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Cocu, cornard, cocufier : l'origine des mots de l'infidélité

Par la rédaction de fornication.frVérifié le Lecture : 9 min14 sources
Illustration : un médaillon avec la balance de la justice, devant la tour Eiffel, entouré de passants d'aujourd'hui
L'essentiel

Pourquoi dit-on cocu pour un mari trompé ?

Cocu est une variante de coucou, attestée au XIVe siècle d'abord pour l'oiseau, puis pour le mari trompé. Le lien avec l'oiseau reste discuté : le coucou pond dans le nid d'autres espèces, et sa femelle passait pour infidèle. Les cornes du cocu, symbole attesté en anglais depuis le XVe siècle, ont une origine encore incertaine.

Sommaire
  1. Que veut dire cocu ?
  2. Pourquoi le mari trompé porte-t-il le nom du coucou ?
  3. D'où viennent les cornes du cocu ?
  4. Cornard, cocuage, cocufier : quand ces mots sont-ils apparus ?
  5. Comment Rabelais et Molière ont-ils mis le cocu en scène ?
  6. Comment dit-on cocu dans d'autres langues ?
  7. Cocu est-il un mot vulgaire ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Que veut dire cocu ?

Un cocu est un homme dont la conjointe est infidèle. La 9e édition du Dictionnaire de l'Académie française le définit, avec la marque « populaire », comme celui dont la femme manque à la fidélité conjugale, et le glose par mari bafoué, trompé [1]. Elle cite les tournures rendre cocu et faire cocu, ainsi que les cornes du cocu [1].

Le Larousse, qui classe le mot dans le registre familier, élargit la définition : est cocu celui dont le conjoint ou le partenaire est infidèle [9]. Il ajoute un sens figuré, celui d'une personne dupée, et l'illustre par un exemple où le cocu est aussi le pigeon de l'histoire [9]. Le mot n'est donc plus réservé au mariage ni aux hommes.

L'Académie admet d'ailleurs l'emploi adjectif, une femme cocue, tout en le jugeant rare au féminin [1]. Elle rappelle aussi une locution plus inattendue : avoir une veine ou une chance de cocu, c'est avoir une chance insolente [1]. Le Larousse donne le même sens à cette expression [9].

Les mots du mari trompé en français

Mot ou expressionPremière attestationOrigineRegistre (Académie)
Coucou (l'oiseau)XIe siècle (cucu)Latin cuculusSans marque
CornardXIIIe siècle (cornair, « sot, niais »)Dérivé de cornePopulaire
CocuXIVe siècle (cucu, coucu), d'abord pour l'oiseauVariante de coucou, influencée par coquart, coquinPopulaire
CocuageXVIe siècleDérivé de cocuPopulaire
CocufierXVIIe siècleDérivé de cocuPopulaire
Porter les cornesCorne au XIIe siècle ; symbole du mari trompé en anglais depuis le milieu du XVe siècleLatin populaire *corna ; origine de l'image discutéeFiguré et familier

Pourquoi le mari trompé porte-t-il le nom du coucou ?

Cocu vient de coucou, mais les étymologistes ne s'accordent pas sur la raison qui a fait passer le nom de l'oiseau au mari trompé. L'Académie indique que cocu est attesté au XIVe siècle sous les formes cucu et coucu, d'abord pour désigner l'oiseau [1]. Elle y voit une variante de coucou, dont la forme aurait été influencée par des mots comme coquart et coquin [1].

Le coucou lui-même porte un nom très ancien. L'Académie le relève dès le XIe siècle, sous la forme cucu, et le fait venir du latin cuculus [2]. Le nom imite le chant de l'oiseau, précise Etymonline à propos de son équivalent anglais [7].

Deux explications du sens figuré coexistent. Etymonline évoque un oiseau réputé changer de partenaire ou, ce qui est avéré, connu pour pondre ses œufs dans le nid d'autres oiseaux [7]. C'est ce comportement que décrit l'Académie, pour qui le coucou ne fait pas de nid et dépose ses œufs chez d'autres espèces [2]. Le Larousse retient une autre idée : la femelle du coucou avait une réputation d'infidélité [9].

Ces deux explications posent la même difficulté : le coucou qui pond chez autrui ressemble davantage à l'amant qu'au mari. Aucune des sources consultées ne résout ce paradoxe ; elles constatent le passage du nom de l'oiseau au mari trompé sans l'expliquer pleinement [1][7][9].

La famille est en tout cas plus ancienne que la date donnée par l'Académie. L'anglais cuckold, attesté dès le début du XIIIe siècle sous les formes kukewald ou cokewold, vient de l'ancien français cucuault, formé sur cocu et un suffixe péjoratif d'origine germanique, -ault [7].

D'où viennent les cornes du cocu ?

L'origine des cornes du mari trompé est inconnue, et les explications proposées restent des hypothèses. L'Académie se borne à enregistrer l'usage : porter les cornes, avoir des cornes se dit d'un mari trompé ou, plus rarement, d'une femme trompée, dans un registre figuré et familier [5]. Le mot corne, lui, remonte au XIIe siècle et vient du latin populaire *corna, pour cornua [5].

Etymonline date ce symbole, en anglais, du milieu du XVe siècle, et le juge peut-être aussi ancien que la Grèce antique, sans l'affirmer [8]. Il rapporte l'hypothèse du linguiste allemand Hermann Dunger, publiée en 1884. Selon lui, on greffait autrefois les ergots d'un coq castré sur la base de sa crête coupée, où ils poussaient comme des cornes, une pratique encore connue au XIXe siècle [8].

Le même dictionnaire propose une autre piste : les cornes pourraient venir d'un simple geste de mépris envers les maris trompés, objets de plaisanteries populaires à toutes les époques [8]. Aucune de ces explications ne s'appuie sur un texte ancien qui établirait le lien. L'image des cornes est donc mieux attestée que son origine.

L'allemand illustre la même incertitude. Son mot pour le mari trompé, Hahnrei, apparaît au XIIIe siècle, et son premier élément rappelle le coq, Hahn. Etymonline juge son origine obscure et cite deux lectures : l'une rattache le second élément à un mot signifiant « ardent », l'autre, chez le lexicographe Kluge, rapproche le mot de termes désignant le chapon, le coq castré [7].

Cornard, cocuage, cocufier : quand ces mots sont-ils apparus ?

Cornard est le plus ancien de ces mots, cocuage et cocufier les plus récents. L'Académie date cornard du XIIIe siècle, sous la forme cornair, avec le sens de « sot, niais » [6]. Le mot dérive de corne et désigne aujourd'hui, dans un registre populaire, celui qui est trompé par sa femme [6].

Ce premier sens éclaire l'histoire du mot : le cornard était un sot avant d'être un mari trompé. Le glissement rapproche les deux figures, le naïf et le trompé, que l'expression cocu, battu et content réunit encore [1].

Cocuage apparaît au XVIe siècle, dérivé de cocu, pour désigner l'état de mari trompé [3]. Cocufier date du XVIIe siècle et signifie tromper, rendre cocu [4]. L'Académie marque les deux mots comme populaires [3][4]. L'anglais a suivi un rythme comparable : le verbe to cuckold est attesté à partir des années 1580, et le féminin cuckquean dès les années 1560 [7].

Comment Rabelais et Molière ont-ils mis le cocu en scène ?

Rabelais et Molière ont fait de la peur d'être cocu un ressort comique. En 1546, Rabelais publie le Tiers Livre, centré sur Panurge, qui se demande s'il doit se marier et consulte devins et savants [12]. L'ouvrage lui permet de parler de sexe, d'amour et de mariage tout en se moquant des diseurs de bonne aventure, des juges et des poètes [12].

La question du cocuage traverse le livre. La traduction anglaise de Thomas Urquhart et Pierre-Antoine Motteux intitule un chapitre sur les consolations que frère Jean offre à Panurge dans le « douteux » problème du cocuage [11]. Deux autres chapitres donnent la parole au médecin Rondibilis, qui présente le cocuage comme une suite naturelle du mariage et propose un remède [11].

En 1660, Molière fait jouer Sganarelle ou le Cocu imaginaire au théâtre du Petit-Bourbon, à Paris, le 28 mai [10]. La pièce arrive six mois après le succès des Précieuses ridicules et attire le public pendant quarante représentations, malgré l'été et l'absence de la cour, retenue par le mariage du roi [10]. Le cocu y est imaginaire : le héros se croit trompé sur de fausses apparences. Molière revient au thème dans L'École des femmes, où un personnage observe, avec ironie, que pour éviter d'être cocu, « ne vous marier point en est le vrai moyen » [14].

Les traducteurs anglais ont buté sur le titre. La traduction publiée par le projet Gutenberg le rend par « le mari qui se trompe lui-même », tandis que des adaptations plus anciennes parlaient du cocu par imagination [10]. Au XXe siècle, le Belge Fernand Crommelynck reprend le thème avec Le Cocu magnifique, créé en 1920 et cité par l'Académie [1]. L'hypocrisie qui entoure les mœurs dans la comédie classique est étudiée dans notre article sur Tartuffe et l'hypocrisie morale.

Comment dit-on cocu dans d'autres langues ?

Plusieurs langues européennes nomment le mari trompé par l'oiseau ou par les cornes. L'anglais dit cuckold, tiré de l'ancien français cucuault, alors que le nom moderne de l'oiseau, cuckoo, est attesté vers 1300 [7]. Le français moderne a séparé les deux formes, coucou pour l'oiseau et cocu pour le mari [7].

L'espagnol a choisi les cornes. Le dictionnaire de la Real Academia Española définit cornudo, au sens familier, comme la personne, surtout le mari, dont le partenaire est infidèle [13]. Le mot vient du latin cornutus et signifie d'abord « qui a des cornes » [13].

L'allemand Hahnrei, d'origine obscure, semble renvoyer au coq plutôt qu'au coucou [7]. Chaque langue a ainsi ses images : le coucou en français et en anglais, sans doute le coq en allemand, les cornes en espagnol. Pour situer ces mots parmi les autres termes de l'infidélité, voir notre article sur la différence entre fornication, adultère, luxure et débauche.

Cocu est-il un mot vulgaire ?

Non, cocu n'est pas vulgaire au sens des dictionnaires, mais il appartient à la langue familière ou populaire. L'Académie le marque « populaire », comme cornard, cocuage et cocufier [1][6][3][4]. Le Larousse le classe dans le registre familier [9]. Au XIXe siècle, Littré était plus sévère : il le présentait comme un terme méprisant et trop libre [14]. Il enregistrait pourtant deux locutions plaisantes, cocu en herbe pour l'homme menacé de l'être avant ses noces, et cocu en gerbe pour celui qui l'est après [14].

Le mot n'a pas d'équivalent neutre exact. Pour un registre neutre, on parle plutôt de mari trompé ou de femme trompée, les termes que l'Académie emploie elle-même dans ses définitions [1][5]. Depuis 1975, l'adultère n'est d'ailleurs plus un délit en France, comme l'explique notre article sur la dépénalisation de l'adultère.

Le registre explique les usages littéraires du mot, souvent comiques. Le Larousse cite des emplois chez Brantôme, au XVIe siècle, puis chez Sacha Guitry et Marcel Pagnol [9]. Le cocu reste un personnage de comédie, des fabliaux du Moyen Âge au vaudeville de Feydeau, et la locution chance de cocu montre que le mot peut même désigner, par antiphrase, quelqu'un que le sort favorise [1].

Questions fréquentes

Pourquoi appelle-t-on cocu un homme trompé ?

Parce que cocu est une variante du nom de l'oiseau coucou. Le coucou pond ses œufs dans le nid d'autres oiseaux, et sa femelle passait pour infidèle ; les étymologistes hésitent entre ces deux explications. Le mot est attesté au XIVe siècle selon l'Académie.

Pourquoi dit-on porter des cornes ?

Personne ne le sait avec certitude. Une hypothèse du XIXe siècle évoque les ergots greffés sur la crête des coqs castrés, une autre un simple geste de moquerie. Le symbole est attesté en anglais depuis le milieu du XVe siècle.

Que veut dire avoir une chance de cocu ?

C'est avoir une chance insolente, selon l'Académie française et le Larousse. On dit aussi avoir une veine de cocu. L'expression est familière.

Peut-on dire cocue au féminin ?

Oui. L'Académie française admet « une femme cocue », tout en notant que le féminin est rare. Le Larousse définit le mot pour toute personne dont le conjoint ou le partenaire est infidèle.

Que signifie cocu, battu et content ?

L'expression désigne un mari particulièrement naïf ou complaisant, qui accepte son sort. Elle fait allusion à un conte de Boccace, selon l'Académie française. Elle s'applique aujourd'hui à toute personne dupée qui ne s'en plaint pas.

Quelle est l'origine du mot cornard ?

Cornard dérive de corne. Il est attesté au XIIIe siècle sous la forme cornair, avec le sens de sot ou de niais, avant de désigner le mari trompé. L'Académie le classe dans le registre populaire.

Comment dit-on cocu en anglais ?

On dit cuckold. Le mot est attesté au début du XIIIe siècle et vient de l'ancien français cucuault, formé sur cocu. Le verbe to cuckold apparaît dans les années 1580.

Sources

  1. dictionnaire-academie.fr — https://dictionnaire-academie.fr/article/A9C2774
  2. dictionnaire-academie.fr — https://dictionnaire-academie.fr/article/A9C4502
  3. dictionnaire-academie.fr — https://dictionnaire-academie.fr/article/A9C2775
  4. dictionnaire-academie.fr — https://dictionnaire-academie.fr/article/A9C2776
  5. dictionnaire-academie.fr — https://dictionnaire-academie.fr/article/A9C4276
  6. dictionnaire-academie.fr — https://dictionnaire-academie.fr/article/A9C4275
  7. etymonline.com — https://www.etymonline.com/word/cuckold
  8. etymonline.com — https://www.etymonline.com/word/horn
  9. larousse.fr — https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/cocu
  10. gutenberg.org — https://www.gutenberg.org/cache/epub/6681/pg6681.html
  11. gutenberg.org — https://www.gutenberg.org/files/1200/1200-h/1200-h.htm
  12. britannica.com — https://www.britannica.com/topic/Gargantua-and-Pantagruel
  13. dle.rae.es — https://dle.rae.es/cornudo
  14. littre.reverso.net — https://littre.reverso.net/dictionnaire-francais/definition/cocu

Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.

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