Concubin, concubine, concubinage : d'où viennent ces mots et que veulent-ils dire ?

Que veut dire concubine et d'où vient le mot ?
Une concubine, ou un concubin, est selon l'Académie française une personne qui vit en concubinage, c'est-à-dire en couple sans être mariée. Le mot vient du latin concubina, tiré de concumbere, « coucher avec ». Attesté en français au XIIIe siècle, il a désigné les épouses secondaires de la Bible et de Rome. Le Code civil définit le concubinage depuis 1999.
Sommaire
- Que signifient concubin, concubine et concubinage ?
- D'où vient le mot concubine ?
- Qu'était le concubinat dans la Rome antique ?
- Qui sont les concubines de la Bible ?
- Pourquoi parlait-on de prêtres concubinaires ?
- Comment le droit français définit-il le concubinage depuis 1999 ?
- Dit-on encore concubin aujourd'hui ?
- Questions fréquentes
- Sources
Que signifient concubin, concubine et concubinage ?
Un concubin ou une concubine est une personne qui vit en concubinage, et le concubinage est l'état de deux personnes qui vivent en époux sans être mariées. Ce sont les définitions de la 9e édition du Dictionnaire de l'Académie française, la plus récente [1][2]. Le Larousse dit presque la même chose et donne union libre pour synonyme de concubinage [18].
Au pluriel, des concubins désigne un couple qui vit maritalement [1]. L'Académie précise que le concubinage est aujourd'hui, dans certaines limites, reconnu par la loi, et cite deux tournures figées : vivre en état de concubinage notoire, et un certificat de concubinage [2]. Ces exemples montrent que le mot appartient désormais surtout au vocabulaire administratif et juridique.
Le dictionnaire de Littré donnait au XIXe siècle trois sens à concubine : la femme qui vit avec un homme sans être mariée avec lui, la femme du harem d'un prince en Orient et, à Rome, la femme unie à un homme par le concubinat [15]. Seul le premier a survécu dans l'usage ordinaire. Les deux autres relèvent aujourd'hui de l'histoire, même si l'Académie illustre encore le mot par les nombreuses concubines du sultan de Constantinople [1].
Le masculin n'est pas une invention moderne. Le latin connaissait déjà concubinus, employé par Catulle et Quintilien, même si le féminin concubina y était bien plus fréquent [6]. En anglais médiéval aussi, concubine pouvait désigner un homme qui vivait avec une femme non mariée [5].
Du lit romain au Code civil : la chaîne des mots concubin et concubinage
- Latin cubare, « être couché » (d'où aussi cubiculum, la chambre)
- Latin concumbere (ou concubo), « coucher avec », formé avec le préfixe com-, « avec »
- Latin concubina, concubinus : la compagne ou le compagnon de lit (Plaute, Cicéron, Catulle)
- Latin concubinatus : union stable reconnue par le droit romain, inférieure aux justes noces
- Ancien français concubine (XIIIe siècle) ; concubinage et concubinaire (XIVe siècle) ; concubinat (XVIe siècle)
- Code civil, article 515-8 (loi du 15 novembre 1999) : le concubinage, union de fait entre deux personnes
D'où vient le mot concubine ?
Concubine vient du latin concubina, dérivé d'un verbe signifiant « coucher avec » : l'Académie le note concumbere [1]. Etymonline décompose ce verbe en com-, « avec, ensemble », et cubare, « être couché », la racine qu'on retrouve dans cubiculum, la chambre [5]. Le Larousse cite la forme concubere et les dictionnaires latins de Lewis et Short ou de Georges le verbe concubo : ce sont des variantes du même mot, aucune ne change le sens [17][6].
Le mot latin n'avait rien d'injurieux. Lewis et Short y voient une désignation moins réprobatrice que paelex [6]. Le dictionnaire de Georges précise que la paelex était la maîtresse d'un homme marié, et renvoie au Digeste, la compilation juridique de Justinien [8]. Selon le juriste Massurius, cité par le dictionnaire des antiquités de William Smith, on disait d'abord pellex, puis concubina, appellation jugée plus convenable [9].
Le mot est bien attesté dans la comédie latine. Plaute l'emploie dans l'Épidique et le Soldat fanfaron, et Cicéron dans son traité De l'orateur [6][8]. La Vulgate, la traduction latine de la Bible, le reprend à plusieurs reprises [8].
Le français l'emprunte au XIIIe siècle, sous la forme concubin, concubine [1]. Le dérivé concubinage suit au XIVe siècle, formé sur concubin [2]. Concubinaire date aussi du XIVe siècle, emprunté au latin médiéval concubinarius, tandis que concubinat n'arrive qu'au XVIe siècle, directement du latin concubinatus [3][4]. L'anglais reçoit concubine vers 1300 et concubinage à la fin du XIVe siècle, ce dernier par l'intermédiaire du français [5].
Qu'était le concubinat dans la Rome antique ?
Le concubinat romain était une union stable, reconnue par le droit mais inférieure au mariage. L'Académie le définit comme une « sorte de mariage d'une qualité inférieure », qui ne produisait pas tous les effets des justes noces [4]. Le dictionnaire de Georges le compare à un mariage morganatique, conclu lorsque l'un des partenaires ne pouvait pas contracter un plein mariage de citoyen [7].
Selon le dictionnaire de Smith, ce sont les lois Julia et Papia Poppaea qui donnèrent au concubinat un caractère légal : la cohabitation permanente d'un homme et d'une femme non mariés [9]. Il se distinguait de l'adulterium, du stuprum et de l'inceste, qui étaient des délits, ainsi que du contubernium, l'union des esclaves [9]. Lewis et Short relèvent concubinatus chez Plaute, chez Suétone et dans le Digeste, au titre consacré aux concubines (livre 25, titre 7) [7].
Les enfants nés de ces unions, les liberi naturales, n'étaient pas soumis à la puissance de leur père et suivaient la condition de leur mère [9]. Cette expression latine se retrouve dans l'enfant naturel du français, dont l'histoire est retracée dans notre article sur bâtard, enfant naturel et enfant adultérin.
Le concubinat n'avait rien de honteux. Des empereurs veufs qui avaient déjà des enfants, comme Vespasien, Antonin le Pieux ou Marc Aurèle, vécurent avec une concubine plutôt que de se remarier [9]. Une inscription présente même une certaine Aemilia Prima comme la concubine et l'héritière de son compagnon [9]. Sous les empereurs chrétiens, l'institution fut moins bien vue, mais elle subsistait encore à l'époque de Justinien [9].
Qui sont les concubines de la Bible ?
Dans la Bible hébraïque, la concubine est la pilegesh, une épouse de second rang ; le mot y apparaît 37 fois selon la concordance de Strong [10]. Son origine reste discutée. Le lexique de Brown, Driver et Briggs évoque un emprunt, peut-être lié au grec pallakē et au latin pellex, et mentionne aussi l'hypothèse d'une origine hittite, sans trancher [10].
Le lexique thématique de Bible Hub décrit la pilegesh comme une épouse unie sans dot ni cérémonie publique, dont les enfants étaient légitimes mais de rang inférieur pour l'héritage [10]. Le livre de la Genèse (25,6) rapporte ainsi qu'Abraham fit des dons aux fils de ses concubines et les éloigna d'Isaac, l'héritier [10]. Le chapitre 19 du livre des Juges raconte l'histoire tragique de la concubine d'un lévite [10].
Le cas le plus cité est celui de Salomon. Le premier livre des Rois (11,3) lui attribue mille compagnes ; dans la traduction de Louis Segond (1910), « il eut sept cents princesses pour femmes et trois cents concubines » [11]. La Vulgate dit concubinae trecentae : le français concubine prolonge directement ce mot latin [11].
Pourquoi parlait-on de prêtres concubinaires ?
Un concubinaire est une personne qui vit en état de concubinage ; l'Académie, qui juge le mot vieilli, l'illustre par l'exemple « un prêtre concubinaire » [3]. Ce choix n'est pas un hasard. Selon Etymonline, l'Église a toléré pendant des siècles le concubinage des laïcs comme des prêtres, et la compagne d'un prêtre était parfois appelée sa « prêtresse » [5].
Le deuxième concile du Latran, réuni à Rome en avril 1139 sous le pape Innocent II, rompt avec cette tolérance. Son canon 6 prive de leur charge et de leur bénéfice les sous-diacres et les clercs de rang supérieur qui ont pris femme ou concubine [12]. Le canon 7 interdit aux fidèles d'assister à la messe de ces prêtres et déclare que de telles unions ne sont pas des mariages [12].
Le mot concubinaire désigne dès lors un écart à une règle, et plus seulement un état de fait. La position actuelle de l'Église catholique sur la vie commune hors mariage est présentée dans notre article sur le concubinage et la communion. La lutte contre les clercs et les laïcs concubinaires reprend au XVIe siècle, comme le montre notre article sur le concile de Trente et le mariage.
Comment le droit français définit-il le concubinage depuis 1999 ?
Depuis 1999, l'article 515-8 du Code civil définit le concubinage comme « une union de fait » entre deux personnes de sexe différent ou de même sexe qui vivent en couple, avec une vie commune stable et continue [13]. L'article a été créé par la loi du 15 novembre 1999 sur le pacte civil de solidarité, examinée le 9 novembre par le Conseil constitutionnel (décision n° 99-419 DC) [13].
Le Conseil constitutionnel souligne que cette définition étend le concubinage aux couples de même sexe, et reprend pour le reste celle que la jurisprudence employait déjà [13]. Le mot entre ainsi dans le Code civil avec un sens neutre, sans référence au péché ni à l'infériorité sociale qu'il avait à Rome ou dans le droit canonique.
Ce statut crée peu d'effets. Les concubins déclarent séparément leurs revenus, ne répondent pas des dettes de l'autre et le survivant n'a pas droit à une pension de réversion [14]. Le concubinage n'a aucun effet sur la filiation ni sur le nom de l'enfant [14]. Les conséquences d'une rupture entre concubins sont détaillées dans notre article sur l'infidélité dans le PACS et l'union libre. La comparaison complète avec le mariage et le PACS figure dans notre article sur le mariage, le PACS et le concubinage.
La vie commune se prouve par un justificatif de domicile aux deux noms ou par un certificat de vie commune ou de concubinage [14]. Les caisses d'allocations familiales en tiennent compte : l'allocation de soutien familial, versée à un parent isolé, est perdue en cas de concubinage [14].
Dit-on encore concubin aujourd'hui ?
Oui, mais surtout dans les textes juridiques et administratifs, où concubin reste le terme officiel. Le site Service-public.fr parle de « concubinage (union libre) » et de concubins [14]. Dans la langue courante, on dit volontiers union libre, compagnon ou compagne, et le Larousse donne précisément union libre comme synonyme [18].
La littérature classique employait le mot avec des intentions variées. Littré cite Montesquieu, qui jugeait que certains pays avaient dû flétrir le concubinage, et Molière, dont le Gorgibus des Précieuses ridicules s'indigne qu'on veuille commencer « par le concubinage » plutôt que par le mariage [16]. Saint-Simon, dans ses Mémoires, juge la liaison du duc d'Orléans plus grave qu'un concubinage, un véritable ménage public [16].
Concubine garde aussi un sens de statut. Littré cite Voltaire, selon qui Henri VIII ne pouvait pas déclarer concubine la tante de l'empereur, Catherine d'Aragon [15]. Le mot dit ici le rang de la femme autant que la nature du lien.
Cette double mémoire explique la nuance que porte encore le mot, entre neutralité légale et souvenir de l'épouse de second rang. Les autres manières de nommer les relations hors mariage, du plus soutenu au plus familier, sont présentées dans notre article sur les synonymes de fornication.
Questions fréquentes
D'où vient le mot concubine ?
Concubine vient du latin concubina, dérivé d'un verbe signifiant « coucher avec » (concumbere), formé de com-, « avec », et cubare, « être couché ». Le mot entre en français au XIIIe siècle. Concubinage apparaît au XIVe siècle et concubinat au XVIe.
Quelle est la différence entre concubinage et union libre ?
Il n'y en a pas en droit. Le Larousse donne union libre comme synonyme de concubinage, et l'administration française emploie les deux termes ensemble. Union libre est seulement plus courant dans la conversation.
Quelle est la définition légale du concubinage ?
Depuis 1999, l'article 515-8 du Code civil définit le concubinage comme une union de fait, caractérisée par une vie commune stable et continue, entre deux personnes de sexe différent ou de même sexe qui vivent en couple. Cette définition a été créée par la loi sur le PACS du 15 novembre 1999.
Le mot concubin est-il péjoratif ?
Non, pas dans son sens actuel. C'est le terme du Code civil et de l'administration, défini sans jugement par l'Académie française. Il garde toutefois une couleur administrative ou historique, liée aux épouses de second rang de la Bible, de Rome ou des harems.
Combien Salomon avait-il de concubines ?
Trois cents, selon le premier livre des Rois (11,3). Le même verset lui attribue aussi sept cents épouses de rang princier. La Vulgate latine parle de concubinae trecentae.
Qu'est-ce qu'un prêtre concubinaire ?
C'est un prêtre qui vit avec une compagne malgré l'obligation du célibat. Le deuxième concile du Latran, en 1139, privait de leur charge les clercs qui avaient pris femme ou concubine et déclarait ces unions nulles. L'Académie française classe aujourd'hui le mot concubinaire parmi les termes vieillis.
Comment prouver un concubinage ?
Le plus souvent, par un justificatif de domicile aux deux noms, comme une quittance de loyer ou une facture d'énergie. On peut aussi produire un certificat de vie commune ou de concubinage. Le concubinage étant une union de fait, aucune déclaration officielle n'est obligatoire.
Sources
- dictionnaire-academie.fr — https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9C3427
- dictionnaire-academie.fr — https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9C3428
- dictionnaire-academie.fr — https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9C3429
- dictionnaire-academie.fr — https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9C3430
- etymonline.com — https://www.etymonline.com/word/concubine
- lsj.gr — https://lsj.gr/wiki/concubinus
- lsj.gr — https://lsj.gr/wiki/concubinatus
- lsj.gr — https://lsj.gr/wiki/concubina
- penelope.uchicago.edu — https://penelope.uchicago.edu/Thayer/E/Roman/Texts/secondary/SMIGRA*/Concubina.html
- biblehub.com — https://biblehub.com/hebrew/6370.htm
- biblehub.com — https://biblehub.com/multi/1_kings/11-3.htm
- papalencyclicals.net — https://www.papalencyclicals.net/councils/ecum10.htm
- conseil-constitutionnel.fr — https://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/1999/99419DC.htm
- service-public.gouv.fr — https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F14485
- littre.reverso.net — https://littre.reverso.net/dictionnaire-francais/definition/concubine
- littre.reverso.net — https://littre.reverso.net/dictionnaire-francais/definition/concubinage
- larousse.fr — https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/concubin/17979
- larousse.fr — https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/concubinage/17980
Article vérifié le 23 octobre 2026. Information générale, ce n'est pas un conseil juridique ni religieux. Une erreur ? Signalez-la.


