photographies grand format replacent l'ancienne prison dans son quartier. Il se poursuit à l'intérieur de la médiathèque Françoise Sagan, 8 rue Léon Schwartzenberg [1] [3]. Le lieu a un sens : la médiathèque occupe l'ancienne infirmerie de la prison [1] [5].

Le projet a été lancé par une association locale, Histoire et vies du 10e, avec le soutien de la mairie d'arrondissement [1]. Il réunit des images, des livres, des archives et des objets prêtés par de nombreuses institutions, que les annonces publiées ne nomment pas [1] [3]. Selon le média parisien Paris ZigZag, on y voit notamment les photographies de Charles Lansiaux et d'Édouard Desprez, prises pour la Commission du Vieux Paris quand le bâtiment était promis à la démolition [2].

Une autre série retient l'attention : le reportage réalisé vers 1930 par le photographe Henri Manuel, à la demande du ministère de la Justice [2]. Parmi ces clichés datés de 1929-1931 figurent un dortoir de l'infirmerie où des détenues cousent et un vestiaire où s'alignent chapeaux et chaussures [2]. Cette dernière image illustre aussi l'annonce de la Ville de Paris, avec un crédit au musée Carnavalet [4]. Le parcours montre enfin les traces laissées par les prisonnières elles-mêmes : écrits, graffitis et empreintes [1] [2].

Le programme dépasse les murs de la médiathèque. Des visites guidées ont été proposées les 19 et 20 septembre, pendant les Journées européennes du patrimoine [4]. Un spectacle intitulé « Maison noire », une écoute de chansons de prison, un cycle de conférences avec le Comité d'histoire de la Ville de Paris et un colloque du Centre d'histoire du XIXe siècle accompagnent l'exposition [1] [3].

Repères chronologiques

  1. 1794Un décret de la Convention fait de Saint-Lazare une prison ; à la fin de la Terreur, elle est affectée aux femmes.
  2. 1802Visite médicale obligatoire des prostituées : les « insoumises » peuvent être internées à Saint-Lazare sur simple avis médical.
  3. 1834Louis-Pierre Baltard construit la chapelle et l'infirmerie spéciale destinée aux femmes.
  4. Vers 1857Environ 1 300 détenues, réparties entre prévenues et condamnées, hôpital-prison pour prostituées et jeunes filles.
  5. 1932Fermeture de la prison selon les organisateurs de l'exposition (1927 selon Wikipédia) ; l'infirmerie devient une maison de santé pour prostituées.
  6. 13 avril 1946La loi Marthe Richard ferme les maisons closes et met fin à l'internement administratif sur avis médical.
  7. 16 mai 2015Inauguration de la médiathèque Françoise Sagan dans l'ancienne infirmerie.
  8. 17 septembre 2026Ouverture de l'exposition « Prisonnières », visible jusqu'au 13 décembre 2026.

Qui était enfermé à Saint-Lazare entre 1919 et 1932 ?

Au sortir de la Première Guerre mondiale, Saint-Lazare est la seule prison de femmes de Paris [1] [2]. Installée dans un ancien couvent du faubourg Saint-Denis, elle peut accueillir plus de mille détenues [1] [3]. Elle réunit des situations très différentes, que les organisateurs répartissent en quatre groupes [1].

Il y a d'abord des prévenues, qui attendent d'être jugées, puis des femmes condamnées à de courtes peines. Viennent ensuite des prostituées arrêtées pour avoir enfreint la réglementation, et enfin des femmes atteintes de syphilis [1] [2]. Ces dernières sont soignées dans une infirmerie spéciale, que la présentation officielle décrit comme un « véritable hôpital-prison » [1]. Une partie de l'établissement fonctionne donc à la fois comme un lieu de soin et comme un lieu de détention [2].

Ce mélange est ancien. Vers 1857, selon l'encyclopédie Wikipédia, la prison compte environ 1 300 détenues réparties en trois sections : les prévenues et condamnées, l'hôpital-prison pour prostituées, et les jeunes filles [5]. Les prostituées inscrites y restent alors 45 jours, les « insoumises » trois mois [5]. La section des jeunes filles reçoit notamment des mineures enfermées à la demande de leur père, au titre de la correction paternelle : on en compte 33 au 31 décembre 1856 [5].

Le nombre de femmes qui passent par l'établissement mesure son rôle dans la ville. La même source en recense 11 063 en 1837 et 10 907 en 1885 [5]. À partir de 1838, sous l'impulsion du préfet de police Delessert, la garde des détenues est confiée à des femmes ; en 1849 ou 1850, elle passe aux Sœurs de Marie-Joseph, surnommées les sœurs des prisons [5].

Comment la police des mœurs envoyait-elle des femmes à Saint-Lazare ?

La police des mœurs envoyait des femmes à Saint-Lazare en application du réglementarisme, le système par lequel l'État encadrait la prostitution au lieu de l'interdire. Mis en place en 1802, ce « système français » inscrit les prostituées sur des registres et les soumet à une visite médicale mensuelle [6]. Celles qui échappent à l'inscription, les « insoumises », sont réprimées [6].

Saint-Lazare est le volet carcéral de ce dispositif. Dès l'instauration de la visite obligatoire, en 1802, les insoumises peuvent être internées dans la seconde section de la prison sur simple avis médical [5]. L'enfermement ne résulte donc pas d'une peine prononcée par un juge, mais d'une décision administrative et sanitaire. C'est la loi Marthe Richard du 13 avril 1946, en fermant les maisons closes, qui met fin à cet internement administratif [5].

La prostitution elle-même n'était pas un délit. Absente des codes révolutionnaires, elle était dépénalisée de fait depuis 1791, mais la police continuait à la surveiller au nom de l'ordre public et des bonnes mœurs [6]. Une femme pouvait ainsi être enfermée non pour s'être prostituée, mais pour avoir enfreint une règle de police, comme l'inscription ou la visite.

L'ampleur du contrôle était considérable. À la fin du XIXe siècle, selon la synthèse de Wikipédia sur la prostitution en France, on comptait 15 500 prostituées déclarées et 72 500 personnes arrêtées pour prostitution non déclarée [6]. Le bâtiment lui-même a été adapté à cette fonction : en 1834, l'architecte Louis-Pierre Baltard y construit la chapelle et l'infirmerie spéciale destinée aux femmes [5]. C'est ce bâtiment qui abrite aujourd'hui la médiathèque [5].

Le modèle a circulé hors de France. En 1864, le système français aurait inspiré en Angleterre, par l'intermédiaire du médecin William Acton, les lois sur les maladies contagieuses, que la féministe Josephine Butler combattit avec vigueur [7]. La fin de ce régime en France est retracée dans l'article du site sur les 80 ans de la loi Marthe Richard.

Pourquoi les années 1920 ont-elles scellé le sort de la prison ?

Les organisateurs situent dans les années 1920 le moment où se joue le destin de Saint-Lazare [1]. Deux préoccupations dominent alors, selon la présentation : une politique nataliste de plus en plus répressive et la peur du « péril vénérien » [1] [3]. Paris ZigZag rattache la première à l'inquiétude de la France face au déclin démographique, au lendemain de la Grande Guerre [2].

Cette politique nataliste a laissé des textes précis. La loi du 31 juillet 1920 interdit la contraception et jusqu'à l'information sur les moyens contraceptifs, comme le rappelle l'article du site sur la contraception et les mœurs. L'avortement est lui aussi poursuivi : selon des estimations officielles citées par Public Sénat, plus de 11 660 personnes ont été condamnées pour avoir avorté ou pratiqué un avortement entre 1870 et la dépénalisation de 1975 [8].

La crainte des maladies vénériennes renforce de son côté la surveillance de la sexualité féminine, observe Paris ZigZag [2]. Elle explique la place singulière de l'infirmerie de Saint-Lazare, où les femmes atteintes de syphilis sont à la fois soignées et détenues [1]. Le dortoir photographié par Henri Manuel, où des détenues cousent entre les lits, montre ce double statut de malade et de prisonnière [2].

Le dénouement intervient au début des années 1930. La prison ferme en 1932 et une partie du bâtiment est démolie, selon les organisateurs [1] [2]. L'infirmerie devient alors une maison de santé pour prostituées [1]. Une réserve s'impose : l'article de Wikipédia consacré à la prison date sa fermeture de 1927 et situe vers 1930 sa transformation en maison de santé Saint-Lazare [5]. Les annonces de l'exposition, qui retiennent 1932 jusque dans son titre, ne commentent pas cet écart [1].

Parmi les femmes détenues à Saint-Lazare au fil de son histoire, l'encyclopédie cite plusieurs noms connus : Louise Michel, Mata Hari, Henriette Caillaux, Marthe Hanau, Germaine Berton ou Jeanne Humbert [5]. Les annonces de l'exposition, elles, mettent en avant les détenues anonymes plutôt que ces figures célèbres [1] [2].

Quels regards porte-t-on sur cette histoire ?

L'exposition se présente comme un travail de mémoire sur un lieu presque effacé, et non comme un réquisitoire. Sa présentation dit vouloir rendre sensible une histoire dont les lieux actuels gardent peu de traces [3]. Elle évoque les regards portés sur les prisonnières et la condition féminine de l'époque, et donne une place aux traces laissées par les détenues [1].

Ces regards ont toujours été divisés. Pour ses partisans, le réglementarisme partait d'un constat ancien : la société réprouvait la prostitution, mais la tenait pour inévitable [7]. L'inscription, la visite médicale et l'internement des malades devaient, dans cette logique, préserver l'ordre public et les bonnes mœurs [6]. Les abolitionnistes, dont Josephine Butler fut l'une des figures en Angleterre, combattirent au contraire ces lois [7].

En France, ce débat a abouti lentement. Un premier projet de fermeture des maisons closes est adopté par l'Assemblée nationale en 1935, puis rejeté par le Sénat [6]. Il faut attendre la loi du 13 avril 1946 pour que les maisons closes soient fermées [6]. En 1960, la France ratifie la convention des Nations unies de 1949 sur la traite et l'exploitation de la prostitution d'autrui [6].

La reconnaissance des femmes frappées par les lois de mœurs du passé reste un sujet d'actualité. Le 18 décembre 2025, le Parlement a adopté définitivement une loi qui reconnaît le préjudice subi par les personnes condamnées pour avortement avant la loi Veil de 1975 [8]. Elle crée une commission chargée de recueillir et de transmettre leur mémoire, sans indemnisation financière [8]. Ce choix est défendu par l'autrice du texte, la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, et critiqué par les écologistes et La France insoumise ; la ministre Aurore Bergé y voit un acte de justice [8]. Pour les femmes internées à Saint-Lazare, les annonces de l'exposition ne formulent aucune demande de ce type [1] [3].

Que reste-t-il de Saint-Lazare, et quelle est la suite ?

De l'ancienne prison, il ne reste que l'infirmerie et la chapelle construites par Baltard en 1834, inscrites au titre des monuments historiques [5]. Le reste a été démoli, en partie dès la fermeture [1] [5]. L'histoire du site continue après la guerre : en 1955, la préfecture cède des lits à l'Assistance publique, puis le lieu devient, le 1er janvier 1961, l'hôpital Saint-Lazare, rattaché à Lariboisière [5].

Le lien avec la prostitution ne disparaît pas tout de suite. En 1975, Année internationale de la femme, ferme le service où étaient conduites les prostituées arrêtées lors des rafles [5]. L'hôpital ferme définitivement fin 1998, avec seulement 55 lits [5]. Après un projet de réaménagement porté par la Ville de Paris à partir de 1999, la médiathèque Françoise Sagan est inaugurée le 16 mai 2015, sur environ 4 000 mètres carrés [5].

L'exposition reste ouverte jusqu'au dimanche 13 décembre 2026, en accès libre aux horaires de la médiathèque, du mardi au dimanche, sauf les 1er et 11 novembre [1] [2]. La Ville de Paris signale des visites tout au long de l'exposition et invite à vérifier les créneaux auprès de la médiathèque [4]. Les dates du colloque et des conférences n'étaient pas précisées dans les annonces consultées le 23 octobre 2026 [1] [3].

Au-delà d'un quartier, Saint-Lazare montre comment, de 1802 à 1946, la France a traité la prostitution et la maladie vénérienne par l'enfermement de femmes, en associant police, médecine et prison [5] [6]. Pour replacer cette histoire dans celle de la morale bourgeoise, le site consacre aussi un article au Code civil et aux mœurs du XIXe siècle.

Questions fréquentes

Où se trouvait la prison Saint-Lazare ?

Dans le faubourg Saint-Denis, dans l'actuel 10e arrondissement de Paris [1] [2]. Il en reste l'ancienne infirmerie et la chapelle, qui abritent aujourd'hui la médiathèque Françoise Sagan, 8 rue Léon Schwartzenberg [1] [5].

Jusqu'à quand l'exposition « Prisonnières » est-elle ouverte ?

Jusqu'au dimanche 13 décembre 2026 [1]. Elle a ouvert le 17 septembre 2026 ; l'entrée est libre aux horaires de la médiathèque Françoise Sagan, sauf les 1er et 11 novembre [2].

Pourquoi des prostituées étaient-elles enfermées à Saint-Lazare ?

Parce qu'elles avaient enfreint la réglementation de la prostitution, non parce que la prostitution était un délit [1] [6]. Depuis 1802, les femmes non inscrites, dites « insoumises », pouvaient y être internées sur simple avis médical [5]. Cet internement administratif a pris fin avec la loi Marthe Richard de 1946 [5].

Qu'était l'infirmerie spéciale de Saint-Lazare ?

C'était la partie de la prison où les détenues atteintes de syphilis étaient soignées tout en restant enfermées [1]. Construite par Louis-Pierre Baltard en 1834, elle fonctionnait comme un hôpital-prison [5]. Elle abrite aujourd'hui la médiathèque Françoise Sagan.

Quand la prison Saint-Lazare a-t-elle fermé ?

En 1932, selon les organisateurs de l'exposition, qui retiennent cette date dans leur titre [1]. L'article de Wikipédia sur la prison indique 1927 [5]. L'infirmerie est ensuite devenue une maison de santé pour prostituées, puis un hôpital jusqu'en 1998 [1] [5].

Quelles femmes connues ont été détenues à Saint-Lazare ?

Wikipédia cite notamment Louise Michel, Mata Hari, Henriette Caillaux, Marthe Hanau, Germaine Berton et Jeanne Humbert [5]. L'exposition de 2026 s'intéresse surtout aux détenues anonymes et aux traces qu'elles ont laissées [1].

Que reste-t-il aujourd'hui de la prison Saint-Lazare ?

Il reste l'infirmerie et la chapelle construites en 1834, inscrites au titre des monuments historiques [5]. Le reste du site a été démoli après la fermeture de la prison [1] [5].

Sources

  1. paris.fr — https://www.paris.fr/evenements/prisonnieres-les-dernieres-annees-de-la-prison-saint-lazare-1919-1932-113922
  2. pariszigzag.fr — https://www.pariszigzag.fr/?p=270013
  3. unidivers.fr — https://unidivers.fr/event/prisonnieres-les-dernieres-annees-de-la-prison-saint-lazare-1919-1932-mediatheque-francoise-sagan-paris-paris-2026-09-17t0200000200/
  4. paris.fr — https://www.paris.fr/evenements/prisonnieres-les-dernieres-annees-de-la-prison-saint-lazare-1919-1932-les-visites-guidees-113924
  5. fr.wikipedia.org — https://fr.wikipedia.org/wiki/Prison_Saint-Lazare
  6. fr.wikipedia.org — https://fr.wikipedia.org/wiki/Prostitution_en_France
  7. fr.wikipedia.org — https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9glementarisme
  8. publicsenat.fr — https://www.publicsenat.fr/actualites/parlementaire/le-parlement-adopte-definitivement-la-loi-rehabilitant-les-femmes-condamnees-pour-avortement

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

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